Le 6 juillet 2026, le Hamas officialise la dissolution de son administration gouvernementale à Gaza, qu’il contrôlait depuis 2007. Mohammed al-Farra, président du comité d’urgence, présente sa démission. Le Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), structure technocratique dirigée par Ali Shaath, doit prendre le relais. Mais cette transition, annoncée dans un contexte de cessez-le-feu fragile, soulève des interrogations cruciales : le NCAG dispose-t-il des capacités opérationnelles nécessaires ? Le désarmement du Hamas, point d’achoppement majeur avec Israël, reste en suspens. Cette décision marque un tournant politique, mais les risques sécuritaires demeurent élevés.
Une transition administrative dans un contexte de sécurité dégradée
La dissolution du comité gouvernemental du Hamas, composé de 15 membres, intervient après l’attaque du 7 octobre 2023 et une guerre dévastatrice. Le cessez-le-feu négocié en octobre 2025 sous l’égide de Donald Trump a créé le Conseil de Paix, qui a lui-même institué le NCAG. Ce comité technocratique devait incarner une gouvernance palestinienne non partisane, acceptable pour l’ensemble des factions. Pourtant, la bande de Gaza reste un territoire ravagé, où les infrastructures civiles et militaires sont détruites. Les capacités de police et de sécurité intérieure, autrefois contrôlées par les brigades Ezzedine al-Qassam, l’aile armée du Hamas, n’ont pas été transférées au NCAG. Aucune force de sécurité alternative n’a été déployée pour combler ce vide.
L’héritage militaire du Hamas : un désarmement en suspens
Le Hamas conserve un arsenal militaire significatif, malgré les pertes subies pendant la guerre. Les brigades al-Qassam disposent encore de roquettes, de tunnels opérationnels et de combattants aguerris. Le mouvement refuse catégoriquement de désarmer en dehors d’un accord politique palestinien global, intégrant toutes les factions, y compris le Fatah. Israël, de son côté, exige un désarmement complet et vérifié avant toute normalisation. Israël maintient d’ailleurs sa présence militaire dans plusieurs zones, rendant improbable une transition sécuritaire rapide. Cette impasse bloque toute perspective de stabilisation durable.
Le NCAG : capacités réelles vs responsabilités attendues
Qui dirige et avec quels moyens ?
Ali Shaath, haut fonctionnaire proche du Fatah et président du NCAG, s’est déclaré « pleinement prêt à assumer ses responsabilités nationales dès que les ressources et les capacités nécessaires seront disponibles », rapporte TF1 Info. Cette formulation révèle une réalité : le NCAG ne dispose pas encore des moyens concrets pour administrer Gaza. Shaath, ancien cadre de l’Autorité palestinienne, n’a jamais dirigé d’opérations sur le terrain dans l’enclave. Son équipe, composée de technocrates, manque d’expérience en gestion de crise sécuritaire et humanitaire. Le comité ne contrôle ni forces de police, ni budget opérationnel autonome, ni réseau logistique établi.
Les mois perdus : un comité bloqué hors de Gaza
Entre octobre 2025 et juillet 2026, le NCAG est resté bloqué hors de Gaza, incapable d’accéder au territoire. Israël contrôlait les points de passage, refusant l’entrée du comité tant que le Hamas n’avait pas formellement cédé le pouvoir. Cette période d’attente a empêché le NCAG de préparer la transition : aucune évaluation des besoins, aucune cartographie des infrastructures détruites, aucun recensement des fonctionnaires encore en poste. Le comité arrive aujourd’hui sans diagnostic préalable, dans un territoire où 80 % des bâtiments publics sont endommagés ou détruits, selon les estimations de l’ONU.
Les ressources nécessaires pour administrer un territoire en ruines
Administrer Gaza exige des moyens colossaux. Le territoire compte environ 2,3 millions d’habitants, dont 70 % dépendent de l’aide humanitaire. Les infrastructures d’eau, d’électricité et de santé sont hors service. Le NCAG devra coordonner la reconstruction, gérer les distributions alimentaires, rétablir les services publics et assurer un minimum de sécurité. Or, le comité ne dispose d’aucun financement garanti. Les bailleurs internationaux conditionnent leur aide à des garanties politiques et sécuritaires que ni le NCAG, ni Israël, ni le Hamas ne peuvent fournir aujourd’hui. Les accusations de l’ONU contre Israël compliquent encore les négociations internationales.
Le point d’achoppement du désarmement
Pourquoi le Hamas refuse de déposer les armes
Le Hamas justifie son refus de désarmement par un argument politique : seul un consensus palestinien global, incluant le Fatah et l’Autorité palestinienne, pourrait légitimer une dissolution des brigades armées. Le mouvement craint qu’un désarmement unilatéral ne le marginalise définitivement, au profit du Fatah. Il invoque également le précédent de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, incapable de protéger la population face aux incursions israéliennes. Pour le Hamas, conserver un arsenal militaire reste une garantie de survie politique et une monnaie d’échange dans les négociations futures.
Les conditions israéliennes : un veto politique
Israël exige un désarmement total, vérifié par des inspections internationales, avant toute levée du blocus ou retrait militaire. Le gouvernement israélien refuse toute initiative politique palestinienne qui inclurait le Hamas en tant qu’acteur armé légitime. Cette position bloque toute avancée : le Hamas ne désarmera pas sans accord politique, et Israël ne reconnaîtra aucun accord incluant un Hamas armé. Le cessez-le-feu d’octobre 2025, censé ouvrir une période de transition, se transforme en statu quo armé. Les incidents de tirs sporadiques et d’affrontements locaux se multiplient depuis mai 2026, selon des sources militaires israéliennes.
Scénarios de risques et implications pour la stabilité régionale
L’affaiblissement du Hamas crée un vide sécuritaire que d’autres groupes pourraient exploiter. Le Jihad islamique palestinien, allié mais autonome, pourrait renforcer son influence. Des factions salafistes, jusqu’ici marginales, pourraient recruter parmi les combattants désœuvrés. La fragmentation armée rendrait toute négociation future encore plus complexe. Le NCAG, sans force de sécurité propre, ne pourrait pas contenir ces dynamiques. L’expérience de la Libye post-Kadhafi ou de la Syrie montre que les transitions non sécurisées débouchent sur des guerres civiles prolongées.
Le cessez-le-feu reste fragile. Si le NCAG échoue à établir une gouvernance crédible, Israël pourrait reprendre ses opérations militaires, invoquant la persistance de menaces. Le Hamas, marginalisé administrativement mais toujours armé, pourrait relancer des attaques pour démontrer sa pertinence. Les mouvements palestiniens ont salué la décision du Hamas, mais cette unanimité de façade cache des tensions profondes. Une reprise des hostilités replongerait Gaza dans la guerre, annulant les efforts de reconstruction et aggravant la crise humanitaire.








