3 000 hommes, acheminés dans le silence d’un hiver gelé. Officiellement invisibles. Officieusement bien engagés. Sur le terrain ukrainien, Pyongyang renforce Moscou. Sans tambour, mais avec missiles et sang versé.
Missiles, artillerie, munitions : le soutien de la Corée du Nord s’intensifie
Depuis janvier 2025, l’armée sud-coréenne affirme que 3 000 soldats supplémentaires de Corée du Nord ont été dépêchés en soutien à l’effort militaire russe en Ukraine. Ce contingent s’ajoute aux 11 000 déjà présents, dont 4 000 auraient été tués ou blessés, selon le comité des chefs d’état-major interarmées (JCS) de Séoul. Aucun commentaire officiel n’a émané de Moscou ou de Pyongyang. Mais les chiffres sont là, précis et persistants.
La manœuvre n’est pas une surprise. Depuis le traité de sécurité et de défense conclu en juin 2024, signé lors de la venue de Vladimir Poutine en Corée du Nord, les deux régimes affichent une entente resserrée. Ce texte prévoit une aide militaire mutuelle en cas d’attaque, une clause d’apparence défensive qui trouve déjà ses applications en offensive.
Au-delà des troupes, Pyongyang alimente le front ukrainien en armement. Le rapport sud-coréen évoque une livraison importante de missiles balistiques à courte portée, 220 canons automoteurs de 170 mm et lance-roquettes multiples de 240 mm. Ces chiffres, note l’état-major, « pourraient augmenter en fonction de la situation sur le champ de bataille ». L’export militaire semble désormais centrale pour le régime de Kim Jong Un. En testant ses armes sur le terrain ukrainien, la Corée du Nord affine ses capacités tout en prouvant leur efficacité à d’éventuels acheteurs.
Un laboratoire de guerre à ciel ouvert
Ce conflit est-il devenu une zone de démonstration grandeur nature pour les technologies nord-coréennes ? L’hypothèse est soutenue par les récents essais de drones explosifs et de reconnaissance. Selon l’agence KCNA, Kim Jong Un aurait assisté personnellement aux démonstrations de ces appareils, capables de « suivre et surveiller différentes cibles stratégiques » et de frapper avec précision. Le professeur Yang Moo-jin, président de l’Université des études nord-coréennes à Séoul, note : « Le développement de systèmes d’armes sans pilote comme les drones fait partie des priorités actuelles de Pyongyang ». Le terrain ukrainien fournirait donc un banc d’essai précieux pour ces nouveaux équipements, tout en consolidant la coopération technologique entre les deux États.
Derrière le soutien apparent à la Russie, la Corée du Nord semble jouer un double jeu. En envoyant des troupes et du matériel, elle renforce un allié en guerre. Mais elle cherche aussi à accéder à des technologies russes difficilement obtenables autrement. D’après Yang Moo-jin, cette coopération pourrait être motivée « par la volonté d’accéder à cette technologie », notamment dans les domaines où Moscou conserve un avantage.








