Trump, Poutine, et l’Europe qui paye l’addition

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Trump, Poutine, et l'Europe qui paye l'addition
Trump, Poutine, et l'Europe qui paye l'addition | Armees.com

Donald Trump vient de geler les sanctions contre les importateurs d’hydrocarbures russes, offrant à Moscou un ballon d’oxygène inespéré pendant qu’elle pilonne les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Ce signal envoyé à l’Europe est brutal : l’Amérique se désengagement, et le continent va devoir assumer sa propre sécurité. Avec quels moyens, exactement ?

2 %

Le seuil minimum du PIB consacré à la défense exigé par l’OTAN — que la France atteint laborieusement, quand l’Allemagne vient enfin de le dépasser.

Washington envoie un message que l’Europe refuse d’entendre

Soyons directs : la décision de Trump de geler l’application des sanctions contre les importateurs d’hydrocarbures russes n’est pas une surprise. C’est la logique absolue de sa doctrine. L’Amérique d’abord, les alliances ensuite — voire jamais. Ce que l’establishment bruxellois et parisien continue de traiter comme une anomalie diplomatique est en réalité une politique cohérente, durable, et qui oblige l’Europe à regarder la vérité en face.

La Russie bombarde les infrastructures énergétiques ukrainiennes. Washington achète du gazole russe à prix réduit. Et l’Europe… l’Europe tient des réunions extraordinaires et publie des communiqués. Force est de constater que la réponse du continent à la menace la plus sérieuse depuis 1945 reste terriblement en deçà de l’enjeu stratégique.

La France n’échappe pas à cette critique. Notre budget de défense, certes en hausse depuis la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, atteint péniblement les 2 % du PIB. C’est le minimum syndical de l’OTAN. C’est aussi très exactement ce que nos adversaires ont calculé pour rester en dessous du seuil de dissuasion réelle. Nous dépensons juste assez pour paraître sérieux. Pas assez pour l’être vraiment.

La cybermenace, nouveau front où nous jouons en retard

La cyberattaque qui a paralysé des centaines de supermarchés français dans la nuit du 11 au 12 octobre — détruisant des stocks de produits congelés, désorganisant des chaînes d’approvisionnement — illustre une réalité que j’évoque depuis des années : la guerre hybride est déjà là. Elle ne passe plus seulement par les obus et les missiles. Elle passe par les réseaux, les automates industriels, les systèmes SCADA qui pilotent nos infrastructures critiques.

La question n’est pas de savoir si nos armées disposent de capacités cyber — l’ANSSI, le COMCYBER, nos unités spécialisées font un travail remarquable avec les moyens alloués. La question est de savoir si ces moyens sont à la hauteur de la menace. Et là, la réponse est non. Le budget cyberdéfense français reste une fraction de ce que déploient les États-Unis, Israël, ou même le Royaume-Uni. L’attaque contre la grande distribution française est un avertissement. Le prochain incident pourrait viser le réseau électrique, les hôpitaux, ou les systèmes de commandement militaire.

Investir dans la cyberdéfense n’est pas une dépense publique comme une autre. C’est une assurance-vie pour la souveraineté nationale.

L’Europe doit choisir : payer maintenant ou payer bien plus cher demain

Je ne suis pas partisan de la dépense publique tous azimuts — mes lecteurs le savent. Mais la défense nationale, c’est précisément la dépense que l’État doit assumer, parce qu’aucun acteur privé ne peut s’y substituer. La question n’est donc pas « faut-il dépenser plus pour la défense ? » La question est : « combien nous coûtera l’absence de préparation ? »

L’Allemagne a répondu à cette question en portant son budget de défense à 2,1 % du PIB. La Pologne investit 4 %. Les pays baltes savent exactement ce que signifie une frontière avec la Russie sans dissuasion crédible.

La France doit choisir. Continuer à financer une puissance militaire de façade pendant que Trump réécrit les règles du jeu, ou investir massivement, intelligemment, dans une autonomie stratégique réelle. Le temps des communiqués est révolu. L’heure des budgets a sonné.

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