Pierre-Henri Chuet, ancien pilote de chasse devenu animateur de la chaîne YouTube Até Chuet, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire fin juillet 2026. Le parquet de Paris retient quatre chefs contre lui : divulgation de secret de défense nationale par son dépositaire, intelligence avec une puissance étrangère, collecte d’informations sur les intérêts fondamentaux de la nation et livraison d’informations à une puissance étrangère. Ces faits sont passibles de jusqu’à 30 ans de prison.
L’ex-officier avait été placé en garde à vue le 21 juillet 2026 au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure, avant d’être présenté à un juge d’instruction. Son domicile, situé dans le Sud-Ouest, a été perquisitionné par les policiers du renseignement intérieur.
Il est présumé innocent et les investigations se poursuivent. Selon des propos rapportés par Mediapart, il assure qu’aucun secret n’a été divulgué et se dit innocent des faits qui lui sont reprochés.
Une carrière de pilote entre la Marine et YouTube
Franco-Canadien d’une quarantaine d’années, Pierre-Henri Chuet entre dans la Marine en 2006, à 19 ans, comme élève officier de l’aéronautique navale. Sélectionné pour un programme l’envoyant deux ans et demi aux États-Unis dans la Navy, il rentre ensuite en France pour piloter des Rafale Marine embarqués sur le porte-avions Charles de Gaulle.
Il enchaîne les missions extérieures, notamment en Irak après les attentats de novembre 2015, avant de quitter l’armée en 2021 pour se reconvertir dans le conseil en entreprise et l’animation de sa chaîne YouTube de vulgarisation aéronautique.
Sa chaîne, ouverte en février 2020 juste avant le premier confinement, fédère le 30 juillet 2026 566 000 abonnés. Le pseudonyme Até Chuet, lui, vient d’un détail plus personnel : ses éternuements à répétition, provoqués par un rhume des foins.
Deux séjours en Chine dans le viseur des enquêteurs
L’enquête a débuté il y a un an et demi, à la suite de signalements et de reportages diffusés par M6 et Mediapart. Le 9 avril 2025, Intelligence Online révélait que le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire, point de départ de la procédure actuelle.
Les enquêteurs s’intéressent à deux déplacements en Chine, effectués entre 2018 et 2020, pour animer des séminaires destinés à des militaires. À l’époque, Pierre-Henri Chuet était toujours en poste dans les Armées et n’en aurait pas référé à sa hiérarchie. D’après Mediapart, il aurait évoqué des engins français lors de ces sessions.
L’ancien pilote fait partie de ceux ayant dispensé au moins une formation à leurs homologues de l’Armée populaire de libération chinoise. Ces stages s’inscrivaient dans un programme repéré dès 2022 par Intelligence Online, organisé via la société sud-africaine Test Flight Academy of South Africa.
Celle-ci recrutait d’anciens pilotes d’armées de l’air occidentales, avec des rémunérations pouvant atteindre 30 000 dollars par mois, avant de les envoyer en Chine où ils étaient encadrés par l’Aviation Industry Corporation of China, une entité parapublique construisant aussi bien des avions de ligne que des hélicoptères et des avions de chasse.
Au-delà de la formation de ses propres pilotes, Pékin visait selon toute vraisemblance l’accumulation de renseignement sur les procédures d’engagement et les modes opératoires des forces occidentales. La France constitue une cible de choix pour les services chinois, qui cherchent notamment à percer les secrets des catapultages et des appontages afin de développer leur propre flotte de porte-avions.








