Guerre du Golfe : la vraie facture que personne ne calcule

Face à la crise du Golfe qui révèle les fragilités stratégiques, la France doit repenser ses investissements de défense. Pas seulement augmenter les budgets, mais les allouer efficacement : moins de structures administratives, plus de capacités opérationnelles et de souveraineté réelle.

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Guerre du Golfe : la vraie facture que personne ne calcule © Armees.com

Le Koweït et Bahreïn sous les missiles iraniens, l’Australie à trente jours de pénurie de carburant, les Bourses énergétiques qui s’envolent. La guerre du Golfe révèle en direct ce que des décennies d’économies mal placées sur la défense coûtent réellement. Pas en milliards dépensés – en milliards perdus.

30 jours

C’est le stock de carburant dont disposait l’Australie au début du conflit du Golfe – l’exact portrait d’une souveraineté énergétique et stratégique sacrifiée sur l’autel des économies à court terme.

Le prix réel de la sous-préparation

Trente jours. L’Australie, sixième puissance économique mondiale, n’avait que trente jours d’autonomie pétrolière quand le premier missile a décollé. Son ministre du Commerce s’en félicite presque, racontant comment le gouvernement a « sécurisé les approvisionnements » dans l’urgence. On devrait frémir, pas applaudir.

La France, elle, n’est pas mieux lotie. On débat de la LPM, on s’auto-congratule pour avoir repassé le cap des 2 % du PIB consacrés à la défense – comme si ce chiffre symbolique suffisait à masquer vingt ans de désinvestissement structurel. Ce que la guerre du Golfe enseigne en temps réel, c’est que la défense n’est pas une ligne budgétaire parmi d’autres. C’est une police d’assurance. Et comme toute police d’assurance, on en découvre la valeur exacte au moment du sinistre, jamais avant.

Le vrai problème n’est pas le quantum dépensé – c’est ce qu’on en fait. Les États-Unis annoncent avoir intercepté six missiles iraniens. Cela suppose des investissements massifs, continus, évalués sur le long terme, en systèmes de détection, de défense anti-missiles, de logistique déployable. La France, elle, a longtemps rogné sur les munitions, les stocks, les équipements de soutien. Les « dividendes de la paix » ont un coût différé que personne n’inscrit dans les colonnes budgétaires.

La LPM, bonne intention ou vrai changement de paradigme ?

On nous promet une Loi de Programmation Militaire transformatrice. Les chiffres sont là : 413 milliards d’euros sur 2024-2030. Impressionnant sur le papier. Mais force est de constater que l’effort réel, ramené à la masse des besoins identifiés – défense sol-air, stocks de guerre, cyber, spatial – reste insuffisant au regard de ce que nos partenaires engagent.

La Norvège, dont la Bourse fait la course en tête en Europe grâce à l’énergie et à la défense, a compris depuis longtemps que l’investissement dans la souveraineté rapporte. Son fonds souverain finance ses ambitions stratégiques sans affoler ses comptes publics. En Suède et au Danemark, la réintroduction du service militaire, la constitution de stocks de résilience, la coordination industrie-État sont des réalités opérationnelles – pas des concepts de livre blanc.

En France, on dépense encore trop en structures, trop peu en capacités. Le ministère des Armées emploie des milliers d’agents dans des fonctions support qui pourraient être mutualisées, rationalisées, externalisées intelligemment. Chaque euro mal dépensé en administration est un missile de moins en stock, un soldat de moins équipé.

Souveraineté : maintenant ou jamais

La guerre n’est plus un horizon lointain que les chancelleries gèrent en chambre. Elle frappe le Koweït, elle asphyxie les routes maritimes, elle fait grimper le gazole à la pompe à Lyon ou à Lille. Le citoyen français le ressent dans son portefeuille, même s’il ne le nomme pas ainsi.

Il est temps que le personnel politique assume une vérité simple : investir dans la défense, c’est investir dans la continuité économique du pays. Ce n’est pas une dépense – c’est une condition de toutes les autres. Reste à en faire une priorité budgétaire réelle, documentée, évaluée, et non un simple affichage électoral à l’approche de 2027.

Agnès C.
Économiste

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