Les forces iraniennes ont étudié la possibilité de frapper des installations militaires américaines en Europe du Sud-Est si Donald Trump relançait une offensive contre la République islamique d’Iran, selon des révélations du Financial Times citant deux sources proches du régime. Parmi les cibles envisagées figure la base aérienne bulgare de Bezmer, dont Sofia a autorisé en juillet 2026 l’utilisation par des avions ravitailleurs américains. Chypre est également mentionnée.
Six mois après l’assaut américano-israélien du 28 février 2026 contre Téhéran, que Washington pensait alors mener en guerre express, le conflit continue de faire rage. Le détroit d’Ormuz reste bloqué, ce qui pressurise l’économie pétrolière. Les négociations sont au point mort et Donald Trump a déclaré mardi qu’aucune discussion n’était actuellement en cours avec l’Iran, ni prévue.
Un mémorandum d’entente signé en juin pour mettre fin à la guerre a été violé à de nombreuses reprises par les deux camps avant d’expirer. Un projet plus ambitieux, paraphé le 17 juin 2026 à Versailles, prévoyait que Washington autorise l’Iran à vendre son pétrole, récupère des avoirs gelés et touche 300 milliards de dollars pour reconstruire le pays, contre l’ouverture d’Ormuz et des négociations sur son programme nucléaire. Début juillet 2026, Téhéran a envoyé des missiles dans le détroit et rejeté l’accord.
Une reconstruction militaire accélérée
Pendant le bref cessez-le-feu, l’Iran a reconstruit rapidement les infrastructures détruites en février, remis sur pied ses bases de lancement de missiles et récupéré, selon le Wall Street Journal, assez de force de feu pour frapper des bases américaines, des navires étrangers et des infrastructures pétrolières du Golfe.
« Nous avons bien profité de la période de cessez-le-feu. Nous avons amélioré nos capacités, accéléré notre production de missiles et amélioré leur fiabilité », a confirmé en juillet 2026 le porte-parole des Gardiens de la révolution, Hossein Mohebbi.
Selon le Wall Street Journal, qui s’appuie notamment sur des services de renseignement du Golfe, Téhéran aurait changé de stratégie au début de l’été 2026 pour étendre le conflit à des pays voisins alliés de Washington et rendre la guerre plus coûteuse aux États-Unis. « La vision répandue en Iran c’est que la guerre principale n’a pas encore commencé », estime dans le journal Mohammad Hassan Sangtarash, analyste proche du gouvernement de Téhéran.
Le Guide suprême Mojtaba Khamenei, qui reste caché du monde entier, a réorganisé son commandement. L’Agence France-Presse a annoncé le 10 août 2026 la nomination du général des Gardiens de la révolution Ali Abdollahi Aliabadi à la tête des forces armées, et celle de Mohsen Rezaei, qui commandait déjà les Gardiens pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, à la tête du Conseil national de sécurité intérieure.
Ce corps paramilitaire, fort d’environ 200 000 hommes, est désormais au cœur de la stratégie iranienne. Des envoyés spéciaux auraient aussi approché des milices amies en Irak, au Yémen et au Liban pour préparer une mobilisation, des démarches déjà à l’origine d’affrontements entre les Houthis et l’Arabie saoudite.
L’Otan affirme être prête à toute menace
Une base aérienne britannique à Chypre, Akrotiri, avait déjà été touchée par un drone en mars 2026, un appareil que des responsables occidentaux soupçonnaient lié à des forces alliées à Téhéran. Jusqu’à présent, l’Iran a surtout visé des pays du Golfe abritant des bases américaines, comme le Koweït, Bahreïn et l’Arabie saoudite.
Ses tirs les plus lointains ont ciblé la base anglo-américaine de Diego Garcia, à environ 4 000 kilomètres, sans qu’aucun missile n’atteigne sa cible. La Bulgarie, elle, se trouve à environ 1 500 kilomètres.
En juillet 2026, une attaque contre une base américaine en Jordanie a tué trois militaires américains. Il s’agissait, selon une source du Financial Times, de l’attaque à longue portée la plus précise menée jusqu’ici par l’Iran, dont le message visait aussi les Européens : « ils devaient comprendre » qu’ils pouvaient être atteints si Washington frappait des infrastructures iraniennes.
Donald Trump avait promis de détruire un pont ou une centrale électrique iranienne à chaque tir de Téhéran contre un navire dans Ormuz. Une source proche du régime assure qu’en cas d’agression américaine, l’Iran ne s’imposerait « aucune limite ».
Sidharth Kaushal, chercheur au Royal United Services Institute, juge dans le Financial Times le risque posé aux cibles européennes réel mais limité : l’Iran dispose de missiles de moyenne portée capables d’atteindre le sud et le sud-est du continent, mais plus la distance augmente, plus la charge utile se réduit et le risque d’interception grandit.
Il estime que Téhéran aurait davantage intérêt à passer par ses relais régionaux. Douglas Barrie, de l’International Institute for Strategic Studies, relève que Téhéran possède des armes dépassant 2 000 kilomètres de portée, sans que l’on sache combien sont réellement disponibles.








