Pour la première fois depuis la Guerre froide, Washington, Moscou et Pékin s’alignent derrière un candidat commun au poste de Secrétaire général de l’ONU. L’administration Trump encourage Viktor Orbán, ancien Premier ministre hongrois évincé en avril 2026, à briguer la succession d’António Guterres. Selon plusieurs sources diplomatiques, la Russie et la Chine soutiennent également l’homme fort de Budapest.
Un bloc tripolaire inédit au Conseil de sécurité
Pourquoi Trump soutient Orbán : rupture avec l’ordre libéral
L’administration Trump qualifie Orbán de « candidat conservateur idéal, dans la lignée du mouvement MAGA », selon un responsable du département d’État américain cité par le Wall Street Journal. Washington cherche à imposer un profil radicalement opposé aux valeurs multilatérales traditionnelles de l’ONU. Orbán incarne la rupture avec l’ordre libéral : pendant 16 ans à la tête de la Hongrie, il a multiplié les positions pro-russes, bloqué l’aide européenne à l’Ukraine et remis en cause l’indépendance judiciaire. Trump et son vice-président Vance avaient d’ailleurs soutenu sa campagne lors des élections hongroises d’avril 2026, soldée par une défaite historique face au Tisza Party de Péter Magyar. Désormais sans fonction officielle depuis mai 2026, Orbán représente pour Washington un levier pour affaiblir le multilatéralisme occidental au cœur même de l’institution censée le défendre.
Moscou et Pékin : des intérêts convergents face à l’Occident
La Russie et la Chine voient dans la candidature d’Orbán une opportunité stratégique majeure. Moscou cherche à briser son isolement diplomatique après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Pékin, de son côté, ambitionne de remodeler l’architecture onusienne selon ses priorités géopolitiques. Comme l’affirment des responsables diplomatiques : « Si les États-Unis, la Russie et la Chine veulent la même chose au Conseil de sécurité de l’ONU, ils obtiennent généralement gain de cause. » Cet alignement tripolaire ne repose pas sur une vision commune du monde, mais sur un objectif partagé : marginaliser les démocraties occidentales et leurs valeurs au sein du système onusien. Orbán, par son hostilité affichée envers Bruxelles et son pragmatisme avec les régimes autoritaires, cristallise cette convergence tactique.
L’équilibre fragile : 8 à 10 voix contre le veto franco-britannique
Les responsables américains estiment qu’Orbán pourrait obtenir entre 8 et 10 voix sur les 15 membres du Conseil de sécurité, dépassant ainsi le seuil minimal de 9 voix requis pour recommander un candidat. Pourtant, un obstacle majeur subsiste : le droit de veto de la France et du Royaume-Uni. Selon Le Parisien, Paris et Londres disposent du pouvoir de bloquer toute candidature, même soutenue par trois membres permanents. Orbán lui-même se montre réservé : il exige une garantie de victoire avant de s’engager publiquement, conscient que la perspective d’un veto franco-britannique fragilise sa position. Après six tours de scrutin informel sans consensus, la Costaricaine Rebeca Grynspan reste en tête avec 9 voix favorables et 6 contre au dernier vote du 16 octobre 2026. Le mandat d’António Guterres s’achève le 31 décembre 2026, laissant peu de temps pour dénouer cette crise institutionnelle.
Implications stratégiques : vers une paralysie de l’ONU ?
L’alignement USA-Russie-Chine autour d’Orbán constitue un précédent sans équivalent depuis la fondation de l’ONU en 1945. Jamais trois membres permanents antagonistes n’avaient convergé sur un candidat commun pour un poste aussi stratégique. Si Paris et Londres cèdent face à la pression tripolaire, le Conseil perdra toute crédibilité comme garant de l’ordre international. À l’inverse, un veto franco-britannique confirmerait la rupture entre deux blocs irréconciliables, transformant l’ONU en théâtre d’affrontement plutôt qu’en espace de médiation. Dans les deux cas, le multilatéralisme sort affaibli.
Scénarios de crise : si Orbán échoue, quelles conséquences pour l’ordre global ?
Trois scénarios se dessinent. Premier cas : la France et le Royaume-Uni opposent leur veto, provoquant une impasse prolongée jusqu’à fin 2026. António Guterres pourrait alors rester en fonction par défaut, mais son autorité serait gravement entamée. Deuxième hypothèse : Washington, Moscou et Pékin négocient un candidat de compromis acceptable pour Paris et Londres, probablement issu d’un pays non-aligné. Troisième option, la plus déstabilisante : Trump annonce officiellement son soutien à Orbán après les élections de mi-mandat du 3 novembre 2026, transformant la séquence en bras de fer diplomatique ouvert.








