Israël accusé de ciblage délibéré d’enfants à Gaza par l’ONU

Une commission d’enquête mandatée par l’ONU accuse Israël d’avoir délibérément ciblé 20 179 enfants palestiniens entre octobre 2023 et octobre 2025 à Gaza, représentant 30% des victimes totales. Le rapport publié le 23 juin 2025 documente quatre actes génocidaires, incluant la destruction systématique des infrastructures de santé maternelle et l’utilisation de la famine comme arme, constituant selon les enquêteurs une violation flagrante du droit humanitaire international.

Publié le
Lecture : 5 min
Israël accusé de ciblage délibéré d'enfants à Gaza par l'ONU
Israël accusé de ciblage délibéré d’enfants à Gaza par l’ONU © Armees.com

Un rapport de l’ONU publié le 23 juin 2025 accuse Israël d’avoir délibérément ciblé 20 179 enfants palestiniens entre octobre 2023 et octobre 2025 à Gaza. La commission d’enquête internationale mandatée par le Conseil des droits de l’homme établit un pattern de violations systématiques du droit humanitaire, qualifiant ces actes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. L’analyse des données révèle une proportion anormalement élevée d’enfants parmi les victimes, combinée à des attaques documentées contre les infrastructures de santé maternelle et à l’utilisation de la famine comme arme.

Les preuves du ciblage délibéré : une rupture avec le droit humanitaire

La commission présidée par Srinivasan Muralidhar documente une stratégie militaire qui transgresse les principes fondamentaux de distinction et de proportionnalité. Les enquêteurs ont collecté des témoignages, analysé des frappes aériennes et examiné les patterns de destruction pour établir l’intentionnalité des actions israéliennes. Selon le rapport, « les preuves montrent que des enfants palestiniens ont été délibérément pris pour cible et tués par les forces de sécurité israéliennes ». L’ampleur des violations documentées dépasse largement ce que pourrait expliquer une erreur tactique ou des dommages collatéraux.

30% des victimes sont des enfants : une proportion anormale

Le chiffre de 30% d’enfants parmi les victimes totales constitue une anomalie statistique majeure. Lors des précédentes offensives israéliennes de 2008-2009 et 2014, la proportion d’enfants tués atteignait 24%. L’augmentation de six points de pourcentage, dans un contexte où la démographie de Gaza reste stable, suggère un changement dans les règles d’engagement ou les critères de ciblage. La commission note que même après le cessez-le-feu d’octobre 2025, des enfants continuent d’être tués et gravement blessés, Israël persistant à violer la protection que le droit international impose d’accorder aux populations civiles juvéniles.

Destruction systématique des infrastructures de santé maternelle

Les enquêteurs ont identifié un pattern de frappes contre les services de néonatologie et les maternités. Ces attaques ont entraîné une augmentation des fausses couches et des malformations génitales, compromettant la capacité reproductive des Palestiniens. La destruction délibérée de 36 hôpitaux et 89 centres de santé primaire prive les femmes enceintes d’accès aux soins obstétricaux d’urgence. Les bombardements ont également détruit les stocks de médicaments essentiels, les incubateurs et les équipements de réanimation néonatale. Le rapport établit un lien direct entre ces destructions et l’augmentation de la mortalité maternelle et infantile.

Famine provoquée et blocus : armes de destruction indirecte

La commission affirme que la famine provoquée par le blocus israélien a causé la mort d’enfants à Gaza. Le contrôle total des points d’entrée permet à Israël de rationner l’aide humanitaire en dessous des besoins vitaux. Les restrictions sur les aliments riches en protéines, les compléments nutritionnels pour nourrissons et les médicaments pédiatriques créent des conditions d’existence destructrices. Les enquêteurs ont documenté 2 347 cas de malnutrition aiguë sévère chez les enfants de moins de cinq ans entre janvier et juin 2025. L’utilisation de la privation alimentaire comme méthode de guerre viole l’article 54 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève.

Les quatre actes génocidaires documentés par la commission

En septembre 2025, la commission avait déjà conclu qu’un génocide se produit à Gaza et continue de se produire. Le rapport de juin 2025 renforce l’analyse juridique en détaillant comment Israël a commis quatre des cinq actes génocidaires définis par la Convention de 1948 sur le génocide. Muralidhar déclare : « En prenant pour cible des enfants, Israël s’attaque à la capacité même du peuple palestinien d’exister et de déterminer son avenir ». L’intention génocidaire se manifeste dans la combinaison de meurtres massifs, d’atteintes physiques graves, de conditions d’existence destructrices et de mesures entravant les naissances.

Meurtre de membres du groupe et atteintes graves

Le premier acte génocidaire identifié concerne le meurtre de 20 179 enfants palestiniens. La commission documente également des cas de torture, violences sexuelles, passages à tabac, privations de nourriture et humiliations lors des arrestations et détentions. En Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, les violences contre les enfants palestiniens ont fortement augmenté, commises par des colons israéliens et les forces de sécurité. Les atteintes à l’intégrité physique et mentale incluent les traumatismes psychologiques, avec la quasi-totalité des enfants de Gaza nécessitant un soutien psychologique. Les blessures par armes explosives provoquent des amputations, des brûlures graves et des handicaps permanents.

Conditions d’existence intentionnellement destructrices

Le troisième acte génocidaire concerne la soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence visant sa destruction physique totale ou partielle. Le démantèlement des structures de protection et d’éducation compromet le développement des enfants. Les 625 écoles détruites ou endommagées privent 625 000 élèves d’accès à l’instruction. La destruction des réseaux d’eau potable et d’assainissement expose les enfants aux maladies hydriques. Le rapport note que 78% des enfants de Gaza souffrent de maladies liées à l’insalubrité. Les conditions de vie dans les camps de déplacés, sans abri adéquat ni installations sanitaires, créent un environnement propice aux épidémies.

Mesures visant à entraver les naissances futures

Le quatrième acte génocidaire identifié concerne les mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe. La destruction des services de santé reproductive, les violences sexuelles contre les femmes détenues et les traumatismes psychologiques affectant la fertilité constituent des méthodes d’entrave démographique. Les enquêteurs ont documenté 156 cas de violences sexuelles en détention, incluant des viols et des agressions sexuelles. Le stress post-traumatique généralisé provoque des dysfonctionnements reproductifs. Muralidhar avertit : « Même si les bombes et les armes se taisent à Gaza et en Cisjordanie, les enfants palestiniens ne se relèveront pas du jour au lendemain, car la destruction de leur santé, de leur éducation et de leur développement est irréversible. »

Implications pour les doctrines militaires et les protocoles de distinction

Les accusations de l’ONU soulèvent des questions fondamentales sur l’évolution des doctrines militaires en milieu urbain dense. Le conflit à Gaza teste les limites du droit humanitaire international dans un contexte où la distinction entre combattants et civils devient techniquement et moralement complexe. Les armées occidentales observent attentivement les méthodes israéliennes, certaines étant considérées comme des innovations tactiques, d’autres comme des violations flagrantes. Le rapport de l’ONU pourrait influencer les futures révisions des manuels de droit des conflits armés et renforcer les protocoles de protection des enfants en zone de guerre.

Le défi de la distinction civils-combattants en milieu urbain dense

Gaza présente une densité de population de 5 300 habitants au kilomètre carré, l’une des plus élevées au monde. Les opérations militaires en environnement urbain dense posent des défis opérationnels majeurs : identification des cibles, minimisation des dommages collatéraux, protection des infrastructures critiques. Israël invoque la tactique du Hamas consistant à utiliser des enfants palestiniens comme boucliers humains. Toutefois, la commission rejette cet argument comme justification des 20 179 morts d’enfants. Le principe de proportionnalité exige que les dommages civils prévisibles ne soient pas excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct attendu. Les données statistiques suggèrent une violation systématique de ce principe.

Évolution des normes : vers un renforcement du droit humanitaire ?

Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Volker Türk, a déclaré voir des « preuves grandissantes » d’un « génocide » à Gaza après la publication du premier rapport en septembre 2025. Les conclusions répétées de la commission pourraient catalyser une révision des mécanismes d’application du droit humanitaire. Les restrictions imposées aux médias et l’accès limité à Gaza empêchent une vérification indépendante des bilans et une couverture libre des violences. La communauté internationale pourrait renforcer les mandats des commissions d’enquête, élargir les compétences de la Cour pénale internationale et développer des systèmes de surveillance par satellite pour documenter les violations en temps réel. Israël dénonce le rapport comme « diffamatoire » et accuse la commission de « passer sous silence les tactiques brutales du Hamas ». La bataille juridique et diplomatique ne fait que commencer, avec des implications pour les négociations stratégiques régionales et les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient.

La bande de Gaza reste en proie aux violences faute de progrès vers une fin durable de la guerre. Israël et le Hamas s’accusent presque quotidiennement de violer la trêve entrée en vigueur en octobre 2025. Les enfants palestiniens continuent de payer le prix le plus lourd, leurs perspectives de survie et de développement compromises pour des générations. La question demeure : la communauté internationale possède-t-elle les moyens juridiques et la volonté politique pour faire respecter le droit humanitaire face aux violations documentées ?

Laisser un commentaire

Share to...