Quelles armes Trump aurait-il proposées à la Chine malgré les interdictions ?

L’ambassadeur américain David Perdue a révélé que Donald Trump aurait proposé à Xi Jinping l’achat d’armement américain, suscitant une controverse immédiate.

Publié le
Lecture : 3 min
Pourquoi Xi Jinping aurait proposé son aide à Trump sur l'Iran alors que Pékin et Washington s'affrontent sur les droits de douane
Quelles armes Trump aurait-il proposées à la Chine malgré les interdictions ? © Armees.com

David Perdue, ambassadeur américain en Chine, a récemment déclaré que Donald Trump aurait suggéré à Xi Jinping l’achat d’armements américains. Cette révélation suscite des interrogations sur les systèmes potentiellement concernés et souligne les obstacles légaux et réglementaires imposés par le droit américain. Lors d’une interview sur Fox News Sunday le 28 septembre 2026, Perdue a affirmé que le président avait évoqué ce sujet avec son homologue chinois, sans préciser le timing ni la réaction de Pékin. Les autorités ont rapidement démenti ces allégations.

Les systèmes d’armes potentiellement évoqués

Les exportations d’armement américain sont soumises à une classification rigoureuse. Les systèmes comme les batteries Patriot ou THAAD, les chasseurs F-16 ou F-35, et les missiles de précision sont réservés aux alliés stratégiques tels qu’Israël, le Japon, la Corée du Sud ou Taïwan, sous des conditions strictes. Depuis l’embargo de 1989, consécutif aux événements de Tiananmen, la Chine est exclue de ces transferts technologiques. Les États-Unis surveillent également les exportations de technologies duales vers la Chine, par crainte d’applications militaires.

En décembre 2025, les États-Unis ont vendu pour 11 milliards de dollars d’armement à Taïwan, un montant record comprenant des systèmes anti-navires Harpoon et des équipements de guerre électronique. Un package supplémentaire de 14 milliards de dollars est en attente d’approbation depuis mai 2026, période durant laquelle Trump a qualifié ces ventes de « levier commercial » avec Pékin. Cette approche va à l’encontre de la politique de défense américaine dans la région indo-pacifique.

Embargo de 1989 : précédents et impossibilités légales

Depuis 37 ans, aucun armement américain n’a été vendu à la Chine en raison de l’embargo instauré après Tiananmen, interdisant tout transfert de matériel militaire létal. L’Union européenne maintient un embargo similaire. Les rares exceptions concernent des technologies civiles à faible potentiel militaire, toujours soumises à validation interministérielle. Perdue n’a pas précisé les systèmes évoqués, rendant toute analyse technique spéculative.

Cadre légal américain : une vente impossible

La Taiwan Relations Act (1979) et ses implications

La Taiwan Relations Act de 1979 oblige les États-Unis à fournir à Taïwan des armes défensives suffisantes pour maintenir sa capacité d’autodéfense. Vendre des armes à la Chine contreviendrait à cette loi, en renforçant militairement une menace directe pour l’île. Le Congrès américain, qui défend cet engagement bipartisan, bloquerait une telle transaction. Les législateurs, républicains et démocrates, soutiennent les ventes d’armes à Taïwan, considérant sa défense comme un intérêt stratégique vital.

Contrôles d’exportation : ITAR et EAR

L’International Traffic in Arms Regulations (ITAR) et l’Export Administration Regulations (EAR) régissent strictement les exportations de matériel militaire et de technologies sensibles. Chaque transaction nécessite une licence du Département d’État, qui évalue les risques de prolifération et d’impact géopolitique. La Chine est soumise aux restrictions les plus sévères. Violations de ces règlements peuvent entraîner des sanctions pénales lourdes.

Démentis du Département d’État

Le Département d’État américain a rapidement réagi. « La loi américaine interdit les ventes d’armes à la Chine et il n’existe aucun plan en ce sens », a déclaré un porte-parole, cité par le Wall Street Journal. La Maison-Blanche a confirmé cette position, indiquant que toute autre déclaration relevait d’une incompréhension ou déformation des propos présidentiels. Ces démentis visent à rassurer Taipei et les alliés régionaux quant à la constance de l’engagement américain.

Taïwan face à cette proposition : un package de 14 milliards de dollars en attente

Le blocage du package taïwanais de 14 milliards de dollars depuis mai 2026 est éclairé par ces révélations. Taipei attend des drones MQ-9 Reaper, des systèmes de défense côtière et des missiles à longue portée pour contrer l’escalade militaire chinoise dans le détroit. En septembre 2026, l’Armée populaire de libération a intensifié ses incursions autour de l’île, avec 127 sorties d’avions militaires enregistrées. Le gouvernement taïwanais perçoit le retard d’approbation comme un signal inquiétant.

Perdue a tenté de rassurer en disant que Trump « est aussi fort sur Taïwan que jamais », affirmant que le président « a vendu plus d’armes à Taïwan que tout autre président américain depuis 1979 ». Cette affirmation est contestée par des analystes qui rappellent les ventes importantes sous l’administration Obama. La visite de Xi à Washington en septembre 2026 a abouti à un accord de réduction tarifaire de 30 milliards de dollars, alimentant les soupçons d’un marchandage où la sécurité taïwanaise serait une monnaie d’échange.

L’équilibre militaire dans l’Indo-Pacifique repose sur la crédibilité des engagements américains. Toute ambiguïté affaiblit la dissuasion face aux ambitions chinoises. Les alliés régionaux, du Japon à l’Australie, observent attentivement la cohérence du discours américain. Les nouvelles collaborations industrielles de défense en Europe témoignent d’une volonté de diversification des sources d’approvisionnement militaire, réduisant la dépendance aux États-Unis. La proposition évoquée par Perdue, même démentie, nuit à la confiance stratégique nécessaire aux alliances de sécurité collective.

Laisser un commentaire

Share to...