Ukraine : la Russie recrute en Thaïlande à coup de (gros) dollars

Des annonces diffusées en Thaïlande proposent un contrat militaire d’un an en Russie. Salaires, missions et garanties : qu’en est-il vraiment ?

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Des annonces diffusées en Thaïlande proposent un contrat militaire d’un an en Russie. Salaires, missions et garanties : qu'en est-il vraiment ? ChatGPT
Des annonces diffusées en Thaïlande proposent un contrat militaire d’un an en Russie. Salaires, missions et garanties : qu'en est-il vraiment ? ChatGPT | Armees.com

La Russie recrute en Asie pour sa guerre en Ukraine. Un revenu annuel présenté comme net, un emploi loin du front et des frais de voyage pris en charge : les offres diffusées en Thaïlande multiplient les arguments. Elles s’inscrivent dans un recrutement international déjà documenté. Mais une publicité ne prouve ni les conditions réelles du service ni le versement des sommes promises.

Un recrutement international qui passe aussi par les réseaux sociaux

La campagne observée en Thaïlande prend place dans un mouvement plus large. Dans une étude publiée en avril 2026, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Truth Hounds et le Bureau international du Kazakhstan pour les droits de l’Homme décrivent les circuits utilisés pour attirer des étrangers dans l’armée russe. Selon les données des autorités ukrainiennes reprises dans ce rapport, au moins 27.000 ressortissants de plus de 130 pays auraient été recrutés depuis février 2022. L’étude s’appuie aussi sur des entretiens et des recherches en sources ouvertes. Elle relève l’usage de plateformes numériques et d’intermédiaires privés, avec des situations très différentes selon les personnes : certaines savaient qu’elles signaient un engagement militaire ; d’autres disent avoir été trompées sur leur destination ou leurs fonctions. Ces constats éclairent les annonces apparues en Thaïlande. Ils ne permettent toutefois pas de déterminer combien de Thaïlandais y ont répondu.

Les publications signalées fin septembre s’adressent à des hommes de 20 à 58 ans. Le média ukrainien Militarnyi a rapporté leur circulation sur les réseaux sociaux en Thaïlande. Elles renvoient vers une offre présentée en thaï et promettent un contrat de douze mois avec le ministère russe de la Défense. Les candidats seraient affectés à la protection de sites stratégiques, à la logistique, à des tâches techniques ou à des activités liées aux drones. La présentation affirme qu’aucune expérience militaire ni maîtrise du russe n’est exigée. Elle promet également une formation et une aide en thaï pour les démarches. Il s’agit, à ce stade, des affirmations des recruteurs. Les sources disponibles établissent l’existence de l’offre, sans confirmer que le ministère russe de la Défense en garantit personnellement chaque condition, ni que des candidats recrutés en Thaïlande occupent effectivement les postes décrits.

Une rémunération affichée, des conditions réelles à établir

Le montant mis en avant atteint 2,5 millions de bahts sur un an, soit environ 75.000 dollars selon la conversion utilisée dans les articles qui ont relayé l’annonce. Le calcul présenté aux candidats additionne 1,3 million de bahts promis à la signature et douze versements mensuels de 100.000 bahts. La publicité qualifie cette somme de revenu net. Elle annonce aussi la prise en charge du billet d’avion, du logement, des repas et d’une assurance. Enfin, elle évoque la possibilité de demander la nationalité russe après douze mois ; cette formulation ne signifie pas que la nationalité serait accordée automatiquement. Aucun document contractuel indépendant cité dans les sources consultées ne permet de vérifier les modalités de paiement, les exclusions éventuelles ou les conditions exactes de l’assurance. Les chiffres doivent donc être lus comme une promesse commerciale de recrutement, et non comme des revenus déjà constatés chez des engagés thaïlandais.

La question de l’affectation compte autant que celle du salaire. Selon The Moscow Times, les recruteurs ont indiqué qu’une unité située dans la région russe de Transbaïkalie pourrait accueillir des candidats. Le journal rapporte aussi que leur poste précis serait fixé après la signature. Dans l’étude de la FIDH, 13 des 16 prisonniers de guerre étrangers interrogés ont déclaré qu’on leur avait annoncé une fonction sans combat ; la plupart ont pourtant été envoyés vers des positions avancées. Ces témoignages concernent d’autres recrutements et ne prouvent pas que les annonces diffusées en Thaïlande aboutiront au même résultat. Ils montrent pourquoi la distinction entre mission annoncée et mission réellement confiée est décisive. L’Inde avait déjà demandé à Moscou de libérer des ressortissants dont les familles affirmaient qu’ils avaient accepté des fonctions de soutien avant de se retrouver au combat. Pour l’offre visant la Thaïlande, le nombre de contrats signés, les sommes effectivement versées et les affectations restent à établir.

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