Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a décidé, lundi 26 octobre, d’envoyer des unités de l’Armée nationale populaire (ANP) au Niger. Dans un communiqué de la présidence relayé par Algérie Presse Service, Alger présente cette mission comme destinée à protéger des intérêts économiques et énergétiques communs aux deux pays. La décision intervient après l’approbation, la veille, des deux chambres du Parlement algérien et répond, selon la présidence, à une demande des autorités nigériennes.
Le passage de l’autorisation parlementaire à la décision présidentielle ouvre une phase concrète de coopération militaire entre Alger et Niamey. Le nombre de soldats, la date de leur départ et les règles précises de leur engagement n’ont pas été annoncés.
Madama, un point d’appui stratégique dans le nord du Niger
Selon Reuters, les unités algériennes doivent être dirigées vers Madama, dans le nord du Niger, près de la frontière libyenne. Le site est connu des militaires français : il a accueilli un poste avancé de l’opération Barkhane. Le média spécialisé Zone Militaire rapporte également que cette ancienne implantation française est envisagée pour le détachement algérien.
La localisation de Madama est rapportée par la presse, mais elle n’apparaît pas dans le communiqué présidentiel, qui ne détaille ni le périmètre de la mission ni les moyens engagés. Sa position au carrefour des espaces sahariens donne néanmoins une dimension stratégique à une opération officiellement justifiée par la protection d’investissements.
La sécurité des installations pétrolières au centre de la mission
L’enjeu immédiat concerne notamment les activités énergétiques algériennes au Niger. D’après des informations recueillies auprès d’une source parlementaire par l’agence Anadolu, la mission envisagée consiste à sécuriser des projets pétroliers de Sonatrach, présente dans le pays à travers sa filiale internationale SIPEX. Le communiqué présidentiel emploie, lui, une formule plus large : la protection des intérêts énergétiques et économiques communs.
Le rapprochement intéresse également les équilibres énergétiques régionaux. L’Algérie, le Niger et le Nigeria portent le projet de gazoduc transsaharien, destiné à relier les ressources gazières nigérianes à l’Algérie, avec une ouverture envisagée vers les marchés européens. Ce projet constitue un élément de contexte économique, tandis que les autorités n’ont pas présenté le détachement comme une force spécialement affectée à la protection du futur gazoduc.
Une coopération militaire accélérée dans un Sahel instable
Le calendrier diplomatique est resserré. Le 21 octobre, le chef d’état-major algérien Saïd Chanegriha a reçu à Alger le ministre nigérien de la Défense, Salifou Modi, lors d’une visite de travail documentée par Algérie Presse Service. Cinq jours plus tard, la présidence algérienne confirme sa décision d’envoyer des unités.
Ce mouvement intervient dans un Niger dirigé par des militaires depuis le coup d’État de juillet 2023 et confronté à des groupes armés actifs au Sahel. Il s’inscrit aussi dans une relation de défense qui a déjà connu des épisodes de soutien aérien : Armees.com avait rapporté en septembre l’arrivée d’appareils de combat algériens à Niamey. La mission désormais annoncée porte sur l’envoi d’unités de l’ANP dans un cadre officiellement autorisé par les institutions algériennes.
Pour les observateurs français, l’éventuelle installation à Madama illustre la recomposition des partenariats militaires au Sahel, sur un site autrefois utilisé par les forces françaises. La présence algérienne pourrait aussi compter dans la sécurisation de projets énergétiques tournés, à terme, vers l’Europe. Son ampleur réelle dépendra toutefois des effectifs déployés, de leur implantation et des missions que préciseront Alger et Niamey.








