Guerre du Golfe : la France paie-t-elle le prix de vingt ans d’aveuglement stratégique ?

Face à la crise du Golfe, la France doit affronter ses carences stratégiques et budgétaires. Avec seulement 2% du PIB consacré à la défense et une gestion inefficace des ressources militaires, le pays ne dispose pas des capacités opérationnelles suffisantes. La flambée énergétique qui en découle force un choix politique longtemps esquivé : réallouer massivement vers la défense ou creuser la dette.

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Guerre du Golfe : la France paie-t-elle le prix de vingt ans d’aveuglement stratégique ? © Armees.com

Par Agnès C.

Le Koweït et Bahreïn sous les missiles iraniens. Le Golfe s’embrase. Et la France ? Elle regarde brûler une région dont dépend une part significative de son approvisionnement énergétique, avec des armées en voie de remontée en puissance mais encore très loin du compte. Le réveil est brutal. La facture risque d’être plus lourde encore.

2%

Part du PIB consacrée à la défense que la France vient à peine d’atteindre en 2025, quand la guerre au Golfe redessine toutes les priorités stratégiques mondiales.

L’illusion de la trajectoire confortable

On aime se féliciter, à Paris, d’avoir voté la Loi de Programmation Militaire 2024-2030. 413 milliards d’euros sur sept ans. Un chiffre impressionnant sur le papier. Dans les faits ? La France atteint péniblement les 2% du PIB que l’OTAN réclame depuis 2014. L’Allemagne a décidé de passer à 3,5%. La Pologne est déjà à 4%. Et pendant ce temps, des missiles iraniens frappent des alliés installés à quelques miles nautiques des routes pétrolières que personne n’t avait vraiment prévu de défendre sérieusement.

Le problème n’est pas seulement budgétaire. C’est un problème de crédibilité. Quand un conflit majeur éclate à 5 000 kilomètres de Brest, la question qui se pose immédiatement est simple : la France dispose-t-elle réellement des stocks de munitions, de la flotte de surface, des capacités de projection suffisantes pour peser ? Les retours du terrain ukrainien avaient déjà répondu partiellement à la question. La réponse n’était pas flatteuse.

On peut augmenter les lignes budgétaires en loi de finances. Encore faut-il que l’argent soit dépensé efficacement, ce qui, en France, n’a rien d’acquis.

La dépense militaire française : beaucoup de bruit pour quels résultats ?

Comparer les budgets de défense sans regarder leur rendement opérationnel, c’est commettre une erreur grossière. La France dépense environ 50 milliards d’euros par an pour ses armées. C’est considérable. Mais une part structurellement trop importante de cette enveloppe finance des coûts de fonctionnement, masse salariale, infrastructures vieillissantes, bureaucratie interministérielle, au détriment des équipements et de la disponibilité opérationnelle.

Le taux de disponibilité des équipements militaires français a longtemps fait honte aux états-majors. Moins d’un avion de chasse sur deux opérationnel certaines années. Des frégates clouées à quai faute de pièces détachées. Ce n’est pas un problème de volume budgétaire : c’est un problème de gestion. La Direction Générale de l’Armement est une structure puissante sur le papier, complexe et lente dans les faits.

Les Britanniques, confrontés aux mêmes tensions, ont engagé une revue drastique de leurs coûts de soutien. Les Suédois sous-traitent intelligemment ce qui peut l’être, conservant en interne uniquement les compétences stratégiques. En France, on continue d’entretenir des doublons coûteux que personne n’ose supprimer pour des raisons d’équilibre politique et territorial.

Ce que la guerre du Golfe change pour nos finances publiques

La crise du Golfe introduit une contrainte nouvelle et brutale dans l’équation budgétaire française. La flambée probable des prix de l’énergie va creuser le déficit, alourdir la facture des entreprises, rogner le pouvoir d’achat. Et simultanément, elle va exercer une pression irrésistible pour accélérer le réarmement.

On ne peut pas faire les deux à crédit indéfiniment. La dette française dépasse 3 460 milliards d’euros. Les marges de manœuvre sont nulles. La seule voie sérieuse est celle que les politiques refusent d’emprunter : réallouer massivement des dépenses publiques civiles vers la défense, plutôt qu’empiler les budgets.

Choisir entre le bouclier social et le bouclier militaire est un débat que la France a soigneusement évité depuis trente ans. La guerre du Golfe vient de rendre ce débat incontournable. Les candidats à 2027 feraient bien de s’y préparer, avec des chiffres, pas des slogans.

Agnès C.
Économiste

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