La nécessité de se former au combat économique

Paolo Garoscio
Par Paolo Garoscio Publié le 6 avril 2024 à 9h00
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L’ouvrage de Christian Harbulot sur « la guerre économique au XXIè siècle » ouvre le débat sur la nécessité de se former à une autre forme de combat que le combat militaire. Il existe désormais toute une série d’échiquiers sur lesquels les entreprises doivent manœuvrer en devant tenir compte des enjeux informationnels propres à chacun d’entre eux. A côté des échiquiers classiques (enjeux sur l’innovation, enjeux concurrentiels, enjeux autour des normes, enjeux financiers) surgissent de nouvelles problématiques qui découlent des rapports de force entre puissances ; Ces derniers génèrent de nouveaux échiquiers : renforcement des barrières protectionnistes, rachat de dettes pour créer des dépendances, utilisation offensive de l’extraterritorialité du droit, ingérence croissante de la société civile dans la vie économique.

L’apparition de nouveaux métiers dédiés à l’usage opérationnel de l’information

Cette diversité d’échiquiers oblige le monde de l’entreprise mais aussi le monde administratif à s’adapter à une démultiplication des champs d’affrontement. L’information est au cœur de tous ces processus de réflexion et d’action. Elle est à l’origine de l’apparition de nouveaux métiers qui sont des points de chute potentiels pour des personnes issues du monde militaire.

Il s’agit non seulement d’améliorer les capacités de détection des opportunités mais aussi des menaces. Les courroies de transmission des opérations d’information ouverte sont désormais beaucoup nombreuses que par le passé comme l’indique le schéma ci-dessous.

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La recherche humaine d’information (OSINT) est une méthodologie qui devient progressivement incontournable pour obtenir les meilleurs résultats possibles sur chacun de ces échiquiers. Les entreprises les plus compétitives, notamment dans le secteur de la BITD, recrutent de plus en plus d’alternants avec une spécialité cyber conjuguée à ce type de savoir-faire enseigné à l’Ecole de Guerre Economique à Paris. La plupart de ces alternants sont ensuite recrutés à cause de leur compétence et des possibilités qu’elle offre par rapport à un usage maîtrisé de l’intelligence artificielle.

L’élargissement des terrains d’affrontement

Cette mutation du travail civil s’inscrit également dans un changement de cadre des affrontements économiques. La guerre économique est désormais une problématique qui s’impose sur la scène internationale. Depuis la présidence de Donald Trump, la confrontation de nature impériale entre les Etats-Unis et la Chine est désormais une réalité visible. Les plus lucides s’accordent à dire qu’il s’agit non seulement d’une confrontation géostratégique (cf. La question de Taiwan ou des îlots en mer de Chine) mais aussi d’une rivalité géoéconomique qui se durcit de plus en plus. Un tel contexte conflictuel modifie ola donne de la mondialisation des échanges telle qu’elle était pensée depuis la fin de la guerre froide.

Le champ des affrontements économiques devient tous azimuts. Il ne se limite pas aux tensions épisodiques entre Washington et Pékin. La guerre économique sévit aux quatre coins de la planète, y compris à l’intérieur de zones d’alliance économique. L’une des faiblesses de l’Union Européenne (UE) est justement la divergence d’intérêts commerciaux entre les Etats membres. Les Pays-Bas ont décidé de jouer le rôle de « hub » des exportations chinoises vers le continent européen. Ce choix rapporte de l’argent à l’économie néerlandaise. Elle en fait perdre à d’autres économies de l’UE.

La montée en puissance des attaques informationnelles

Mais les logiques d’affrontement se développent aussi à l’intérieur des Etats. Les attaques par un usage offensif de l’information affectent désormais des secteurs entiers de notre économie. A titre d’exemple, l’agriculture est devenue un secteur particulièrement visé comme le démontrent ces attaques qui ciblent la filière viandes.

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Devant ces nouvelles menaces dont certaines sont générées par les erreurs commises des acteurs économiques (pratiques contestables de certains abattoirs), il est devenu nécessaire de professionnaliser les métiers de l’information.

Les transferts méthodologiques vont dans les deux sens : du monde militaire vers le monde civil mais aussi désormais du monde civil vers le monde militaire.

C’est une des leçons à retenir de l’ouvrage de Christian Harbulot que vous pouvez vous procurer ici : https://www.amazon.fr/dp/2360933043

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Paolo Garoscio

Journaliste chez EconomieMatin. Ex-Chef de Projet chez TEMA (Groupe ATC), Ex-Clubic. Diplômé de Philosophie logique et de sciences du langage (Master LoPhiSC de l'Université Paris IV Sorbonne) et de LLCE Italien.