Iran : vers une « zone interdite » près du détroit d’Ormuz ?

L’Iran prévoit une zone interdite près du détroit d’Ormuz et menace de sanctionner les navires qui y pénétreront sans son autorisation.

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L’Iran prévoit une zone interdite près du détroit d’Ormuz et menace de sanctionner les navires qui y pénétreront sans son autorisation. ChatGPT
L’Iran prévoit une zone interdite près du détroit d’Ormuz et menace de sanctionner les navires qui y pénétreront sans son autorisation. ChatGPT | Armees.com

L’Iran veut encore renforcer son contrôle des routes maritimes autour du détroit d’Ormuz. Téhéran prévoit de créer une nouvelle zone réglementée dans le Golfe. Les navires qui y pénétreraient sans autorisation pourraient être inscrits sur une liste de sanctions iranienne. Cette annonce intervient alors que les échanges militaires avec les États-Unis ont repris et que le trafic maritime reste fortement perturbé dans cette région essentielle pour le commerce mondial de l’énergie.

L’Iran veut étendre son dispositif de contrôle au-delà du détroit d’Ormuz

L’annonce est venue de Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Lors d’une intervention diffusée dimanche par la télévision d’État, le responsable a expliqué que l’Iran comptait instaurer « dans les prochains jours » une nouvelle zone maritime réglementée à l’extérieur du détroit d’Ormuz. Son périmètre précis n’a pas encore été rendu public. Selon les informations rapportées par Reuters, cette zone devrait débuter à proximité de la ligne correspondant au dispositif de blocus naval américain et s’étendre vers plusieurs secteurs du Golfe. Téhéran doit encore publier les cartes permettant de connaître exactement les espaces concernés. Mohsen Rezaï a également prévenu que tout bâtiment pénétrant dans cette zone sans respecter les règles iraniennes pourrait être ajouté à une liste de sanctions. La nature exacte de ces mesures n’a toutefois pas été précisée. Il s’agit donc, à ce stade, d’un projet annoncé par l’Iran et non d’un dispositif dont toutes les modalités opérationnelles sont déjà connues.

La décision intervient alors que l’Iran cherche parallèlement à réorganiser la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz avec Oman. Mohsen Rezaï affirme qu’un accord doit être signé prochainement entre les deux pays concernant un nouveau corridor destiné aux navires entrant ou sortant du Golfe. Selon Téhéran, les accès à cette route seraient placés sous contrôle iranien. Cette évolution s’inscrit dans un environnement maritime déjà profondément modifié par le conflit. L’Organisation maritime internationale indique que le schéma traditionnel de séparation du trafic, mis en place dès 1968 sur proposition de l’Iran et d’Oman, n’est actuellement plus utilisé en raison de signalements de mines. Dans le dispositif exceptionnel actuellement en vigueur, l’Iran est chargé de la route située au nord et Oman de celle située au sud. Les États côtiers assurent également la gestion des flux et la prévention des collisions. L’apparition d’une nouvelle zone contrôlée par l’Iran pourrait donc ajouter une dimension politique et militaire à une organisation maritime déjà particulièrement complexe.

Une nouvelle menace pour le trafic pétrolier et les marchés de l’énergie

L’enjeu dépasse très largement les relations entre Washington et Téhéran. Le détroit d’Ormuz reste l’un des passages maritimes les plus importants de la planète pour les hydrocarbures. Dans une analyse publiée le 16 juin 2025, l’Energy Information Administration américaine estimait qu’environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers avaient emprunté chaque jour le détroit en moyenne en 2024. Ce volume représentait environ 20% de la consommation mondiale de liquides pétroliers. L’EIA soulignait également le faible nombre de solutions permettant de contourner complètement ce passage en cas de fermeture. Cette dépendance explique la sensibilité extrême des marchés à chaque développement concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz. La situation actuelle est néanmoins très différente de celle observée avant la guerre. Les données de Kpler rapportées par Reuters montrent que le nombre de navires transportant des matières premières empruntant le détroit est tombé récemment à environ dix par jour en moyenne sur une période de dix jours, son niveau le plus faible depuis mai. Le 5 septembre, seulement deux bâtiments de ce type auraient franchi la zone.

Cette contraction du trafic intervient dans un contexte de reprise des affrontements entre l’Iran et les États-Unis. Washington a annoncé avoir frappé trois pétroliers iraniens après des attaques visant des bâtiments de l’US Navy. L’Iran a de son côté revendiqué plusieurs opérations contre des navires américains ou considérés comme circulant sur des routes non autorisées. Certaines affirmations iraniennes sont contestées par Washington, notamment celle concernant une frappe contre un bâtiment militaire américain sans équipage. Le risque maritime s’est néanmoins nettement renforcé. Reuters rapporte que le Brent évoluait lundi autour de 96 dollars le baril après avoir approché 98 dollars, tandis que le WTI dépassait 91 dollars. Sur la semaine précédente, les deux références avaient respectivement progressé d’environ 8% et 10%. La création annoncée d’une zone interdite par l’Iran pourrait entretenir cette prime de risque si elle entraîne de nouvelles restrictions pour les compagnies maritimes.

La menace iranienne ne constitue d’ailleurs pas un mécanisme entièrement nouveau. Téhéran utilise déjà une liste noire visant certains navires accusés de ne pas respecter ses règles de navigation. Début septembre, Reuters indiquait que 56 bâtiments figuraient désormais sur cette liste, après l’ajout de onze nouveaux navires. Elle comprend des pétroliers, mais également des méthaniers et des transporteurs de produits raffinés. Certaines compagnies et certains acheteurs ont commencé à éviter les navires concernés afin de réduire leur exposition au risque. La future zone interdite annoncée par l’Iran pourrait donc étendre géographiquement une stratégie déjà utilisée pour peser sur la circulation commerciale. Mais son application risque également d’accroître les tensions autour du droit de navigation. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer prévoit un régime spécifique de passage en transit dans les détroits utilisés pour la navigation internationale. L’Iran a signé cette convention sans la ratifier, tandis que le statut juridique des mesures prises autour d’Ormuz reste depuis longtemps l’objet de divergences entre Téhéran et Washington.

Au-delà de la démonstration de force, l’annonce traduit enfin une bataille économique. Les États-Unis cherchent à réduire fortement les revenus pétroliers de l’Iran grâce au blocus naval et aux sanctions. Selon Reuters, les chargements de brut iranien seraient passés d’environ 2 millions de barils par jour en mars à seulement 220.000 à 255.000 barils par jour en août. En cherchant à contrôler davantage les mouvements de navires autour d’Ormuz, l’Iran tente donc aussi de conserver un moyen de pression sur les exportations énergétiques des autres pays du Golfe et sur le marché mondial. La publication des limites exactes de la future zone sera déterminante. Elle permettra de mesurer si Téhéran cherche avant tout à formaliser les restrictions existantes ou s’il prépare une extension significative de son contrôle maritime. Dans le second cas, le détroit d’Ormuz pourrait redevenir l’un des principaux foyers de risque pour le commerce mondial, les prix du pétrole et la sécurité maritime dans le Golfe.

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