Depuis janvier 2026, Donald Trump a transformé le Groenland en obsession stratégique. Au sommet de l’OTAN d’Ankara, il a récidivé avec des déclarations sans détour : le territoire « devrait être contrôlé par les États-Unis ». Derrière cette revendication apparemment farfelue se cache une logique militaire implacable : verrouiller l’Arctique avant que la Russie et la Chine ne le fassent. Face à lui, la Première ministre danoise Mette Frederiksen campe sur une position inébranlable : « Le Groenland n’est bien sûr pas à vendre. » La tension monte entre alliés de l’OTAN, révélant des fractures profondes sur les priorités stratégiques de l’Alliance atlantique.
L’obsession arctique de Trump : une logique militaire implacable
Contrôler le Groenland, c’est verrouiller l’Arctique
Pour Donald Trump, le Groenland représente bien plus qu’un territoire semi-autonome danois de 56 000 habitants. Il incarne la clé de voûte de la sécurité arctique américaine. La fonte accélérée de la banquise ouvre de nouvelles routes maritimes et révèle des gisements de ressources naturelles considérables. Le président américain martèle que le territoire abrite la base aérienne de Thule, installation stratégique pour le système de défense antimissile américain. Contrôler physiquement le Groenland permettrait aux États-Unis de surveiller le passage du Nord-Ouest et d’interdire tout déploiement militaire hostile dans cette zone critique. Selon CNBC, Trump a déclaré au sommet d’Ankara : « Nous en avons besoin pour la protection du monde, pas seulement des États-Unis. Nous avons pris le Groenland puis stupidement nous l’avons rendu. Nous n’aurions jamais dû le leur rendre parce que c’est nous qui en avons besoin. »
La menace sino-russe que Trump refuse de laisser grandir
Le président américain justifie son insistance par une menace qu’il juge immédiate : l’expansion sino-russe en Arctique. Lors de ses interventions à Ankara, Trump a affirmé que le Groenland était « entouré de navires chinois et russes ». La Chine a officiellement désigné l’Arctique comme « route de la soie polaire » en 2018 et multiplie les investissements dans les infrastructures portuaires groenlandaises. La Russie, de son côté, a réactivé une dizaine de bases militaires soviétiques le long de sa côte arctique et déploie des sous-marins nucléaires dans les eaux glaciales. Pour Washington, laisser Copenhague gérer seul la défense du Groenland équivaut à abandonner un flanc critique face à Pékin et Moscou. Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, a d’ailleurs reconnu que Trump « a absolument raison » concernant la prévention de l’accès chinois et russe à l’Arctique, tout en évitant soigneusement de cautionner la méthode employée.
Au sommet d’Ankara : Trump double la mise
Les déclarations tranchantes du président américain
Le sommet de l’OTAN à Ankara, qui réunit les 32 membres de l’Alliance, devait se concentrer sur les dépenses de défense et le soutien à l’Ukraine. Trump en a fait le théâtre d’une nouvelle offensive diplomatique sur le Groenland. Dès le premier jour, mercredi 8 juillet 2026, il a déclaré que le territoire « devrait être contrôlé par les États-Unis, pas par le Danemark » et qu’il était « très important » pour Washington mais « pas important pour le Danemark ». Lors d’une réunion bilatérale avec le président turc Erdogan la veille, il avait déjà affirmé que le refus des alliés concernant le Groenland « a endommagé ma relation avec l’OTAN ». Le président américain utilise désormais chaque forum multilatéral pour transformer sa revendication en test de loyauté envers les États-Unis. Fox News rapporte que Trump a martelé son message devant plusieurs délégations européennes, provoquant un malaise palpable parmi les diplomates présents.
Le retrait des troupes comme ultimatum implicite
Trump ne se contente pas de demander. Il menace. Au cours du sommet, il a évoqué la possibilité de retirer « tous nos soldats d’Europe » si les alliés continuent à refuser sa demande concernant le Groenland. L’ultimatum n’est pas nouveau : depuis 2017, le président américain a régulièrement brandi la menace d’un désengagement militaire américain pour forcer les Européens à augmenter leurs dépenses de défense. Les alliés européens et le Canada ont ajouté 1 200 milliards de dollars à leurs budgets de défense depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, un montant que le président qualifie de « Trump Trillion ». Au sommet d’Ankara, les membres de l’OTAN ont convenu d’une nouvelle cible : 5 % du PIB consacré à la défense, dont 3,5 % pour les budgets militaires et 1,5 % pour les infrastructures. Pourtant, quatre pays (Slovénie, Belgique, Espagne, République tchèque) peinent encore à atteindre l’ancien objectif de 2 %. Pour Trump, le Groenland devient un levier supplémentaire dans ce bras de fer budgétaire permanent.
Frederiksen : la forteresse danoise face au rouleau compresseur américain
Une position inébranlable fondée sur le droit international
Mette Frederiksen ne cède pas un pouce de terrain. La Première ministre danoise a réaffirmé à Ankara que « le Groenland n’est bien sûr pas à vendre » et que Copenhague espère « que tous, y compris tous les alliés, respecteront le droit du peuple groenlandais à l’autodétermination ». Elle a rappelé que le Danemark est « un État souverain » et que « nous avons besoin que tout le monde respecte notre intégrité territoriale et notre souveraineté ». Selon AOL, Frederiksen a également déclaré : « Nous sommes prêts à défendre chaque centimètre de l’OTAN, y compris notre propre territoire. L’une des raisons pour lesquelles nous avons créé l’OTAN il y a de nombreuses années est que si quelque chose arrive à l’un d’entre nous, tout le monde doit se soutenir mutuellement. » Le message est limpide : invoquer l’article 5 de l’Alliance atlantique pour défendre le Groenland contre les États-Unis eux-mêmes relève du paradoxe absolu, mais Copenhague n’hésite pas à le brandir comme avertissement symbolique.
Le soutien des alliés nordiques : un bloc compact
Le Danemark ne se bat pas seul. La Première ministre islandaise Kristrún Frostadóttir a publiquement déclaré que le Groenland « appartient au peuple du Groenland » et a appelé à l’unité de l’OTAN face à la Russie plutôt qu’aux querelles internes. Les pays nordiques forment un front uni face aux pressions américaines, conscients que céder sur le Groenland créerait un précédent dangereux pour toute revendication territoriale future. La Norvège et la Finlande, bien que plus discrètes, partagent cette inquiétude. Un groupe de travail réunissant les États-Unis, le Danemark et le Groenland a été mis en place en janvier 2026 après l’annonce d’un « cadre d’accord futur », mais les discussions piétinent. Les représentants groenlandais refusent toute discussion sur un transfert de souveraineté, acceptant uniquement de négocier un renforcement de la coopération militaire et économique avec Washington. The Philadelphia Inquirer souligne que le président du gouvernement groenlandais a récemment rappelé que tout changement de statut nécessiterait un référendum, rendant toute annexion américaine juridiquement impossible sans le consentement de la population locale. Le revirement de Trump sur l’Ukraine au G7 avait surpris les observateurs, mais sur le Groenland, le président américain maintient une constance troublante.
Mark Rutte reconnaît : Trump a raison sur le fond, mais pas sur la méthode
Le secrétaire général de l’OTAN marche sur une corde raide. Mark Rutte a reconnu que Trump « a absolument raison » concernant la nécessité de prévenir l’accès chinois et russe à l’Arctique. Il a souligné que l’Alliance atlantique partage les préoccupations américaines sur la sécurité arctique et que les membres européens ont considérablement augmenté leurs investissements dans la surveillance et la défense de la région. Pourtant, Rutte refuse de cautionner la méthode employée par Trump. Remettre en cause la souveraineté d’un membre de l’OTAN viole les principes fondateurs de l’Alliance. Le secrétaire général plaide pour une approche multilatérale : renforcer la présence militaire conjointe au Groenland, augmenter les investissements dans les infrastructures de défense, et développer une stratégie arctique commune. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, présent à Ankara pour plaider en faveur de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN, a rappelé que 30 000 soldats russes sont éliminés mensuellement dans le conflit ukrainien. Pour lui, l’unité de l’Alliance face à Moscou devrait primer sur les querelles territoriales internes. Le sommet d’Ankara révèle une OTAN écartelée entre la reconnaissance d’une menace arctique réelle et le refus de sacrifier ses principes fondateurs sur l’autel de la realpolitik trumpienne. Le Groenland reste donc au cœur d’un bras de fer diplomatique dont l’issue conditionnera l’avenir même de la cohésion atlantique face aux puissances rivales.








