Des lits de rivières asséchées, des chenaux, des lacs disparus et même un delta : les données radar transmises par le satellite Biomass, de l’Agence spatiale européenne (ESA), ont mis au jour un réseau hydrographique entier enfoui sous le sable du Sahara, rapporte Futura Sciences.
Au Tchad, d’anciens cours d’eau ont été identifiés. Un réseau d’affluents disparus du Nil est apparu sur les images. Au Soudan, une structure circulaire de 2,5 kilomètres de diamètre a été repérée, que les chercheurs interprètent comme un cratère d’origine météoritique.
Un radar capable de percer cinq mètres de sable
Cette prouesse tient à la technologie embarquée sur Biomass : un capteur SAR (radar à synthèse d’ouverture) opérant en bande P, une première pour un satellite. Plus la longueur d’onde est grande, plus les ondes radar peuvent traverser certains matériaux. Selon Philippe Paillou, professeur à l’université de Bordeaux, ces ondes peuvent pénétrer jusqu’à cinq mètres de profondeur dans le sable sec, dans certaines conditions.
« De nombreuses preuves sont cachées sous le sable », a-t-il expliqué dans un communiqué. Il précise que l’idée à l’origine du projet était d’utiliser des radars satellitaires avec des longueurs d’onde les plus grandes possibles pour voir à travers le sable et révéler ce que pourrait être l’histoire passée des déserts.
Biomass a été lancé en avril 2025 pour une mission prévue sur cinq ans. Son objectif premier n’a rien à voir avec l’archéologie : il s’agit d’étudier l’état des forêts tropicales en mesurant la quantité de biomasse qu’elles contiennent, pour mieux estimer le carbone qu’elles stockent et leur rôle dans la régulation du climat.
Les premières images publiées, notamment une comparaison avec celles de Sentinel-2 sur la forêt bolivienne, ont été jugées à couper le souffle. La technologie radar s’est aussi révélée utile pour sonder les glaciers, la surface des océans et les déserts.
Ce n’est pas la première fois qu’un radar satellite perce le secret des dunes sahariennes. La mission SIR-A, lancée en 1981, avait déjà permis de cartographier des structures géologiques enfouies. Mais Biomass ouvre une fenêtre plus large sur ces paysages disparus, grâce à sa bande P inédite.
Ces vestiges hydrographiques renvoient à un climat radicalement différent. Entre 14 500 et 5 000 ans avant notre époque, le Sahara aurait traversé une période humide africaine, avec lacs, rivières, prairies et végétation abondante. Les chercheurs associent ces épisodes aux variations de l’orbite terrestre, qui auraient temporairement renforcé la mousson africaine. Les indices géologiques suggèrent que plusieurs périodes comparables se seraient répétées sur des millions d’années, même si les données de terrain restent fragmentaires.
Les chercheurs espèrent désormais exploiter ces données pour reconstituer l’évolution des paysages désertiques, repérer des secteurs d’intérêt archéologique et mieux cibler la recherche d’eau souterraine dans ces environnements arides. Sous les dunes, d’autres structures géologiques cachées commencent elles aussi à se dévoiler.








