La marine belge a détaillé le 23 octobre 2026 une nouvelle campagne d’entraînement de trois semaines du M940 Oostende, au cours de laquelle ce bâtiment de lutte contre les mines a déployé plusieurs systèmes sans équipage. L’enjeu dépasse les essais d’un navire : la Belgique et les Pays-Bas préparent une flotte capable de rechercher des mines sous-marines tout en maintenant les équipages à distance des zones dangereuses.
Dans son compte rendu publié le 23 octobre, la Défense belge décrit les manœuvres conduites dans la baie de Douarnenez, où la Marine française dispose de mines d’exercice. L’équipage s’est entraîné à coordonner un navire-mère, des drones de surface et des engins sous-marins. Il s’agit d’une nouvelle phase de préparation opérationnelle, après de premiers essais en mer déjà documentés en juin.
Un navire-mère qui reste hors de la zone minée
Le principe de cette nouvelle génération de chasseurs de mines est de séparer le bâtiment habité de la zone à inspecter. Depuis l’Oostende, les opérateurs définissent la mission d’un drone de surface Inspector 125. Celui-ci gagne le secteur désigné, met en œuvre ses équipements, les récupère et assure la transmission des données vers le navire.
La « Toolbox » embarquée associe plusieurs outils complémentaires. Le drone sous-marin autonome A18 recherche les objets suspects à l’aide d’un sonar ; le système remorqué T18 permet l’analyse d’images en temps réel depuis le bâtiment. Après la détection, un engin doté d’une caméra peut préciser la nature de l’objet. La gamme comprend aussi le K-STER, conçu pour neutraliser une mine avec une charge explosive. Le compte rendu militaire présente cette chaîne de moyens, mais ne fait pas état d’une neutralisation réelle pendant cette campagne.
Cette organisation déplace le risque : les marins supervisent l’opération, tandis que les systèmes inhabités s’approchent des objets potentiellement explosifs. La qualité des données recueillies, les communications et la coordination entre plateformes deviennent donc aussi importantes que les performances du navire lui-même.
Une capacité commune pour la Belgique et les Pays-Bas
L’Oostende est la première unité d’un programme belgo-néerlandais de douze bâtiments, répartis à parts égales entre les deux marines. Le Tournai, deuxième navire destiné à la Belgique, a rejoint Zeebruges en septembre. Le ministère belge de la Défense présente cette flotte comme un moyen de sécuriser les voies d’approvisionnement, les accès portuaires et les infrastructures maritimes critiques.
Le programme associe notamment les industriels français Naval Group, pour la conception des bâtiments, et Exail, pour les systèmes robotisés. Cette coopération donne une dimension industrielle européenne à une mission longtemps assurée par des chasseurs de mines classiques. Les nouveaux navires doivent encore franchir les étapes d’intégration, d’entraînement et de qualification nécessaires à leur pleine disponibilité opérationnelle.
La France suit une modernisation parallèle
La Marine nationale poursuit de son côté le programme SLAM-F, destiné à renouveler ses moyens de lutte contre les mines. Le ministère français des Armées a annoncé en août 2026 la commande de douze drones supplémentaires, de surface et sous-marins, ainsi que l’affrètement de navires capables de les mettre en œuvre. Il s’agit d’un programme français distinct de la flotte belgo-néerlandaise, mais fondé sur la même évolution opérationnelle : éloigner les équipages du danger et confier la reconnaissance sous-marine à des systèmes déportés.
Les essais de l’Oostende apportent ainsi un retour d’expérience concret sur l’emploi coordonné de ces outils. Leur intérêt stratégique tient à une mission essentielle pour les marines européennes : préserver l’accès aux ports, les routes commerciales et la liberté de mouvement des forces navales face à la menace des mines.








