Quatre mois d’hostilités prennent fin par une annonce simultanée. Les États-Unis et l’Iran ont confirmé dimanche la conclusion d’un accord de cessez-le-feu immédiat, Donald Trump précisant sur Truth Social que « l’accord avec la République islamique d’Iran est désormais finalisé ». En parallèle, le détroit d’Ormuz rouvrira à la navigation internationale et le blocus naval américain sera levé.
Washington et Téhéran annoncent un cessez-le-feu immédiat
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, qui a orchestré les négociations, a confirmé que les deux parties déclaraient « la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban ». La signature officielle interviendra vendredi 19 juin à Genève, après des « discussions préliminaires » programmées dans la semaine. The Guardian précise que l’accord comprend des conditions strictes sur le programme nucléaire iranien.
Le pétrole s’effondre, les Bourses s’envolent
La réouverture du détroit d’Ormuz bouleverse immédiatement les marchés énergétiques. Contrôlé par l’Iran depuis le début du conflit le 28 février, ce goulet d’étranglement achemine normalement 20% du pétrole mondial. Trump a précisé que la navigation reprendrait « après la signature de l’accord vendredi, pour permettre le déminage ».
L’annonce provoque une chute spectaculaire des cours : le Brent plonge de 3,89% à 83,93 dollars le baril, le WTI américain perdant 4,45% à 81,10 dollars. Malgré ce recul, les prix restent supérieurs de plus de 40% à leur niveau de début d’année, témoignant de l’impact durable du conflit.
Les places financières asiatiques réagissent positivement : Tokyo bondit de 4,05% et Séoul de 5,06%. Al Jazeera souligne que cette réaction traduit l’optimisme des investisseurs face à une stabilisation régionale.
Quatorze points aux contours incertains
L’agence iranienne Mehr News évoque un protocole d’accord de quatorze points, dont plusieurs demeurent flous. L’Iran réaffirmerait son engagement dans le Traité de non-prolifération nucléaire et s’abstiendrait de produire des armes nucléaires. Trump a d’ailleurs déclaré samedi que l’accord aboutirait à « l’élimination du stock d’uranium enrichi iranien ».
Le volet financier prévoit le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés sur 60 jours, dont la moitié avant le début des négociations finales. Les sanctions pétrolières seraient également levées. Toutefois, la Maison-Blanche n’a pas confirmé ces détails, maintenant une opacité sur les engagements précis. Le Figaro note que les modalités de vérification restent à définir.
Le programme balistique iranien écarté des négociations
Plusieurs dossiers cruciaux échappent aux discussions. Le programme balistique iranien et le soutien de Téhéran aux « groupes de résistance » régionaux ne figurent pas dans les négociations, selon Mehr News. Le dossier libanais reste particulièrement sensible après les frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth dimanche, causant trois morts.
Trump a vivement condamné ces attaques : « Elles n’auraient pas dû avoir lieu, particulièrement en ce jour spécial où nous sommes si proches d’un accord de paix avec l’Iran ». Le négociateur en chef iranien Mohammad Bagher Ghalibaf en tire argument pour estimer que « l’Amérique manque soit de volonté, soit de capacité à tenir ses engagements ». Selon NPR, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth assure néanmoins que les négociations « continuent d’avancer » malgré ces tensions.
L’Iran décapité par quatre mois de guerre
Le conflit aura coûté la vie à l’ensemble du sommet du pouvoir iranien. Le guide suprême Ali Khamenei, tué dès le premier jour, ouvre une liste macabre incluant de nombreux responsables militaires et politiques de premier plan. Le chef des Gardiens de la Révolution Mohammad Pakpour, le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib ou le chef d’état-major des forces armées Abdolrahim Mousavi figurent parmi les victimes les plus notables.
Les infrastructures iraniennes ont subi des dommages considérables, nécessitant selon l’accord des plans de reconstruction que les États-Unis et leurs alliés devront soumettre. L’ampleur des destructions explique l’empressement de Téhéran à négocier, malgré sa rhétorique de « grandes victoires » remportées durant le conflit. Le redéploiement des forces américaines depuis l’Europe avait d’ailleurs témoigné de la priorité accordée au théâtre moyen-oriental.
L’Europe appelle à des garanties « robustes »
La communauté internationale salue globalement l’accord. Le secrétaire général de l’ONU António Guterres félicite les deux parties pour ce « cessez-le-feu permanent ». Les pays européens du groupe E4 (Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie) se déclarent « prêts à lever les sanctions pertinentes en réponse à des mesures claires et vérifiables de la part de l’Iran concernant son programme nucléaire ».
Le Premier ministre britannique Keir Starmer insiste sur la nécessité que « les engagements pris, particulièrement concernant le programme nucléaire iranien, soient robustes, vérifiables et pleinement mis en œuvre ». Emmanuel Macron appelle à « la mise en œuvre rapide et complète par toutes les parties au conflit ». Le retrait du Charles de Gaulle de Méditerranée orientale pourrait s’inscrire dans cette logique de désescalade.
Le vice-président JD Vance, qui assistera à la cérémonie de signature en Suisse, évoque « une nouvelle ère » au Moyen-Orient, tout en tempérant : « Je ne vais pas dire que tout le monde va chanter Kumbaya demain. Il faudra du temps pour apprendre les voies de la paix ».
Soixante jours pour transformer l’essai
L’euphorie des marchés ne doit pas masquer les incertitudes majeures. Trump maintient une ambiguïté en déclarant au New York Times qu’il pourrait reprendre les attaques militaires si Téhéran échoue à conclure un accord nucléaire lors des négociations élargies. Iran International rapporte que les faucons iraniens contestent déjà certaines clauses de l’accord.
La fenêtre de 60 jours pour les négociations finales apparaît courte au regard des enjeux. Les questions du programme balistique iranien, du soutien aux proxies régionaux et du statut à long terme des sanctions économiques restent en suspens. L’accord actuel s’apparente davantage à un cessez-le-feu qu’à une paix durable.
Selon plusieurs analystes cités par NBC News, la véritable épreuve consistera à transformer ce memorandum d’entente en traité de paix complet, objectif qui a échappé à plusieurs administrations américaines précédentes. Les prochaines semaines détermineront si l’accord marque véritablement la fin des hostilités ou constitue une pause dans un conflit régional plus large.








