Cent quarante-quatre survols de drones russes au-dessus de sites stratégiques européens. Pendant ce temps, l’Europe tergiverse, l’Ukraine saigne, et le Royaume-Uni signe un chèque de 60 milliards d’euros qu’il n’avait pas prévu de sortir. La guerre froide des airs est déjà là — et nos armées regardent le ciel avec des jumelles datant d’une autre époque.
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Survols de drones russes recensés au-dessus de sites stratégiques dans 13 pays européens ces derniers mois, dont des bases abritant des sous-marins nucléaires français.
La Russie cartographie nos failles, nous comptons nos euros
L’Institut international d’études stratégiques vient de publier une étude glaçante : 144 survols de drones russes au-dessus de sites stratégiques européens, en quelques mois seulement, dans 13 pays. La France est concernée. Des bases abritant nos sous-marins nucléaires auraient été survolées. Je le dis clairement : ce n’est pas de l’espionnage anodin, c’est une cartographie méthodique de nos vulnérabilités. Moscou ne se cache même plus.
Face à cette réalité, que fait l’Europe ? Elle signe des protocoles, rédige des déclarations, convoque des sommets. Et pendant ce temps, nos armées manquent de munitions anti-drones en quantité suffisante, nos radars civilo-militaires restent insuffisamment intégrés, et nos procédures d’interception demeurent paralysées par des règles d’engagement conçues pour un autre monde.
Force est de constater que nous nous sommes endormis. Jean Pisani-Ferry le reconnaissait lui-même cette semaine dans ces colonnes : nous nous étions tellement habitués à notre dépendance que nous avions fini par y voir l’ordre naturel des choses. Cette phrase vaut autant pour le gaz russe que pour la sécurité collective. Nous avons délégué notre défense aux Américains pendant quatre décennies. La facture arrive.
Londres signe, Paris hésite : l’Europe de la défense paie cash
Le signal venu de Londres est intéressant. Keir Starmer a annoncé l’adhésion du Royaume-Uni au mécanisme européen de prêts de 60 milliards d’euros pour l’Ukraine — un geste politique fort d’un pays qui a claqué la porte de l’Union européenne. Les Britanniques, hors de l’UE, financent la défense du continent mieux que certains membres à part entière. Il y a là une leçon d’humilité budgétaire que personne ne veut entendre à Bruxelles.
Car le vrai problème reste celui-là : qui paie quoi, et avec quelle efficacité ? Les 60 milliards du mécanisme européen sont des prêts, pas des dons — une bonne chose en soi, j’y suis favorable par principe. Mais encore faut-il que l’argent aille vers des capacités militaires réelles, vers des munitions, vers des systèmes de défense anti-drones, vers des infrastructures durcies. Pas vers des comités consultatifs et des rapports stratégiques de 400 pages que personne ne lit.
La France, de son côté, a engagé une remontée en puissance avec la Loi de Programmation Militaire à 413 milliards d’euros sur 2024-2030. C’est la bonne direction. Mais le rythme d’exécution, la réalité industrielle, et surtout la menace qui s’accélère imposent une vigilance absolue sur chaque euro dépensé.
Drones, sous-marins, sanctuaires : remettre les priorités à l’endroit
Ce que révèle l’affaire des drones russes, c’est l’urgence de sanctuariser nos sanctuaires. La dissuasion nucléaire française n’a de sens que si les vecteurs sont protégés, les bases sécurisées, les communications imperméables. Or, qu’un drone ennemi puisse survole impunément une base de sous-marins nucléaires, c’est un aveu de faiblesse que nos états-majors ne peuvent pas se permettre de minimiser.
Il ne s’agit pas de dépenser plus pour dépenser plus. Il s’agit de dépenser mieux, de prioriser avec chirurgie, d’arrêter de saupoudrer les crédits entre mille postes secondaires pour concentrer les moyens sur les capacités critiques : défense anti-drones, renseignement électromagnétique, cyberdéfense des installations sensibles.
La guerre ne prévient pas. Les 144 survols russes, eux, sont déjà une déclaration d’intentions.


