OpenAI a récemment classé l’opération russe ‘Dark Clark’ au niveau 5 sur 6 de son échelle de diffusion, un record pour une campagne neutralisée. Cela illustre l’utilisation par les États des outils d’IA générative pour mener des guerres informationnelles asymétriques, ciblant l’Amérique latine et exploitant les tensions historiques entre l’Ukraine et la Pologne. Parallèlement, l’entreprise californienne a fermé des comptes iraniens impliqués dans l’opération ‘Bogus Bylines’, qui infiltrait des médias avec de faux journalistes.
Les stratégies de ‘Dark Clark’ et ‘Bogus Bylines’
Les opérateurs russes de ‘Dark Clark’ ont utilisé ChatGPT pour cibler l’Amérique latine, notamment le Pérou, en diffusant des narratifs pour diminuer le soutien à l’Ukraine. Selon NPR, ils ont usurpé l’identité d’une autorité éducative péruvienne pour encourager les écoles à organiser des événements autour de Stepan Bandera, une figure ukrainienne controversée. Darren Linvill de l’université Clemson explique que les Russes utilisent régulièrement le « blanchiment narratif » en créant de fausses histoires pour propager une propagande alignée sur les intérêts russes.
Cette campagne a suscité une réaction d’un parlementaire européen polonais d’extrême droite, faisant de ‘Dark Clark’ la campagne la plus marquante détectée par OpenAI. Les Russes ont principalement utilisé ChatGPT pour rédiger des rapports internes, optimisant leur chaîne de commandement.
Quant à l’opération iranienne ‘Bogus Bylines’, elle a créé sept faux profils de journalistes pour infiltrer les médias de petite et moyenne taille. Selon RoboActu, environ 100 articles ont été soumis par ces opérateurs, utilisant ChatGPT pour générer du contenu publié par des médias légitimes. Le Middle East Monitor a ainsi publié 21 articles signés par ces faux auteurs, portant sur le conflit américano-iranien.
Pourquoi ‘Dark Clark’ est classée au niveau 5
La sophistication de ‘Dark Clark’ réside dans sa capacité à manipuler des institutions légitimes comme vecteurs de diffusion. En usurpant une autorité éducative péruvienne, les opérateurs russes ont contourné les mécanismes de vérification habituels, permettant aux écoles de relayer le contenu sans en questionner la source. Les enjeux de sécurité liés à l’IA concernent désormais la manipulation institutionnelle, au-delà de la protection des données.
La réaction d’un parlementaire polonais illustre l’amplification politique obtenue. Les campagnes utilisant des médias établis atteignent un public plus large que celles reposant sur de faux comptes, selon OpenAI.
Le choix de Stepan Bandera comme vecteur d’amplification n’est pas anodin. OpenAI précise que la désinformation russe a exploité les tensions historiques entre Ukrainiens et Polonais. Bandera, figure divisive, est vu comme un héros par certains Ukrainiens, mais comme un collaborateur par de nombreux Polonais. En manipulant cette mémoire conflictuelle, les opérateurs russes ont cherché à diviser le soutien européen à l’Ukraine.
ChatGPT, un accélérateur des techniques traditionnelles
L’IA générative n’a pas remplacé les tactiques humaines classiques, mais les a accélérées. Darren Linvill souligne que l’IA a permis de créer un langage authentique, publié par des médias légitimes. Les Russes ont utilisé ChatGPT pour optimiser leur bureaucratie, tandis que les Iraniens l’ont employé pour produire du contenu journalistique crédible.
Avec 1,2 milliard d’utilisateurs hebdomadaires selon Les Numériques, ChatGPT rend les outils de manipulation informationnelle plus accessibles. Bien que les opérations de désinformation ne soient pas nouvelles, l’IA modifie leur mécanique opérationnelle.
Conséquences pour la résilience informationnelle des États
La découverte de ces opérations impose une révision des protocoles de vérification. Les rédactions et institutions doivent désormais vérifier l’identité des auteurs et la chaîne de publication complète. Un contenu crédible ne suffit plus à garantir l’authenticité.
Pour les services de renseignement et les États, la question va au-delà de la détection technique. Les débats sur la régulation mondiale de l’IA prennent une nouvelle dimension stratégique. L’exposition publique des opérations suffit-elle à les neutraliser, ou les acteurs adapteront-ils simplement leurs méthodes ? Les tensions géopolitiques exploitées par ‘Dark Clark’ et ‘Bogus Bylines’ révèlent une guerre informationnelle qui approfondit les fractures existantes.
Classer ‘Dark Clark’ au niveau 5 marque un seuil. Au-delà de la performance technique, cela signale une escalade dans l’efficacité des campagnes de désinformation assistées par IA. Les États doivent désormais considérer la résilience informationnelle comme un enjeu de souveraineté, au même titre que la cybersécurité ou la défense territoriale.








