Aviation militaire : le Portugal tourne le dos au F-35

Si une crise politique venait à éclater entre le Portugal et Washington, Lisbonne pourrait se retrouver avec une flotte d’avions cloués au sol.

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Israël est le premier Etat à utiliser le F-35 américain. Wikipedia
Israël est le premier Etat à utiliser le F-35 américain. Wikipedia | Armees.com

Le 13 mars 2025, le ministre portugais de la Défense, Nuno Melo, a annoncé officiellement que le Portugal ne fera pas l’acquisition des chasseurs F-35 de Lockheed Martin. Une déclaration qui marque un tournant stratégique majeur pour l’armée portugaise. En cause ? L’instabilité politique aux États-Unis, la dépendance technologique aux Américains et les restrictions potentielles sur l’usage de ces appareils. Désormais, Lisbonne regarde vers l’Europe pour renouveler sa flotte de chasse.

Pourquoi le Portugal dit non au F-35 américain ?

La décision du Portugal ne sort pas de nulle part. Plusieurs facteurs ont conduit à ce rejet du chasseur américain.

Une dépendance jugée trop risquée

L’un des éléments déclencheurs de cette rupture réside dans la gestion technologique et logistique des F-35. Comme l’a souligné le ministre Nuno Melo, ces avions de combat, bien qu’ultramodernes, restent sous le contrôle étroit des États-Unis, notamment via leurs mises à jour logicielles.

Une crainte confirmée à Bild par Joachim Schranzhofer, porte-parole de l’entreprise allemande Hensoldt, qui a affirmé que les États-Unis peuvent techniquement empêcher les F-35 étrangers de voler en bloquant leur accès à certains systèmes critiques. Une hypothèse également évoquée par l’armée allemande, qui s’inquiète du fait que ces avions nécessitent des mises à jour régulières et un accès aux infrastructures américaines pour rester opérationnels.

En d’autres termes, si une crise politique venait à éclater entre le Portugal et Washington, Lisbonne pourrait se retrouver avec une flotte d’avions cloués au sol. Une épée de Damoclès inacceptable pour un pays soucieux de préserver son autonomie stratégique.

L’incertitude politique aux États-Unis

Un autre facteur décisif est la volatilité croissante de la politique étrangère américaine. Depuis le retour de Donald Trump sur le devant de la scène, l’engagement des États-Unis envers l’OTAN est remis en question. L’ancien président a multiplié les déclarations incendiaires sur la contribution des pays membres et a même suggéré que les États-Unis pourraient ne plus défendre leurs alliés européens en cas d’attaque. « Le monde a déjà changé. L’Europe doit prendre en compte l’évolution de la politique américaine avant d’acheter un avion américain. » – Nuno Melo, interview accordée à Público, 13 mars 2025

Dans ce contexte, acheter des F-35 reviendrait à faire un pari risqué sur la stabilité des relations transatlantiques. Or, les investissements dans la défense ne se font pas sur des bases aussi incertaines.

Quelles alternatives pour l’armée portugaise ?

Avec le refus du F-35, Lisbonne explore désormais des options européennes pour renouveler sa flotte de F-16 vieillissants.

Trois avions en lice pour remplacer les avions F-16

Le Portugal pourrait rejoindre d’autres pays européens qui ont préféré des avions de combat de conception locale. Parmi les candidats potentiels :

AvionConstructeurCaractéristiques
Dassault RafaleFrance (Dassault Aviation)Polyvalent, excellent en combat aérien et en frappe au sol
Eurofighter TyphoonConsortiumn européen (Airbus, BAE Systems, Leonardo)Très performant en supériorité aérienne, conception modulaire
Saab Gripen ESuède (Saab)Coût d’exploitation réduit, avion très agile

Ces modèles offrent l’avantage d’une souveraineté sur la maintenance et les mises à jour, contrairement au F-35. De plus, choisir un appareil européen renforcerait l’industrie de défense du continent et limiterait la dépendance aux États-Unis.

Un coût non négligeable : le F-35 coûte beaucoup plus cher

Le prix du F-35 était également un problème majeur. En moyenne, chaque appareil coûte environ 80 millions d’euros, sans compter les coûts d’exploitation annuels estimés à 7 à 10 millions d’euros par avion. À titre de comparaison, le Rafale français coûte environ 70 millions d’euros, tandis que le Gripen affiche un tarif plus compétitif de 60 millions d’euros.

AvionPrix unitaire (en millions d’euros)Coût annuel d’exploitation (millions d’euros)
F-35≈ 80 M€7 à 10 M€
Rafale≈ 70 M€5 à 7 M€
Gripen≈ 60 M€4 à 6 M€

Pour un pays comme le Portugal, où le budget de la défense est limité, cette réduction des coûts joue un rôle clé.

Une décision révélatrice d’un changement de paradigme

La décision du Portugal de se détourner du F-35 n’est pas un cas isolé. Plusieurs pays européens, comme l’Allemagne ou la Suisse, ont exprimé des doutes similaires sur la fiabilité d’un partenariat avec les États-Unis en matière de défense.

L’abandon du F-35 par Lisbonne s’inscrit donc dans une tendance plus large : l’Europe cherche à s’émanciper de la dépendance américaine pour ses équipements militaires. Ce choix ouvre la voie à une possible coopération renforcée entre les nations du vieux continent pour développer leurs propres technologies de défense.

Le Portugal, pionnier d’un nouvel élan européen ?

Le Portugal a fait un choix stratégique audacieux. Il reste à voir si d’autres pays suivront cette voie. Avec l’essor des programmes européens comme le SCAF (Système de Combat Aérien du Futur) mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne, et le GCAP (Global Combat Air Programme) mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, il est fort probable que le marché des chasseurs de combat en Europe évolue profondément dans les années à venir.

1 réflexion au sujet de « Aviation militaire : le Portugal tourne le dos au F-35 »

  1. Merci aux Portugais, voilà une décision sage, j’espère que les pays Européens vont suivre. M Trump, si on le laisse faire sa loi, et pas celle des Américains, il fera sa petite causerie, et suivant son humeur du matin ou du soir, euh non de la nuit, euh peut être de la mi journée, bref suivant son désordre dans sa boîte crânienne. Il pourra menacer l’un ou l’autre. Un fou, à Monaco, en Suisse ou au Vatican pourrait nous amuser, mais là, un chef dit d’état avec la puissance de feu qu’il dispose…. et mélanger Argent, mamours avec Poutine, traîtrise de son état, menteurs, repris de justice, mon dieu ne dit on pas qui se ressemblent, s’assemblent. Deux fous croisés avec des dictateurs

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