Trump exige le retour des catapultes à vapeur sur les porte-avions : les ingénieurs de la Navy n’en reviennent pas

Trump fait marche arrière sur les catapultes électromagnétiques et relance la vapeur. General Atomics alerte sur les risques, la France s’interroge pour son futur porte-avions. Un pari technologique à plusieurs milliards qui pourrait tout changer.

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Trump exige le retour des catapultes à vapeur sur les porte-avions : les ingénieurs de la Navy n'en reviennent pas
Trump exige le retour des catapultes à vapeur sur les porte-avions : les ingénieurs de la Navy n’en reviennent pas © Armees.com

Donald Trump a annoncé jeudi 13 août 2026 que les futurs porte-avions américains devront être équipés de catapultes à vapeur, abandonnant la technologie électromagnétique installée sur la dernière génération de navires. Un décret présidentiel publié jeudi soir acte ce virage, que le président justifie en jugeant les catapultes à vapeur plus fiables et éprouvées que leurs remplaçantes électriques.

Le même texte impose un retour à l’hydraulique pour les ascenseurs à munitions, eux aussi passés à l’électrique sur la classe Ford. Trump critique la technologie électromagnétique depuis près de dix ans, c’est-à-dire depuis son arrivée à la Maison-Blanche en 2017.

Il a même appelé personnellement l’architecte des navires pour contester les plans actuels et distiller ses propres conseils de conception. « Ils ont dépensé des milliards de dollars supplémentaires pour des catapultes électriques, et elles ne sont pas bonnes », rapporte Les Echos, ajoutant qu’elles sont « loin d’être aussi performantes, et trop complexes ». Il dit ressentir la colère d’entendre parler de catapultes électriques qui ne fonctionnent pas.

L’USS Gerald Ford, premier navire de sa classe inauguré en 2013 pour 13 milliards de dollars, a longtemps souffert de pannes liées à ce système de catapultage inédit. La Navy avait pourtant vanté, fin février 2026, des gains concrets : décollages et appontages plus rapides que sur les porte-avions précédents, après près de 37 000 décollages réalisés depuis sa mise en service.

L’armée américaine défendait aussi un meilleur entretien, davantage de flexibilité pour déployer différents types d’aéronefs, et un besoin en personnel réduit, un argument non négligeable quand la marine peine à recruter.

Le Doris Miller, chantier à moitié achevé, dans la ligne de mire

La décision présidentielle doit s’appliquer au Doris Miller, quatrième porte-avions de la classe Ford, dont la construction devait démarrer d’ici la fin de l’année 2026 et qui est déjà achevée à près de 50 %. General Atomics, concepteur des catapultes électromagnétiques, a averti dans un communiqué que changer de cap à ce stade de la production entraînerait des risques importants en termes de coûts, de calendrier et d’intégration.

L’entreprise redoute des répercussions sur l’état de préparation des porte-avions et la supériorité technologique américaine, alors que la Chine a développé sa propre catapulte électromagnétique pour ses propres bâtiments.

Ce dossier concerne directement la France. Le futur porte-avions français France Libre, destiné à remplacer le Charles-de-Gaulle en 2038, doit lui aussi être équipé du système de lancement électromagnétique d’aéronefs (Emals), fourni par General Atomics. Ces catapultes propulsent les avions grâce à l’énergie électrique, avec une accélération plus fine que la vapeur, et permettent de lancer aussi bien des drones que des appareils lourds comme le Rafale ou le Grumman E-2 Hawkeye.

Le ministère français des Armées a transmis samedi 15 août 2026 une déclaration à l’Agence France-Presse se voulant rassurante, indiquant qu’aucun risque technique ou industriel particulier n’était identifié pour la fabrication des catapultes électromagnétiques destinées au France Libre, ou leur entretien dans les prochaines décennies.

Le ministère rappelle que les trois autres porte-avions de classe Ford, l’USS Gerald Ford, l’USS John F. Kennedy et l’USS Enterprise, sont ou seront équipés d’Emals, ce qui devrait selon lui garantir la pérennité de la filière industrielle. La direction générale de l’armement poursuit les échanges avec ses homologues américains, qui conduisent eux-mêmes leurs propres analyses, précise le ministère.

Revoir les plans du Doris Miller pour y réintroduire la vapeur prendrait plusieurs mois au minimum, alors même que le Pentagone négocie avec le Congrès une rallonge budgétaire de plusieurs milliards de dollars pour financer la guerre en Iran et reconstituer les stocks de munitions. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 pourraient par ailleurs redonner du poids à l’opposition démocrate au Congrès.

C’est justement du côté démocrate qu’est venue la critique la plus acerbe. Le sénateur de l’Arizona Mark Kelly, ancien capitaine de marine et astronaute qui n’exclut pas de se présenter à la présidentielle de 2028, a réagi sur X, disant avoir décollé de porte-avions des centaines de fois, être titulaire d’un master en génie aéronautique, être pilote d’essai, et que pourtant, même lui, ne se permettrait pas de donner des conseils à la Navy sur la conception de systèmes spécifiques à bord de ses navires.

Il a ajouté que Trump « ferait mieux de s’en tenir à ce qu’il connaît le mieux : les salles de bal, faire faillite et dire des conneries ».

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