Dassault Aviation traverse une période difficile. Après l’échec de l’avion de chasse européen, le constructeur est désormais exclu du projet EuroDrone, annonce L’Independant. Ce programme de 7,1 milliards d’euros devait renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe dans les drones à moyenne altitude et longue endurance, les MALE RPAS (Medium Altitude Long Endurance Remotely Piloted Aircraft System). Son départ soulève des questions sur la cohésion industrielle européenne et sur l’avenir de l’aviation de défense en France.
Les alliances se redessinent
L’OCCAr (Organisation for Joint Armament Co‑operation, l’organisation européenne de coopération en matière d’armement) avait notifié le contrat à Airbus Defence and Space en 2022. Il s’agissait de développer et de produire vingt systèmes de drones MALE, chacun composé de trois appareils et de deux stations sol.
Airbus, maître d’œuvre, devait diriger cette coopération. Mais les relations tendues entre Dassault et Airbus, déjà dégradées après l’abandon du SCAF, ont continué de se détériorer. Selon Éric Trappier, PDG de Dassault, Airbus a été direct : « Airbus nous a dit : dehors », une déclaration relayée par Opex360.
L’italien Leonardo reste partenaire du projet, mais les choix de la France ont modifié l’équilibre. En suspendant son financement pour des raisons stratégiques, Paris a retiré l’EuroDrone des tableaux capacitaires de la Loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030. La France préfère désormais des systèmes plus légers et des munitions téléopérées.
Ce que ça change politiquement et industriellement
La décision française a eu un effet immédiat. En baissant sa contribution financière, la France a modifié la répartition des charges de travail qu’Airbus avait établie selon la règle du « retour géographique » (le principe qui attribue les travaux aux industries des pays contributeurs). La part de Dassault a d’abord été réduite, avant que le groupe soit écarté complètement du projet.
L’affaire pourrait aussi déboucher sur des litiges. Le contrat prévoit des pénalités financières, auxquelles la France risque d’être exposée. Il faudra alors une « armée d’avocats » pour éplucher les clauses et déterminer les responsabilités. Ce revirement révèle les fractures entre les industries françaises et allemandes et pose la question de la capacité de l’Europe à bâtir une défense européenne coordonnée.
À quoi sert l’EuroDrone pour l’Europe
EuroDrone visait avant tout à renforcer la défense collective de l’Union européenne. Le programme devait doter l’Europe d’une capacité MALE commune et réduire sa dépendance aux technologies non européennes. Malgré les tensions, son intérêt stratégique n’est pas remis en cause.
La place de Dassault dans ce montage reste toutefois posée. On ignore si le groupe pourra renouer des collaborations opérationnelles avec Airbus après ces « ruptures unilatérales des liens programmatiques ». L’avenir de l’industrie de défense européenne dépendra en partie du traitement de cet épisode et de la volonté politique de surmonter les divergences de coopération industrielle.








