Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Moscou mardi 25 août 2026. Il s’y est entretenu avec des responsables des services de renseignement russes, mais n’a pas rencontré le président russe Vladimir Poutine. L’information a été révélée par le Kremlin.
Il s’agit de la première visite connue d’un patron de la CIA dans la capitale russe depuis celle de William Burns, prédécesseur de John Ratcliffe, en novembre 2021.
Un avion repéré malgré un déplacement voulu secret
L’appareil qui transportait le chef du renseignement américain, un Boeing C-17A Globemaster III de plus de 50 mètres de long, a atterri à l’aéroport de Vnukovo vers 10 heures du matin, sans qu’aucune visite officielle n’ait été annoncée au préalable. Il est reparti huit heures et demie plus tard. Le trajet exact reste flou : l’avion aurait décollé de la base militaire d’Andrews avant de transiter par la Lettonie, pays membre de l’OTAN.
Le vol a été repéré grâce au site de suivi Flightradar24, ce qui a immédiatement relancé les interrogations sur d’éventuels pourparlers secrets entre Washington et Moscou. Les médias américains Axios et CBS News ont ensuite révélé, dans la soirée, que l’avion transportait bien John Ratcliffe. Les autorités russes avaient pourtant affirmé, dans un premier temps, ne disposer d’aucune information sur un quelconque déplacement.
Fait notable : l’Ukraine a suspendu ses vols de drones au-dessus de Moscou pendant la présence de l’Américain dans la ville. Cette activité a repris quelques heures après le départ de l’avion.
« Entre services secrets », confirme le Kremlin
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a admis mercredi 26 août qu’il y avait eu un échange entre services secrets, tout en niant tout contact avec le président russe. Il a confirmé que Vladimir Poutine avait été informé des résultats des entretiens, sans donner davantage de détails.
Il a jugé trop tôt pour dire si de tels contacts pourraient contribuer à sortir les relations entre les deux pays de ce qu’il a qualifié de « crise profonde ».
Donald Trump a réagi dans l’après-midi du même mercredi, qualifiant la visite de demi-routine. Le président américain a assuré que ce déplacement n’était lié ni à des menaces russes contre l’OTAN, ni à la guerre en Iran, deux hypothèses parmi les plus populaires sur ce voyage.
Il a réitéré son souhait que la guerre en Ukraine s’arrête et a estimé que quelque chose sortira peut-être de cette rencontre, sans s’expliquer davantage sur les raisons du rendez-vous.
Les relations russo-américaines se sont particulièrement refroidies depuis l’invasion russe de l’Ukraine. La dernière visite comparable, celle de William Burns en novembre 2021, s’était soldée par un échec : le directeur de la CIA était alors venu mettre en garde Vladimir Poutine contre une offensive, selon la chaîne américaine CNN, sans succès. En 2025, Donald Trump avait déjà tenté un rapprochement en invitant en grande pompe Vladimir Poutine en Alaska, sans résultat concret.
Ancien officier supérieur des services de renseignement et auteur de Grand angle sur l’espionnage russe, Alain Rodier confirme que les visites de directeurs de services à leurs homologues sont annuelles, mais qu’elles restent normalement réservées aux pays avec lesquels on n’est pas en crise. « Quelque chose d’important et de semi-officiel se passe, c’est certain », estime-t-il.
Il évoque le concept de diplomatie parallèle, qui permet selon lui de garder le contact avec ceux que l’on considère comme infréquentables publiquement, notamment pour continuer à identifier les bons interlocuteurs lorsqu’elles redeviendront publiquement fréquentables. Son atout principal reste la discrétion : « Si rien n’en sort, personne ne perd la face. »
Ce type de démarche fait aussi office de parapluie politique pour Donald Trump : Alain Rodier estime qu’en interne, cela permet de garder un parapluie, voire un parachute, et que, si ce n’est pas officiel, on ne peut le reprocher à Donald Trump.
Selon Alain Rodier, un résultat positif serait ensuite officialisé par la voie diplomatique classique. En cas d’échec total, la démarche sera simplement considérée comme telle.








