Pendant qu’Israël bombarde la banlieue sud de Beyrouth et que les firmes chinoises écrasent la concurrence mondiale grâce à des subventions massives, l’Europe se demande encore combien elle peut se permettre de dépenser pour sa propre sécurité. Une question qui n’est plus théorique. Elle est existentielle.
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Les entreprises chinoises reçoivent en moyenne huit fois plus de soutien étatique que leurs concurrentes des pays développés, selon l’OCDE — un avantage compétitif dévastateur pour les industries de défense occidentales.
La Chine ne joue pas selon les mêmes règles. Et tout le monde le sait.Le rapport de l’OCDE publié cette semaine est sans appel : les firmes chinoises bénéficient d’un soutien étatique huit fois supérieur à celui accordé à leurs homologues occidentales. Huit fois. Dans n’importe quel autre secteur industriel, ce chiffre déclencherait une tempête diplomatique. Dans le domaine de la défense et des industries duales — celles qui nourrissent à la fois le civil et le militaire — il devrait sonner le tocsin.Car la Chine ne sépare pas industrie civile et industrie de guerre. C’est précisément ce que l’Occident tarde à comprendre. Pendant que Bruxelles s’échine à produire des accords commerciaux préférentiels — certes utiles, mais vulnérables à la coercition de Pékin, comme le rappelle le Financial Times — la Chine finance massivement ses champions nationaux, construit des flottes militaires, et asphyxie ses rivaux sur les marchés des matières premières stratégiques.
L’économiste Maria Vassalou le dit sans détour : face à une Chine qui verrouille les matières premières, l’Europe doit déréglementer ses marchés, améliorer son environnement des affaires, et atteindre une indépendance énergétique réelle. Ce n’est pas une option idéologique. C’est une nécessité stratégique. Force est de constater que nous accumulons les déclarations d’intention sans jamais passer à la vitesse supérieure.
Eurosatory : quand la politique s’invite au salon de l’armement
La décision française de restreindre la présence israélienne au salon Eurosatory mérite qu’on s’y attarde. Paris a autorisé les équipements de défense israéliens, mais interdit les systèmes offensifs. Une distinction qui peut sembler logique au premier abord, mais qui soulève une question plus profonde : peut-on dissocier l’industrie de défense de la politique étrangère au sein du premier salon mondial de l’armement terrestre ?
Je ne prends pas ici parti sur le conflit au Liban, où l’armée israélienne appelle à l’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth pendant que le Hezbollah conteste les avancées annoncées sur le terrain. Mais du point de vue industriel et stratégique, cette décision envoie un signal ambigu à nos partenaires. La France veut peser dans les équilibres régionaux tout en vendant ses propres systèmes d’armes à travers le monde. Cette posture est tenable uniquement si elle repose sur une doctrine claire, affichée, cohérente — et non sur des arbitrages cas par cas qui brouillent notre crédibilité.
Budget de défense : l’Europe doit enfin payer ce qu’elle doit
Revenons au fond : l’Europe dépense-t-elle suffisamment pour sa défense ? La réponse est non, et tout le monde le sait. La France consacre aujourd’hui environ 2 % de son PIB à sa défense — un seuil OTAN à peine atteint, alors que les menaces s’accumulent à l’Est, en Méditerranée et dans les espaces maritime et cyber.
Pendant ce temps, Poutine s’enlise en Ukraine mais reste au pouvoir, et les leçons de l’histoire suggèrent que les défaites militaires russes engendrent des instabilités imprévisibles. L’Europe ne peut pas se permettre d’être surprise, ni à l’Est ni en Méditerranée.
Je pense que la vraie question n’est plus combien dépenser, mais comment dépenser intelligemment : moins de bureaucratie, plus de commandes pluriannuelles, davantage de coopération industrielle franco-allemande et européenne. L’argent public militaire doit produire de la puissance réelle, pas des rapports et des comités.
La sécurité de l’Europe ne se négocie pas. Elle se finance — correctement, et maintenant.
Jean-Baptiste Giraud
Éditorialiste








