Depuis cinq ans, les dépenses mondiales en armement nucléaire connaissent une augmentation constante, tranchant avec la volonté de paix des décennies qui ont suivi la Guerre Froide. Cette tendance reflète en effet les nouvelles tensions géopolitiques croissantes mais aussi la nécessité pour les Etats d’investir dans la modernisation des arsenaux nucléaires.
Les dépenses dans l’armement nucléaire atteignent des sommets
Selon plusieurs rapports, dont ceux de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) et de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN), les dépenses mondiales en armement nucléaire ont atteint 91 milliards de dollars en 2023. Les États-Unis, la Russie et la Chine sont les principaux contributeurs, avec respectivement des investissements de 51,5, 11,8 et 8,3 milliards de dollars chacun. Sur un an, la hausse des dépenses a été de 10,8 milliards de dollars, majoritairement imputable aux Etats-Unis.
Wilfred Wan, directeur du programme sur les armes de destruction massive au SIPRI, souligne : « Depuis la guerre froide, les armes nucléaires n’ont jamais joué un rôle aussi important dans les relations internationales. » Les puissances nucléaires, face à l’augmentation des tensions géopolitiques, modernisent leurs arsenaux et développent de nouveaux systèmes. En conséquence, la course aux armements nucléaires semble s’intensifier.
Plus de 9.000 ogives nucléaires prêtes à frapper
Cette tendance est corroborée par le SIPRI, qui indique que sur les 12 121 ogives nucléaires existantes en janvier 2024, environ 9 585 étaient disponibles pour une utilisation potentielle, avec 2 100 maintenues en état d’« alerte opérationnelle élevée ». La Russie et les États-Unis possèdent à eux seuls 90 % des armes nucléaires mondiales. La Chine, pour la première fois, est estimée détenir « quelques ogives en état d’alerte opérationnelle élevée ». La tendance est à la hausse, et ce malgré une baisse du « nombre total d’ogives nucléaires » liée au démantèlement des armes de « l’ère de la guerre froide ».
Melissa Parke, directrice de l’ICAN, critique ces dépenses, les qualifiant d’« obscènes » et d’« inacceptables ». Elle souligne que ces fonds pourraient être utilisés pour des causes plus constructives, comme la lutte contre la faim dans le monde ou la reforestation. Dan Smith, directeur du SIPRI, ajoute : « Les sources d’instabilité sont nombreuses : rivalités politiques, inégalités économiques, perturbations écologiques, accélération de la course aux armements. L’abîme nous guette et il est temps pour les grandes puissances de prendre du recul et de réfléchir. De préférence ensemble. »








