La France confie à une entreprise belge son futur télescope militaire de surveillance spatiale

« Là-haut, c’est véritablement une guerre spatiale » : la France mise sur un télescope capable de repérer un objet de 10 centimètres à 500 kilomètres d’altitude. Sa mise en service, prévue en 2029, pourrait tout changer.

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La France confie à une entreprise belge son futur télescope militaire de surveillance spatiale
Source : Communiqué de presse Onera | Armees.com

L’ONERA a annoncé, le 22 juillet, le lancement du projet PROVIDENCE, un télescope destiné à surveiller les satellites et débris en orbite basse pour le compte de l’armée française. Au terme d’une procédure de sélection internationale, c’est la société belge AMOS (Advanced Mechanical and Optical Systems), basée à Liège, qui a été retenue pour concevoir, fabriquer et livrer l’appareil.

Le télescope affichera un diamètre de 2,5 mètres, optimisé pour la haute résolution angulaire et la tenue de situation spatiale. Sa promesse technique : repérer un objet d’à peine 10 centimètres à 500 kilomètres d’altitude. Le télescope sera doté d’une optique adaptative capable de compenser en temps réel les effets de la turbulence atmosphérique.

Il sera installé à l’Observatoire de Haute-Provence, à Saint-Michel-l’Observatoire, sur un site mis à disposition par le CNRS via l’Observatoire des sciences de l’univers Pythéas. Mise en service prévue au début de 2029.

Contrairement aux radars, PROVIDENCE apportera de réelles images des satellites en orbite. La plateforme disposera de foyers pouvant accueillir jusqu’à sept instruments simultanément, et se verra dotée par la suite d’une capacité laser.

Une capacité pensée face à une guerre spatiale

Le projet s’ajoute à un système déjà existant. Depuis 2005, l’armée de l’Air et de l’Espace exploite le radar GRAVES, conçu par l’ONERA, capable de détecter tout changement de situation en moins de 24 heures. Ce réseau sera prochainement remplacé par un nouveau radar, AURORE, dont le développement a été confié par la Direction générale de l’armement à Thales et qui permettra de suivre des objets jusqu’à 2 000 kilomètres d’altitude.

C’est dans ce contexte que le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a évoqué une menace grandissante lors d’une audition parlementaire rapportée par le site Opex360 le 22 juillet. « Entre les satellites russes de type ‘poupée gigogne’, les patrouilleurs guetteurs, les brouilleurs ou encore les armes à énergie dirigée qui sont dans l’espace, je peux vous dire que, là-haut, c’est véritablement une guerre spatiale », a-t-il déclaré, ajoutant que des satellites sont désorbités et envoyés en patrouille pour « agacer » ceux des compétiteurs.

Le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit d’ailleurs une capacité complémentaire de surveillance et de caractérisation en orbite basse d’ici 2030, sans que le texte précise sa nature.

Emmanuel Chiva, président et directeur général de l’ONERA, s’exprime sur le projet PROVIDENCE. « Grâce à Providence, l’Onera va doter la France et l’Europe d’une nouvelle capacité stratégique spatiale unique », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que le dispositif permettra, à terme, « d’évaluer les impacts et les effets d’actions, cinétiques ou laser, dans l’espace, au profit de la souveraineté française ».

Selon lui, ce projet doit hisser la France dans « le club très fermé des plus grandes puissances militaires mondiales, capables de surveiller et d’agir dans l’espace ».

Le projet ne se limite pas au volet militaire. La plateforme a vocation à accueillir aussi des partenaires académiques, des start-up, des PME et des industriels français et européens, avec l’objectif affiché de structurer une filière régionale de haute technologie optique. Le télescope pourra également servir à des fins scientifiques, notamment pour observer le passage rapproché de l’astéroïde géocroiseur Apophis, attendu en 2029.

Dans un communiqué, l’ONERA fixe un objectif de calendrier serré : apporter, en moins de cinq ans, la première démonstration de cette nouvelle capacité dans le cadre d’un projet qualifié de complexe et ambitieux. Le télescope doit être opérationnel début 2029, la même année que le survol rapproché d’Apophis.

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