La mobilité militaire par le rail a pris une place importante en Europe, surtout depuis le début de la guerre en Ukraine. Déplacer rapidement des troupes et du matériel lourd, comme les chars, relève de la souveraineté des États. Les pays européens constatent qu’ils doivent revoir leur capacité à acheminer des forces vers l’Est.
Ce que disait la table ronde à Paris
Une table ronde du salon Mobco, à Paris, a abordé ces questions. Parmi les intervenants de ce mercredi : François Kalfon, député européen, Philippe Guéguen, général et conseiller défense du président de la SNCF, Isabelle Nouveau, capitaine de vaisseau au ministère des Armées, et Alexandre Gallo, président de DB Cargo France. Ils ont débattu de la nécessité de réduire fortement les délais de mobilisation militaire par le rail.
Aujourd’hui, un convoi militaire met 45 jours pour traverser l’Europe depuis la France. François Kalfon estime qu’il faut ramener ce délai à 3 jours, rapporte BFMTV. Cette lenteur paraît inacceptable à l’échelle de l’Union européenne. La fragmentation du réseau ferroviaire européen complique toute réponse rapide en cas de crise.

Les obstacles et les pistes pour avancer
Plusieurs freins techniques et administratifs ralentissent la mobilité militaire. En Europe, chaque passage de frontière impose aujourd’hui un changement de locomotive et de conducteur, et les gabarits comme les charges admissibles varient d’un pays à l’autre. Alexandre Gallo pointe le manque de locomotives interopérables et de wagons adaptés au transport de chars.
Le réseau ferroviaire français, organisé en étoile, est vulnérable en cas d’attaque, davantage que le réseau allemand, décentralisé et doté de voies redondantes. À cela s’ajoute le vieillissement des infrastructures : 75 % du réseau national ferré demandent une régénération prioritaire. Pour Philippe Guéguen, la réactivité est essentielle, parce qu’elle renforce la dissuasion.
Mettre en place un cadre européen harmonisé
Des initiatives européennes répondent à ces difficultés. Une nouvelle loi-cadre sur les transports prévoit 1,5 milliard d’euros supplémentaires par an pour améliorer le dialogue entre l’armée et les opérateurs ferroviaires. L’Union européenne et la Commission européenne préparent un règlement destiné à lever les obstacles réglementaires. Plusieurs pistes sont à l’étude : une procédure d’autorisation unique, un cadre d’urgence pour accélérer les démarches et un accès prioritaire aux infrastructures.
Ces mesures relèvent du système européen de réaction renforcée à la mobilité militaire (EMERS), doté de 17 milliards d’euros. Les décisions ne seraient toutefois finalisées qu’en 2030. Isabelle Nouveau insiste sur la nécessité de combiner la masse, la réactivité et la résilience pour être prêt en cas de conflit majeur.
Les avancées et les perspectives
Le dialogue entre l’armée et les opérateurs ferroviaires a progressé et couvre désormais 90 % des besoins logistiques militaires actuels. Philippe Guéguen salue les financements supplémentaires prévus et le renforcement de la coopération stratégique. Améliorer ces infrastructures, considérées comme publiques par nature, reste indispensable pour empêcher qu’une puissance étrangère ne les paralyse par une attaque ciblée.








