Maisons, comptes bancaires, véhicules ou même bétail : les profits du crime prennent des formes très diverses et franchissent facilement les frontières. Pour aider les enquêteurs à les retrouver, Interpol teste depuis janvier 2025 une nouvelle alerte internationale. Ses premiers résultats montrent l’intérêt du dispositif. Ils rappellent aussi qu’identifier un bien ne suffit pas à le récupérer.
Des millions repérés, mais pas encore récupérés
Au moins 36 millions d’euros d’avoirs liés à des activités criminelles ont été découverts grâce aux notices argent, selon des chiffres communiqués par Interpol à l’Associated Press dans un reportage publié le 18 septembre 2026. L’agence évoque la participation de 82 pays à cette phase d’essai. Ce montant mesure des biens localisés ou identifiés. Il ne correspond pas à une somme déjà confisquée, ni à de l’argent rendu aux victimes. Dans un bilan publié en mai 2026, Interpol indiquait que plus de 200 demandes étaient actives. Elles visaient, au total, des avoirs évalués à 2,2 milliards de dollars. Plus de 2 500 réponses avaient alors été échangées entre pays. L’écart entre les biens recherchés et ceux effectivement repérés illustre la difficulté de suivre des patrimoines dispersés sur plusieurs territoires. Interpol estime que 99% des avoirs d’origine criminelle échappent encore au recouvrement.
Les affaires rendues publiques montrent que l’outil ne concerne pas seulement les grandes organisations criminelles. Au Royaume-Uni, la National Crime Agency a annoncé en avril 2025 l’émission de sa première notice argent pour rechercher les avoirs d’un homme condamné dans une vaste affaire de fraude immobilière. Les autorités britanniques estimaient ses gains illicites à 8,5 millions de livres. Elles avaient déjà saisi un bateau à moteur et 19 voitures de grande valeur ; la notice devait les aider à chercher d’éventuels biens supplémentaires à l’étranger. Interpol rapporte aussi le cas de fonds publics détournés dans un pays européen. Moins d’un mois après la diffusion d’une notice, la police fédérale australienne avait localisé plus du quart des 18 millions de dollars recherchés. Dans les deux cas, la notice ouvre des pistes d’enquête. Les procédures de saisie et de restitution suivent leur propre cours.
Une alerte internationale, puis des démarches entre États
Le fonctionnement repose sur un partage rapide d’informations. Un pays peut demander à Interpol de diffuser une notice argent auprès de ses 196 membres afin de localiser des biens liés à une personne visée par une enquête pénale. Une diffusion argent permet, elle, de solliciter des pays choisis. Les recherches peuvent porter sur des immeubles, des comptes, des entreprises, des véhicules ou des cryptomonnaies. Avant sa publication, la demande fait l’objet d’un contrôle de conformité. Le cadre du projet pilote exige notamment un lien avec une enquête concernant une infraction grave et des éléments permettant de relier la personne ou les avoirs aux faits examinés. La notice sert à obtenir et à partager des renseignements. Elle ne donne à Interpol aucun pouvoir direct de gel ou de confiscation. Une fois un bien retrouvé, les autorités nationales doivent engager les démarches prévues par leurs lois et par les accords applicables.
La première notice argent, demandée par l’Italie en janvier 2025, en donne un exemple concret. Les enquêteurs cherchaient les avoirs d’un membre important de la mafia au-delà du territoire italien. Au Brésil, des recherches ont permis d’identifier plus de 1,7 million de dollars de biens, notamment de l’argent, des propriétés, des véhicules et du bétail. Interpol a facilité la coordination entre les services concernés ; la suite dépend des autorités italiennes et brésiliennes. L’avenir du dispositif reste également à décider. Lors de son assemblée générale de novembre 2025, Interpol a demandé un bilan complet de l’expérimentation et des recommandations sur son usage futur. Ces conclusions doivent être examinées lors de la prochaine assemblée, prévue à Hongkong du 30 novembre au 3 décembre 2026. Les premiers résultats établissent la capacité des notices argent à faire apparaître des avoirs cachés. Leur effet sur les sommes effectivement récupérées devra être évalué séparément.








