Le terrorisme islamiste reste une menace durable pour l’Europe et l’Amérique du Nord. Dans son dernier rapport consacré à Daech, Al-Qaida et leurs organisations affiliées, une équipe d’experts des Nations unies décrit un risque contenu par l’action des services de sécurité, mais loin d’avoir disparu. Les attaques de faible ampleur, les projets portés par des individus isolés et la radicalisation numérique occupent désormais une place centrale. Dans le même temps, la montée en puissance des groupes jihadistes en Afrique et en Asie du Sud nourrit des inquiétudes à plus long terme.
Terrorisme islamiste : une menace devenue plus difficile à anticiper
Publié le 10 août 2026 sous la référence S/2026/651, le 38e rapport de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions du Conseil de sécurité couvre la période allant du 16 décembre 2025 au 9 juin 2026. Son constat général est nuancé. Le niveau global de la menace liée à Daech et Al-Qaida n’a pas fortement progressé à court terme. Mais il ne baisse pas non plus. Pour l’Europe et l’Amérique du Nord, les experts parlent d’une menace contenue mais persistante. Le modèle des grandes cellules structurées et directement commandées depuis une zone de guerre n’est plus dominant. Le danger repose davantage sur des individus radicalisés localement. Ils agissent seuls ou au sein de petits groupes. Leur inspiration vient souvent de contenus diffusés sur Internet plutôt que d’instructions opérationnelles reçues d’une organisation terroriste. L’ONU recense quatre attaques pendant la période étudiée. Trois de leurs auteurs avaient déjà fait l’objet de condamnations liées au terrorisme. Un attentat à l’arme blanche a notamment visé des gendarmes à Paris le 13 février. Des attaques ont également été enregistrées aux États-Unis et en Suisse. Surtout, une douzaine de projets ont été déjoués en Amérique du Nord et en Europe. Plusieurs enquêtes conduites en France, en Allemagne, en Italie et en Espagne concernaient de jeunes sympathisants de Daech. Cette évolution confirme que le terrorisme islamiste peut conserver une capacité de nuisance importante même lorsque les organisations qui l’inspirent rencontrent des difficultés militaires ou structurelles.
Cette fragmentation de la menace est également relevée par Europol. Dans son rapport TE-SAT 2026, publié en juillet, l’agence européenne indique que le jihadisme demeure la forme de terrorisme la plus présente dans l’Union européenne. Sur les 45 attaques terroristes achevées, déjouées ou ayant échoué enregistrées en 2025, 24 étaient liées au jihadisme. Sur 486 personnes arrêtées pour des infractions terroristes, 347 l’ont été dans des affaires liées à cette mouvance. Europol insiste cependant sur une transformation profonde des mécanismes de radicalisation. Internet permet à des individus isolés de rejoindre des communautés extrémistes, de consommer de la propagande et d’envisager un passage à l’acte sans appartenir formellement à une organisation. L’agence souligne aussi le rôle croissant des jeunes et des environnements numériques. INTERPOL aboutit à un constat comparable dans une analyse publiée en 2026 sur la radicalisation de la jeunesse : réseaux sociaux, plateformes de discussion, messageries et jeux en ligne peuvent faciliter une radicalisation rapide et parfois difficile à détecter. L’ONU relève parallèlement l’apparition récurrente de l’intelligence artificielle dans certaines enquêtes antiterroristes européennes. Selon le rapport, des suspects ont utilisé des outils d’IA pour rechercher des informations sur des explosifs, la sélection de cibles ou les moyens d’échapper à la surveillance. Dans son annexe consacrée à la propagande, l’organisation observe aussi que certaines branches de Daech emploient désormais l’IA pour traduire et diffuser plus rapidement leurs contenus. La menace terroriste islamiste devient donc moins centralisée, mais potentiellement plus accessible à des individus sans expérience opérationnelle.
Du Sahel à l’Afghanistan, des foyers jihadistes qui continuent d’alimenter le risque international
L’évolution constatée en Europe ne peut cependant pas être séparée des dynamiques observées à plusieurs milliers de kilomètres. Le principal signal d’alerte du rapport des Nations unies concerne le Sahel et l’Asie du Sud, deux régions où la menace s’est renforcée au cours des derniers mois. En Afrique de l’Ouest, le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, ou JNIM, affilié à Al-Qaida, demeure selon les experts la principale organisation terroriste active au Sahel. Ses effectifs seraient compris entre 7 000 et 8 000 combattants, dont environ la moitié au Mali. Le groupe a intensifié ses opérations en 2026 et cherche à accroître la pression exercée sur les autorités maliennes. Sa puissance repose aussi sur des ressources financières importantes. Les Nations unies estiment qu’une rançon d’environ 50 millions de dollars évoquée dans le précédent rapport a joué un rôle important dans le financement de ses opérations au Mali. Une partie de cet argent aurait également alimenté le réseau plus large d’Al-Qaida. Face au JNIM, l’État islamique dans le Grand Sahara poursuit lui aussi son développement. La rivalité entre les deux mouvements représente, selon l’ONU, l’une des confrontations les plus intenses actuellement observées entre une branche d’Al-Qaida et une organisation affiliée à Daech. Ces groupes ne disposent pas nécessairement d’une capacité immédiate à organiser des attentats complexes en Europe. Leur consolidation territoriale, financière et militaire constitue néanmoins un enjeu de sécurité internationale. Elle leur permet de maintenir des réseaux, de produire de la propagande et de conserver une capacité d’attraction auprès de sympathisants étrangers.
D’autres foyers restent également surveillés. En Afghanistan, plusieurs organisations terroristes continuent d’opérer malgré les pressions exercées contre elles. L’État islamique au Khorasan demeure notamment capable de diffuser une propagande tournée vers l’étranger. Au Yémen, Al-Qaida dans la péninsule Arabique profite des fragilités sécuritaires du sud du pays et reste, selon plusieurs États cités par les experts onusiens, la branche d’Al-Qaida présentant l’une des intentions les plus fortes en matière d’opérations extérieures. Daech lui-même traverse une période de fragilité au sommet de son organisation après plusieurs pertes importantes dans sa direction. Le rapport souligne toutefois que sa capacité à produire de la propagande et à encourager des violences reste importante. C’est précisément ce décalage qui caractérise aujourd’hui le terrorisme islamiste : l’affaiblissement d’une structure centrale ne provoque pas nécessairement la disparition de la menace. Les organisations régionales disposent d’une autonomie croissante. Les contenus circulent instantanément d’un continent à l’autre. Des sympathisants peuvent se radicaliser sans contact physique avec un recruteur. Pour les services européens, l’enjeu consiste donc autant à empêcher la reconstitution de réseaux organisés qu’à détecter des trajectoires individuelles beaucoup plus difficiles à anticiper. Le rapport des Nations unies ne décrit pas une menace en progression uniforme. Il montre plutôt un phénomène en recomposition permanente, capable de déplacer ses centres de gravité tout en maintenant une pression sur l’Europe et l’Amérique du Nord.








