Les motos militaires ne sont plus seulement destinées aux liaisons ou à la reconnaissance. Le français TR Equipement vient de présenter un concept plus offensif : une moto tout-terrain équipée d’une mitrailleuse ultralégère FN Evolys. Cette démonstration illustre le retour de plateformes simples, rapides et dispersées sur des champs de bataille saturés par les drones et les capteurs.
Une moto de combat pensée comme une plateforme mobile
Présentée en Belgique, la solution de TR Equipement repose sur une moto dotée d’un support d’arme installé dans sa partie arrière. Les images diffusées par l’entreprise montrent une FN Evolys placée derrière le pilote. La configuration laisse donc penser que son utilisation serait confiée au passager, probablement après l’arrêt de la moto ou depuis une position stabilisée. Le modèle exact du deux-roues, le calibre retenu, la capacité d’emport en munitions et les caractéristiques du support n’ont pas été rendus publics. TR Equipement indique avoir travaillé avec DZP Group, FN Herstal et Nobel Security Defence sur ce projet. L’entreprise présente l’ensemble comme une réponse aux besoins croissants des unités recherchant davantage de mobilité tactique. À ce stade, les communications disponibles décrivent toutefois un démonstrateur. Elles ne confirment ni une commande ni une mise en service opérationnelle du système complet par une armée. L’information initiale a été publiée le 19 juillet dernier par Zone Militaire, sur le site Opex360.
Le choix de l’Evolys répond directement à la contrainte de masse. FN Herstal propose cette mitrailleuse en 5,56 × 45 mm OTAN et en 7,62 × 51 mm OTAN. La première version pèse environ 5,5 kg. La seconde atteint environ 6,3 kg. Toutes deux sont alimentées par bande et disposent de modes semi-automatique et automatique. Elles sont également conçues pour être utilisées par un tireur droitier ou gaucher. Leur mécanisme d’alimentation latérale libère un long rail supérieur destiné aux optiques. FN Herstal met aussi en avant la possibilité de réaliser les principales manipulations avec une seule main. Ces caractéristiques rendent l’intégration sur des motos tactiques plus cohérente que celle d’une mitrailleuse traditionnelle, généralement plus lourde. Le contexte industriel est par ailleurs favorable. En juin 2026, FN Herstal a annoncé un accord-cadre entre la Belgique et la France prévoyant notamment l’acquisition par la France de mitrailleuses Evolys dans les deux calibres. Cet accord concerne cependant les armes elles-mêmes. Il ne signifie pas que la moto armée de TR Equipement a déjà été retenue.
Les enseignements ukrainiens relancent l’intérêt pour les motos
Le concept apparaît au moment où la guerre en Ukraine confirme l’utilité des motos dans les zones les plus exposées. Une note publiée par l’armée de Terre en février 2026 souligne que leur emploi s’est fortement développé depuis le début de l’invasion russe à grande échelle. Les deux camps utilisent des deux-roues pour déplacer de petits groupes, franchir rapidement des terrains dégradés et réduire leur dépendance aux routes. Les motos peuvent servir à la reconnaissance, au ravitaillement, à l’évacuation, à la liaison ou à des actions offensives limitées. Kiev a d’ailleurs décidé de renforcer massivement cette capacité. Le 3 juin 2026, le ministère ukrainien de la Défense a annoncé la signature de contrats portant sur 1.500 motos. Ce volume est trois fois supérieur à celui de l’année précédente. Selon le ministère, elles figurent parmi les véhicules les plus demandés sur le front avec les pick-up. Elles sont notamment recherchées lorsque la logistique est difficile, que les accès sont réduits ou que les soldats opèrent en petits groupes.
Armer ces motos ne supprime pourtant pas leurs vulnérabilités. Leur faible encombrement améliore la mobilité, mais elles n’offrent pratiquement aucune protection contre les éclats, les tirs directs ou les drones FPV. L’ajout d’une mitrailleuse pose également plusieurs questions techniques. Les essais devront mesurer la stabilité au tir, le contrôle du recul, l’équilibre de la machine et la résistance du support. Il faudra aussi organiser le stockage des bandes de munitions, définir le champ de tir et sécuriser les mouvements du passager. Le principal intérêt du concept pourrait donc résider moins dans le tir en roulant que dans la capacité à transporter rapidement une équipe et une arme collective. Les soldats pourraient rejoindre un point choisi, ouvrir le feu depuis une position favorable, puis quitter rapidement la zone. Dans cette logique, les motos armées compléteraient les véhicules blindés au lieu de les remplacer. Elles pourraient convenir à la reconnaissance offensive, au harcèlement, à la protection de convois légers ou à la réaction rapide sur des terrains difficiles. La proposition de TR Equipement traduit ainsi une évolution réelle de la mobilité militaire. Sa valeur opérationnelle dépendra néanmoins d’essais complets et d’une doctrine évitant que la vitesse ne soit obtenue au prix d’une exposition excessive.








