Le prix des avions de combat F-35 continue de grimper : 80 millions d’euros pour le plus petit modèle

394 millions accordés, 30 avions au lieu de 36, un rapport qualifié de « fiasco »… Entre dérapages budgétaires et défense aérienne fragilisée, le dossier F-35 réserve encore bien des rebondissements pour la Suisse.

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Le prix des avions de combat F-35 continue de grimper : 80 millions d'euros pour le plus petit modèle
Le prix des avions de combat F-35 continue de grimper : 80 millions d’euros pour le plus petit modèle © Armees.com

Le Conseil national a approuvé un crédit supplémentaire de 394 millions de francs, nécessaire à l’achat de 30 avions de combat F-35, rapporte Business AM. Ce chiffre remplace les 36 appareils prévus initialement par le Conseil fédéral.

Le vote s’est tenu dans une chambre basse qualifiée d’emmenée par la droite, quelques jours après la révélation d’un « fiasco » entourant l’achat de ces avions et la publication d’un rapport accablant de la Commission de gestion du National sur ce dossier.

Gerhard Andrey, élu Vert du canton de Fribourg, a tenté de faire suspendre le crédit additionnel jusqu’à ce que le Conseil fédéral se prononce sur ce rapport. La droite dans son ensemble a rejeté cette proposition.

Le camp rose-vert tente en vain de faire capoter le projet

Le PS s’est opposé au projet F-35 dans son ensemble et a cherché à le faire échouer. Benoît Gaillard, élu PS du canton de Vaud, a réclamé la mise sur pied d’une commission d’enquête parlementaire, jugée nécessaire selon lui pour rétablir la confiance avec la population.

Il a dénoncé un choix « pris sur la base d’une procédure d’évaluation problématique et opaque », défendu selon lui par « la supposée assurance d’un prix fixe, qui n’était ni garanti dans le contrat ni même défendable ». Il a ajouté que le Parlement, et le peuple avec lui, avaient été induits en erreur.

Gaillard a prévenu que les dépassements de coûts pour la formation, l’entretien et l’exploitation seraient « les prochaines détonations » de ce qu’il a appelé la bombe à fragmentation politique du F-35.

Martin Pfister, ministre de la Défense, a rappelé que le débat du jour ne portait pas sur le rapport de la Commission de gestion. Il a promis une réponse du Conseil fédéral d’ici décembre 2026, qualifiant ce rapport de « factuel, objectif et intéressant, une excellente base pour procéder à des améliorations ».

Nicole Barandun, élue du Centre du canton de Zurich, a plaidé au nom de la commission qu’un abandon ou un changement de système retarderait l’introduction d’un système de défense moderne, tout en reconnaissant la hausse des coûts.

Trente-six avions écartés par 102 voix contre 89

Les sénateurs ont refusé, par 102 voix contre 89, une proposition de l’UDC et du PLR visant à ajouter 650 millions de francs supplémentaires pour acquérir les 36 jets initialement prévus. Thomas Hurter, élu UDC du canton de Schaffhouse, avait averti que refuser ce crédit reviendrait à acheter moins de F-35.

Heinz Theiler, élu PLR du canton de Schwyz, avait pour sa part jugé que changer de modèle d’avion impliquerait de rester sans défense aérienne stable, ce qui serait « faire preuve de négligence » selon lui.

Le prix du F-35 dévoilé pour la première fois en valeur actuelle

Le débat suisse intervient alors que le ministère de la Défense américain a dévoilé, pour la première fois en valeur monétaire actuelle, les prix des derniers lots de production du F-35, selon le Bureau du programme conjoint de l’avion. Le coût moyen dit flyaway, qui englobe l’appareil complet avec radar et moteur, s’élève à 92 millions de dollars pour le F-35A, la version achetée par la Belgique et destinée aux pistes standard.

Le F-35C, conçu pour les porte-avions avec ailes repliables et train d’atterrissage renforcé, coûte 110,8 millions de dollars. Le F-35B, doté de capacités d’atterrissage vertical et de décollage court, atteint 121,4 millions de dollars.

Un accord de 24,29 milliards de dollars a été conclu avec Lockheed Martin pour 296 appareils des lots 18 et 19, à livrer entre 2026 et 2027. Ce contrat ne couvre que les cellules : les moteurs Pratt & Whitney F135 relèvent d’accords distincts, finalisés en 2026.

Cellule et moteurs combinés, les hausses de prix atteignent 11,5 % pour le F-35A, 11,4 % pour le F-35B et 8,5 % pour le F-35C par rapport aux trois lots précédents. L’inflation post-pandémique, qui a fait grimper le coût des matières premières et de la main-d’œuvre tout en compliquant les chaînes d’approvisionnement, explique une partie de la hausse.

Les appareils plus récents intègrent aussi le matériel « Technology Refresh 3 », une mise à niveau du programme de modernisation « Block 4 » qui introduit des outils de guerre électronique supérieurs et des systèmes informatiques améliorés. Les dépenses totales du programme dépassent désormais 536 milliards de dollars, en hausse de plus de 10 % par rapport aux projections précédentes du Pentagone, sans compter la maintenance et l’exploitation à venir.

Le budget de l’armée validé, les munitions sol-air recalées

Comme l’avait fait précédemment le Conseil des États, le Conseil national a validé les 3,4 milliards de francs demandés par le Conseil fédéral pour l’armée, avec pour priorités l’extension de la défense sol-air, la protection contre les mini-drones et le cyberespace. Ces priorités ont recueilli l’assentiment de tous les partis, y compris à gauche.

Le Conseil national a en revanche refusé, par 104 voix contre 91, un crédit supplémentaire de 500 millions de francs réclamé par la commission pour l’achat de munitions destinées à la défense sol-air. Walter Gartmann, élu UDC du canton de Saint-Gall et rapporteur, avait défendu ce crédit en demandant à quoi servent des systèmes modernes sans munitions.

Linda De Ventura, élue PS du canton de Schaffhouse, a répondu qu’aucune réflexion n’avait été menée pour financer ou compenser ces 500 millions supplémentaires.

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