Un satellite russe a suivi un autre américain qui assiste l’Ukraine et s’est rapproché à 200 mètres

À 30 mètres seulement d’un satellite espion américain crucial pour l’Ukraine, un engin russe a joué avec le feu pendant des jours. L’incident le plus risqué jamais observé en orbite.

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Un satellite russe a suivi un autre américain qui assiste l'Ukraine et s'est rapproché à 200 mètres
Un satellite russe a suivi un autre américain qui assiste l’Ukraine et s’est rapproché à 200 mètres © Armees.com

Le satellite russe Kosmos-2612 a mené, durant plusieurs jours d’octobre 2026, une série de manœuvres d’approche dangereuse vers un satellite commercial américain qui fournit à l’Ukraine des images de haute précision pour sa guerre contre la Russie. L’appareil s’est rapproché jusqu’à franchir la barre des 200 mètres avant de changer d’orbite et de s’éloigner.

La cible de cette poursuite s’appelle ICEYE-X36. Construit par l’entreprise finlandaise ICEYE, l’engin est enregistré comme satellite américain et équipé d’un radar à synthèse d’ouverture capable d’obtenir des images détaillées de la surface terrestre, même de nuit et par mauvais temps.

Depuis 2022, ICEYE collabore avec l’Ukraine, à qui elle a transféré l’un de ses satellites et donné accès aux données de sa constellation, un accord élargi en janvier 2026. Ces images servent à suivre les mouvements de troupes russes, repérer des équipements militaires et évaluer les dégâts sur le front.

Une distance qui fond jour après jour

Le Kosmos-2612 a entamé ses manœuvres d’approche le 30 septembre 2026. Le 16 octobre, il se trouvait déjà à moins de cinq kilomètres de l’ICEYE-X36. Vers la fin de cette même semaine, l’écart s’est réduit à environ 200 mètres selon les données de la firme de suivi orbital LeoLabs, même si certaines estimations reprises par Scientific American évoquent une trentaine de mètres seulement, un chiffre resté incertain.

Dimanche soir, l’engin russe s’est déplacé vers une orbite légèrement plus haute, modifiant sa vitesse et entamant sa séparation. Le lundi après-midi, la distance dépassait déjà 250 kilomètres, toujours selon LeoLabs. Entre-temps, le satellite russe a alterné des positions devant et derrière sa cible avant de se retirer de façon contrôlée.

Le satellite américain n’a pas bougé

L’ICEYE-X36 n’a réalisé aucun mouvement pour s’éloigner de son poursuivant pendant tout l’épisode, précise LeoLabs, une décision qui aurait pu accroître le risque de collision, selon Adam Marsh, vice-président des solutions techniques de LeoLabs. Il a qualifié l’incident d’« événement de proximité non coopératif le plus dangereux jamais enregistré en orbite ».

L’astrophysicien Jonathan McDowell, spécialiste du suivi de l’activité orbitale, estime qu’il pourrait s’agir de la première rencontre connue en orbite terrestre basse entre deux satellites actifs sans le consentement de l’un des propriétaires. ICEYE a réagi dans un communiqué, assurant que l’architecture de sa constellation est conçue pour garantir la continuité et la résilience.

Les motivations russes restent spéculatives. Certains analystes n’excluent pas que Moscou ait cherché à inspecter le satellite, à interférer avec ses systèmes, ou simplement à démontrer sa capacité à menacer des actifs spatiaux occidentaux. Un rapport de l’institut britannique RUSI avance que la manœuvre aurait pu viser à intimider ICEYE ou à bloquer ses communications par brouillage radio.

Clayton Swope, membre du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), a estimé dans des propos repris par BreakingDefense que « ces manœuvres doivent être considérées comme une menace probable, étant donné que le satellite ICEYE soutient l’Ukraine dans son effort pour repousser l’invasion russe de 2022 ». Même sans action hostile directe, ce type de rapprochement peut contraindre l’opérateur du satellite menacé à changer d’orbite, consommer son carburant et réduire sa durée de vie utile.

Ce n’est pas la première fois que des satellites de cette série inquiètent Washington. En mai 2026, la Force spatiale des États-Unis avait dénoncé le rapprochement de quatre satellites russes, les Kosmos-2610, 2611, 2612 et 2613, vers un engin occidental sans l’identifier publiquement. Le directeur d’ICEYE, Rafal Modrzewski, avait alors indiqué que son entreprise avait dû ajuster l’orbite de l’un de ses satellites face à des manœuvres russes.

Clayton Swope a aussi évoqué un possible lien entre le retrait du Kosmos-2612 et l’annonce faite le 16 octobre 2026 par Donald Trump de suspendre de nouvelles sanctions contre la Russie, tout en reconnaissant qu’il pourrait s’agir d’une simple coïncidence. Il a par ailleurs rapproché cet épisode d’autres faits attribués à Moscou en Europe, dont des incendies provoqués et des coupures de câbles sous-marins.

Cette traque orbitale survient alors que les grandes puissances développent des capacités pour interférer avec les systèmes spatiaux rivaux. En mars 2025, la Force spatiale américaine avait déjà révélé que cinq satellites chinois avaient réalisé des exercices coordonnés d’approche en orbite basse, avec des mouvements comparés à des combats spatiaux, cette fois entre engins d’un même pays. Les cinq autres satellites lancés avec le Kosmos-2612 en avril 2026 restent sous surveillance.

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