Les relations entre la France et l’Algérie semblent entrer dans une nouvelle phase. Après près de deux années de fortes tensions diplomatiques, les deux capitales multiplient les gestes d’apaisement et souhaitent rétablir un dialogue plus stable. En déplacement à Alger, la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, a confirmé la volonté commune de renforcer les coopérations bilatérales dans plusieurs domaines sensibles. Sécurité, Défense, justice, lutte contre les trafics ou questions migratoires : Paris et Alger cherchent désormais à reconstruire une relation plus opérationnelle et plus durable.
Paris et Alger veulent reconstruire une coopération plus étroite
Le déplacement d’Alice Rufo en Algérie marque une nouvelle étape dans le rapprochement engagé ces derniers mois entre les deux pays. Reçue par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, la ministre française a évoqué plusieurs axes de coopération destinés à être renforcés dans les prochains mois.
Les discussions ont notamment porté sur les questions de sécurité et de Défense. Ces sujets occupent une place centrale dans les relations entre la France et l’Algérie, notamment dans un contexte régional marqué par l’instabilité au Sahel, les enjeux liés au terrorisme et les tensions migratoires en Méditerranée. Les autorités françaises souhaitent maintenir un dialogue étroit avec Alger, considéré comme un acteur stratégique en Afrique du Nord.
La coopération migratoire fait également partie des priorités affichées par les deux gouvernements. Depuis plusieurs mois, Paris tente de rétablir des échanges plus fluides avec les autorités algériennes sur les questions de circulation des personnes, de délivrance de laissez-passer consulaires et de gestion des expulsions. Les responsables français saluent une reprise des discussions après plusieurs années de relations compliquées sur ce sujet sensible.
Ce rapprochement intervient après une longue période de crispation diplomatique entre Paris et Alger. Les relations bilatérales avaient été fortement dégradées par des différends politiques, mémoriels et migratoires. Le rappel de l’ambassadeur français à Paris au plus fort des tensions avait symbolisé l’ampleur de la crise entre les deux États.
Le retour à Alger de l’ambassadeur Stéphane Romatet illustre désormais une volonté politique de rétablir des échanges plus réguliers. L’Élysée évoque la nécessité de restaurer un dialogue « efficace » et de renouer une relation plus constructive avec l’Algérie.
Coopération judiciaire et mémoire : des dossiers toujours sensibles
Au-delà des questions de Défense et de migration, la coopération judiciaire occupe désormais une place importante dans les discussions entre la France et l’Algérie. Les deux pays souhaitent notamment renforcer leurs échanges dans la lutte contre le narcotrafic et les réseaux criminels transnationaux.
Les autorités françaises considèrent que la coopération avec l’Algérie est devenue essentielle dans plusieurs enquêtes liées aux trafics de stupéfiants et aux circuits financiers illégaux. Alger, de son côté, demande depuis plusieurs années un renforcement des mécanismes d’entraide judiciaire entre les deux pays.
La question du journaliste français Christophe Gleizes reste également un sujet sensible dans les relations bilatérales. Détenu en Algérie depuis 2024 après avoir été arrêté lors d’un reportage en Kabylie, il a été condamné à plusieurs années de prison pour « apologie du terrorisme ». Paris suit attentivement ce dossier, qui continue de susciter des réactions dans les milieux diplomatiques et médiatiques français.
Les autorités françaises ont indiqué qu’une visite consulaire devait prochainement être organisée. La famille du journaliste espère désormais une évolution de sa situation judiciaire après le retrait récent de son pourvoi en cassation, une démarche interprétée comme une tentative d’ouvrir la voie à une éventuelle grâce présidentielle.
Les questions mémorielles restent également au cœur de la relation entre la France et l’Algérie. La visite d’Alice Rufo s’inscrivait notamment dans le cadre des commémorations liées à la répression des manifestations indépendantistes de 1945. Ce passé colonial continue d’alimenter régulièrement les tensions politiques entre les deux pays.
Dans ce contexte, Paris et Alger ont décidé de relancer les travaux de la commission mixte d’historiens créée en 2022. Cette structure, composée de chercheurs français et algériens, doit permettre de poursuivre les échanges sur les archives, la mémoire coloniale et la guerre d’indépendance.
Cette reprise du dialogue ne signifie pas pour autant la disparition des désaccords entre les deux capitales. Mais les deux gouvernements semblent désormais privilégier une approche plus pragmatique, centrée sur les intérêts communs en matière de sécurité, de justice et de stabilité régionale.
Pour la France comme pour l’Algérie, cette relance de la coopération représente aussi un enjeu stratégique dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et les recompositions diplomatiques en Méditerranée et en Afrique du Nord.








