Le drone qui a détruit un bombardier stratégique russe Tupolev Tu-95MS à la base aérienne d’Engels-2, en juillet 2026, est un MICH 2000, une copie ukrainienne rétro-conçue d’un modèle chinois que Pékin avait refusé de vendre à Kiev, explique Tom’s Hardware. L’information provient d’un rapport d’usine cité par le média spécialisé dans la défense Oboronka.
L’attaque, menée le 16 juillet 2026, avait visé un Tupolev Tu-95 et quatre Tupolev Tu-22M stationnés sur la base. Selon le service de sécurité ukrainien (SBU), selon des données préliminaires, l’avion a subi des dommages critiques et la partie arrière a été complètement arrachée. Une imagerie satellite a ensuite confirmé la destruction de l’appareil.
Une copie née d’un refus chinois
Fin 2023, une équipe de développeurs ukrainiens s’est rendue dans une usine chinoise, y a trouvé des ZTK-150 en cours de fabrication et a tenté d’en négocier la technologie. La direction de l’usine a refusé la vente. Des intermédiaires ont alors proposé une simple formation de pilotage, que l’équipe a acceptée, tout en photographiant clandestinement l’ensemble de la chaîne de production.
Un membre de cette équipe a confié à Oboronka qu’en parallèle de la formation, ils avaient tout photographié de ce qui se trouvait là-bas. L’équipe est rentrée en Ukraine avec huit drones.
Deux ans plus tard, le résultat s’appelle MICH 2000. Il coûte 48 000 dollars en configuration de base, contre 50 000 dollars pour l’original chinois. Selon le fabricant, presque rien du ZTK-150 ne subsiste dans l’appareil actuel, hormis son contour extérieur.
Des essais ratés avant la mise en service
Le développement n’a rien eu d’immédiat. Le premier prototype s’est écrasé à 1 kilomètre de son vol inaugural, à l’été 2024. La guerre électronique russe a ensuite abattu le troisième avion de test. Lors de la première sortie de combat, en octobre 2024, l’un des trois drones engagés a été détruit et les deux autres sont tombés à une dizaine de mètres de leur cible.
Malgré ces échecs, le centre d’opérations spéciales Alpha du SBU, seul client de l’appareil, a commandé sa production en série.
Une fabrication ukrainienne à 85 %
Deux années de travail ont permis de localiser en Ukraine la production des moteurs, des ogives, des fuselages et des boosters de fusée, auprès de dizaines de fournisseurs. Le contenu domestique atteint 85 % de la valeur du drone. Ce taux tombe à 55 % dès qu’on y ajoute une antenne de navigation CRPA résistante au brouillage, un composant que seule une poignée d’entreprises dans le monde fabrique, entre 20 000 et 25 000 dollars pièce. L’Ukraine cherche à équiper sa flotte de drones de frappe de ce type de navigation depuis au moins 2025.
L’entreprise construit environ 6 000 MICH 2000 par an, en huit versions, et vise 10 000 unités. Les acheteurs choisissent leur mode de communication, analogique, numérique ou Starlink, et environ un million de dollars par mois est réinvesti en recherche et développement.
À titre de comparaison, Fire Point, le fabricant du FP-1 qui a frappé la plus grande raffinerie de Russie à 2 500 km de distance, vise 100 000 drones par an, mais fournit plusieurs unités militaires. Le MICH 2000, lui, n’a qu’un seul client.
Des cibles frappées chaque semaine
Selon le fabricant, Alpha a lancé des milliers de MICH 2000 contre des centaines de cibles : un hub logistique Wildberries dans l’oblast de Riazan, un système de guerre électronique anti-Starlink près de Guelendjik, ou encore le port d’Oust-Louga, où un raid a mis plus de 20 drones sur la cible en une seule fois. Oboronka précise que la liste des cibles touchées par ce drone est mise à jour chaque semaine.
Un successeur, le MICH+, abandonne les canards avant du modèle actuel. Il combine une ogive de 70 kg à une portée de 600 km, pour un prix cible proche de 40 000 dollars.
Une flotte russe de bombardiers qui continue de fondre
Engels-2 n’en est pas à son premier revers. Un raid de drones en 2022 y avait déjà endommagé un Tu-95, ramenant potentiellement à 51 le nombre d’exemplaires intacts dans l’inventaire russe. Le 1er juin 2025, en faisant passer clandestinement de petits drones explosifs à travers la Russie dans des camions, le SBU avait touché au moins sept Tu-95 supplémentaires et quatre Tu-22M.
Après le raid du 16 juillet 2026, la Russie pourrait ne plus disposer que de 43 Tu-95, dont une douzaine seulement habituellement actifs à un instant donné.
La flotte russe compte environ 120 bombardiers, Tu-95, Tu-22M et Tu-160 confondus, qui lancent les missiles de croisière frappant régulièrement les villes et les centrales électriques ukrainiennes. Seul le Tu-160 reste en production, à peine un appareil tous les un à deux ans. Faute de missiles de défense aérienne en nombre suffisant, les forces ukrainiennes privilégient désormais les usines de munitions et les bombardiers irremplaçables plutôt que l’interception systématique des frappes en vol.
Le 11 août 2026, des drones ont frappé au moins trois navires dans le port de Novorossiysk : les frégates Admiral Essen et Admiral Makarov, ainsi que la corvette Bykov. Les équipes ukrainiennes cherchent désormais à neutraliser les cinq derniers navires de la flotte russe de la mer Noire encore capables de tirer des missiles Kalibr.








