Le 22 octobre 2026, le Général de division aérienne Vincent Breton et Michel Hochmann, président de l’EPHE-PSL, ont scellé la reconduction d’une coopération exceptionnelle. Engagée en 1995, cette alliance pédagogique entre l’École de Guerre et l’École pratique des hautes études transforme chaque année une dizaine d’officiers stagiaires en chercheurs aguerris. Objectif : ancrer la pensée stratégique militaire dans la rigueur de la recherche historique et géopolitique.
Un partenariat au service de la pensée stratégique militaire
Les origines : 1995, la vision d’Hervé Coutau-Bégarie
Hervé Coutau-Bégarie, figure tutélaire de la pensée stratégique française, initie en 1995 un dispositif novateur. Convaincu que l’excellence opérationnelle des officiers supérieurs exige une culture historique approfondie, il conçoit un parcours hybride au sein du master « Civilisations, Culture et Sociétés » (CCS) de l’EPHE-PSL. Trente et un ans plus tard, le modèle perdure : la convention signée en octobre 2026 prolonge jusqu’en 2031 cette collaboration unique dans le paysage français de la Défense. L’École de Guerre, créée en 1876 et célébrant son 150e anniversaire, forme aujourd’hui 295 officiers annuels, dont 193 Français et 102 étrangers issus de 71 pays.
Le dispositif pédagogique : comment la recherche historique devient compétence stratégique
La force du partenariat réside dans sa méthode. Les stagiaires militaires intègrent un cursus mutualisé combinant enseignements de l’EPHE-PSL et de l’École de Guerre. Contrairement aux programmes strictement militaires, ils côtoient 80 mastérants civils, créant une émulation intellectuelle rare. Martin Motte, directeur d’études à l’EPHE-PSL, souligne : « La culture générale est essentielle dans la formation de l’École de Guerre et les stagiaires qui y sont inscrits cherchent à interagir avec d’autres profils et parcours. L’EPHE-PSL apporte cette ouverture. » Chaque officier bénéficie d’un encadrement méthodologique pour rédiger un mémoire de recherche, souvent axé sur des problématiques géopolitiques contemporaines éclairées par l’analyse historique.
Le master CCS et son parcours « Géohistoire et géopolitique » : une formation hybride unique
Le parcours « Géohistoire et géopolitique : espaces, cultures, stratégies » constitue le cœur du dispositif. Environ 10 stagiaires de l’École de Guerre s’y inscrivent annuellement, représentant 12 % des effectifs du master CCS. Ils y acquièrent des outils d’analyse spatiale, de lecture des sources primaires et de décryptage des dynamiques culturelles qui façonnent les rapports de force mondiaux. Jean-Claude Yon, directeur du master, supervise un programme exigeant où l’approche académique nourrit directement la réflexion opérationnelle. Les inscriptions pour la promotion 2026-2027 sont ouvertes jusqu’au 15 novembre 2026.
Des officiers chercheurs aux figures du débat stratégique français
Trajectoires remarquables : du master à la thèse, du terrain à l’influence stratégique
Le partenariat a permis à plusieurs dizaines d’officiers de poursuivre en doctorat à l’EPHE-PSL. Certains sont devenus des références centrales du débat stratégique national. Martin Motte encadre actuellement la thèse du capitaine Per Edling, illustrant la continuité du modèle initié par Coutau-Bégarie. Ces parcours hybrides produisent des cadres supérieurs capables d’articuler vision opérationnelle et profondeur analytique, un atout majeur dans un environnement géopolitique complexe. Le dispositif favorise également le rayonnement international de l’expertise française : les officiers étrangers formés à l’École de Guerre exportent cette culture stratégique dans leurs forces armées respectives.
Le cas du Général Benoît Durieux : Clausewitz revisité par la recherche militaire
Le Général Benoît Durieux incarne l’excellence du modèle. Sous la direction d’Hervé Coutau-Bégarie, il soutient une thèse remarquée sur la réception de Clausewitz en France, publiée et saluée par la communauté académique. Son travail démontre comment la recherche historique affine la compréhension des doctrines militaires contemporaines. Durieux illustre une génération d’officiers qui ne se contentent pas d’appliquer des schémas tactiques, mais qui interrogent les fondements théoriques de la stratégie. Son parcours valide l’intuition de Coutau-Bégarie : la maîtrise des sources primaires et l’analyse critique transforment la pensée militaire en véritable discipline intellectuelle.
Le renouvellement 2026 : reconduire une excellence éprouvée
Cinq ans pour approfondir : les objectifs 2026-2031
La convention signée en octobre 2026 fixe un cap ambitieux pour la période 2026-2031. L’EPHE-PSL et l’École de Guerre visent à renforcer l’interdisciplinarité du parcours « Géohistoire et géopolitique », intégrant davantage d’études de cas contemporains et de séminaires de recherche appliquée. Le contexte stratégique actuel, marqué par les tensions en Indo-Pacifique et les mutations technologiques de la guerre, exige des officiers une capacité accrue à décrypter les dynamiques longues et les ruptures conjoncturelles. Vincent Breton et Michel Hochmann, en reconduisant ce partenariat, affirment la pertinence d’un modèle qui a traversé trois décennies sans s’affadir. L’ouverture internationale de l’École de Guerre, qui accueille également 63 auditeurs civils, amplifie la portée de cette collaboration. Le master CCS devient ainsi un laboratoire où se forgent les cadres supérieurs capables de penser la guerre autrement que par le seul prisme opérationnel.








