Un essai inédit se profile sur le porte-avions américain USS Gerald R. Ford. L’US Navy veut utiliser ses réacteurs nucléaires pour fournir de l’électricité aux installations terrestres de la base navale de Norfolk, dans le cadre de son programme de résilience énergétique, explique Mer et Marine. Prévu pour cet été, cet essai pourrait mettre en lumière de nouvelles capacités opérationnelles pour répondre aux besoins électriques d’urgence.
L’USS Gerald R. Ford en première ligne
Le USS Gerald R. Ford (CVN-78) a connu un déploiement impressionnant de 326 jours et son retour à Norfolk le 16 mai, est au centre de cette expérimentation. Premier bâtiment de sa classe équipé des réacteurs A1B, il est le seul porte-avions disponible pour ce type d’essai. Les réacteurs A1B offrent plus de puissance que les anciens A4W de la classe Nimitz, ce qui rend techniquement possible le branchement vers la terre.
L’initiative vise à donner plus d’autonomie et de sécurité aux bases militaires en limitant la dépendance aux réseaux électriques civils. Le dernier exemple historique d’une idée similaire remonte aux années 1960 avec le MH-1A Sturgis, employé par le Corps du génie de l’US Army.
Un casse-tête technique et stratégique
Coupler l’alimentation électrique d’un porte-avions avec celle d’une base terrestre n’est pas simple, en raison des défis techniques. Il faut ajuster fréquences et tensions pour intégrer l’énergie du navire au réseau de Norfolk. Plusieurs technologies sont nécessaires, notamment un cordon ombilical électrique qui fera le lien entre le navire et le réseau à terre.
Le test pose aussi une question réglementaire : comment maximiser l’apport énergétique d’une « centrale nucléaire flottante d’appoint » mobile et massive tout en respectant les normes de la Nuclear Regulatory Commission (NRC). Si ça marche, l’usage des réacteurs A1B pourrait être étendu à d’autres bâtiments à venir, comme les futurs croiseurs de combat de la classe Defiant et les sous-marins SSN(X).
Scénarios humanitaires et usages possibles
En cas de succès, l’USS Gerald R. Ford pourrait devenir un atout de poids pour les réponses humanitaires. Capable d’alimenter des installations à terre, il pourrait intervenir après des catastrophes naturelles, ouragans, séismes, à l’instar du déploiement de l’USS Carl Vinson (CVN-70) en Haïti en janvier 2010.
Reste la question tactique : est-il raisonnable d’utiliser un porte-avions conçu pour des missions militaires stratégiques comme source d’énergie de secours ? Le sujet alimente les débats au sein de l’US Navy et du Pentagone.








