Le 22 octobre 2026, le ministère ukrainien de la Défense a précisé les conditions dans lesquelles Kiev pourra acheter des équipements militaires par l’intermédiaire de l’Agence OTAN de soutien et d’acquisition (NSPA). L’accord avait été signé le 14 octobre. Il ouvre à l’Ukraine un circuit d’approvisionnement supplémentaire, tout en donnant à ses fabricants d’armement accès à des appels d’offres organisés pour les besoins de l’Alliance et de ses partenaires.
Le mécanisme repose sur un partenariat spécifique, baptisé Security Cooperation Support Partnership (SCSP). Dans sa présentation officielle du 22 octobre, le ministère ukrainien explique que les demandes de Kiev pourront être traitées à partir de contrats déjà conclus par la NSPA ou donner lieu à de nouvelles consultations.
Des achats groupés plutôt que des procédures entièrement séparées
L’intérêt opérationnel est d’abord logistique. La NSPA dispose de mécanismes de commande, de maintenance et de soutien pour de nombreux systèmes militaires. L’Ukraine pourrait s’appuyer sur ces procédures plutôt que de négocier séparément chaque besoin avec les industriels.
Selon Kiev, l’agence pourra également regrouper certaines commandes ukrainiennes avec celles d’autres pays afin d’obtenir de meilleures conditions commerciales. Elle pourra recourir à des procédures adaptées aux urgences et à des appels d’offres ouverts à des fournisseurs étrangers comme ukrainiens. La réduction effective des délais et des prix dépendra des contrats conclus et des capacités de production disponibles.
Les financements pourront provenir du budget ukrainien, de contributions de partenaires internationaux ou de montages communs. Aucun montant global de commandes nouvelles n’a été annoncé dans le communiqué du 22 octobre. L’information a également été rapportée par Reuters, repris par Defense News, puis détaillée par Defence Industry Europe.
Les entreprises ukrainiennes pourront vendre à l’agence
Le dispositif fonctionne aussi dans l’autre sens. Les fabricants ukrainiens pourront s’inscrire dans le fichier des fournisseurs de la NSPA, déposer des offres et, s’ils remportent une consultation, signer un contrat avec l’agence. Lors d’une rencontre industrielle organisée à Kiev le 14 octobre, environ 150 représentants d’entreprises ukrainiennes ont été informés des procédures de candidature.
Cette ouverture pourrait faciliter la diffusion, dans les chaînes industrielles euro-atlantiques, de matériels et de solutions développés ou adaptés pendant la guerre, notamment dans les domaines des drones, du soutien et de la maintenance. L’accès aux appels d’offres constitue une possibilité commerciale, pas une attribution automatique de marchés.
La NSPA coopérait déjà avec l’industrie ukrainienne. Dans une présentation de ses activités publiée en 2025, elle indiquait qu’environ 75 entreprises ukrainiennes figuraient dans son fichier de fournisseurs. La nouveauté détaillée en octobre 2026 tient au cadre de partenariat permettant à Kiev d’utiliser plus largement les capacités d’achat de l’agence.
Un enjeu pour les industriels européens, dont les français
Pour les pays européens qui financent une partie de l’aide militaire à l’Ukraine, le recours à des procédures communes peut contribuer à coordonner les commandes et à rendre les besoins plus lisibles pour les fournisseurs. Les entreprises françaises présentes sur les marchés de défense de l’OTAN peuvent être concernées par les consultations liées aux besoins ukrainiens, selon les critères propres à chaque appel d’offres.
Cette évolution introduit également une concurrence potentiellement plus directe entre fournisseurs ukrainiens et européens sur certains segments. Elle peut favoriser des partenariats industriels, notamment lorsque les fabricants doivent accroître leur production ou assurer le soutien d’équipements déjà déployés.
Le calendrier mérite d’être distingué : le gouvernement ukrainien avait approuvé le projet d’accord le 13 août, le texte a été signé le 14 octobre, puis ses modalités ont été exposées publiquement le 22 octobre. La prochaine mesure concrète de son effet sera le lancement de consultations et la signature de contrats, avec des délais de livraison vérifiables. Pour les armées ukrainiennes comme pour leurs partenaires, c’est sur ces résultats que se jugera la portée du nouveau circuit d’achats.








