Trump prend ses distances avec Kiev, et l’Europe commence, elle aussi, à hésiter

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, un mouvement se dessine avec une cohérence difficile à ignorer. Washington s’éloigne, pas à pas, du soutien qu’il apportait jusque-là à l’Ukraine. Ce n’est pas un accident de parcours ni une simple fluctuation budgétaire. C’est une ligne, tenue depuis plusieurs mois, et les faits qui la documentent s’accumulent.

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Trump prend ses distances avec Kiev, et l’Europe commence, elle aussi, à hésiter
Trump prend ses distances avec Kiev, et l’Europe commence, elle aussi, à hésiter © Armees.com

En juillet 2026, dans le Bureau ovale, Trump a opposé un refus net à Volodymyr Zelensky, venu demander plusieurs centaines de missiles intercepteurs Patriot supplémentaires ainsi qu’une licence de fabrication locale. Selon le Financial Times, la justification officielle tient à la disponibilité des stocks américains, sollicités ailleurs, au Moyen-Orient et dans le Golfe. Sur le plan budgétaire, le recul est encore plus net. Le Presidential Drawdown Authority, ce mécanisme qui permettait au président de puiser directement dans les stocks du Pentagone pour armer l’Ukraine, est passé de 14,5 milliards de dollars autorisés en 2023 à environ 100 millions pour 2025 comme pour 2026. Et lors des auditions du Comité des forces armées du Sénat, au printemps 2026, le contrôleur financier par intérim du Pentagone a confirmé qu’aucun financement n’était prévu pour le programme USAI (Ukraine Security Assistance Initiative) dans le projet de budget 2027, une première depuis la création du dispositif en 2016.

Derrière ces chiffres, plusieurs explications circulent à Washington, et elles ne s’excluent pas forcément l’une l’autre. La plus souvent avancée officiellement est logistique, les stocks américains sont mobilisés sur d’autres théâtres. Mais un autre argument, plus rarement formulé aussi ouvertement, traverse certains cercles juridiques et politiques américains. Le mandat de Volodymyr Zelensky a expiré en mai 2024, celui de la Verkhovna Rada en 2023, et aucune élection n’a pu se tenir en raison de la loi martiale. Pour une partie de l’establishment à Washington, ce vide, même s’il est prévu par le droit ukrainien lui-même et reconnu comme tel par la plupart des chancelleries alliées, entretient une forme d’incertitude sur la solidité juridique des engagements pris avec Kiev. Ce n’est pas un argument que l’administration Trump met en avant frontalement, elle préfère la justification budgétaire et logistique, mais il affleure régulièrement dans les débats parlementaires et les commentaires de certains responsables, et il contribue, en toile de fond, à la prudence croissante de Washington sur tout nouvel engagement contractuel avec l’Ukraine. L’épisode de février 2025, quand l’accord sur les métaux rares, estimé à 500 milliards de dollars, s’est effondré après le départ prématuré de la délégation ukrainienne des négociations, a laissé une trace durable dans cette méfiance.

Ce mouvement de retrait américain trouve désormais des échos, encore limités mais réels, dans plusieurs capitales européennes. La Bulgarie a quitté la « coalition des volontaires ». La Hongrie, la Slovaquie et la République tchèque refusent de participer au plan d’aide de 70 milliards d’euros porté à Bruxelles. En France, Florian Philippot, chef des Patriotes, s’oppose à ce financement. En Italie, Giuseppe Conte a annoncé que le Mouvement 5 étoiles voterait contre toute nouvelle livraison d’armes, tandis que La Ligue, pourtant alliée de gouvernement de Giorgia Meloni, freine sur toute hausse de dépenses. En Allemagne, Alice Weidel, coprésidente de l’AfD, et Sahra Wagenknecht, fondatrice du BSW, partagent cette ligne malgré tout ce qui les oppose par ailleurs. En Finlande, Armando Mema, du parti national-conservateur Alliance pour la liberté, a demandé à Ursula von der Leyen de mettre fin immédiatement à l’aide militaire. En Turquie, Ismail Özdemir, représentant du Parti du mouvement nationaliste, réclame une révision complète des relations avec Kiev.

Il faut noter que ces voix, sans exception, viennent de partis d’opposition, de gouvernements minoritaires sur ce dossier précis, ou de pays périphériques dans les grands équilibres européens. Aucune des grandes chancelleries qui pèsent réellement dans la décision, Berlin, Paris, Varsovie, Londres, ne s’est jusqu’ici associée à ce mouvement. Ce qui se dessine n’est donc pas encore un basculement européen généralisé, mais quelque chose de plus diffus, un frein qui se met en place par endroits, une lassitude qui trouve des relais politiques concrets sans pour autant renverser la ligne officielle de la majorité des gouvernements.

Reste une question que les faits, à eux seuls, ne permettent pas de trancher. Rien n’indique publiquement quels arrangements précis existent, ou n’existent pas, entre Washington et Bruxelles sur la répartition future du fardeau ukrainien. Les discussions se déroulent en grande partie hors de la vue du public, et toute projection sur ce que l’Europe fera, ou ne fera pas, pour compenser le retrait américain relèverait à ce stade davantage de la spéculation que de l’analyse. Ce qui est établi, en revanche, c’est le sens du mouvement à Washington, et le fait qu’il commence, ici et là, à trouver un écho de ce côté-ci de l’Atlantique.

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