La guerre en Iran provoquera un choc énergétique de longue durée

L’Union européenne alerte ses États membres sur un choc énergétique prolongé résultant de la guerre en Iran. Bruxelles exhorte les capitales à réduire immédiatement leur consommation de pétrole et de gaz face aux risques de perturbations dans le détroit d’Ormuz.

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La guerre en Iran provoquera un choc énergétique de longue durée © Armees.com

L’Union européenne dresse un constat alarmant. Dans une correspondance adressée aux ministres de l’Énergie des États membres le 30 mars dernier, le commissaire européen Dan Jørgensen alerte sur un choc énergétique prolongé découlant du conflit avec l’Iran. Cette mise en garde survient tandis que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient compromettent directement les approvisionnements énergétiques européens, notamment via le détroit d’Ormuz, artère vitale par laquelle transitent 25 à 30 % du pétrole mondial et 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL).

La Commission européenne presse les capitales de « prendre des préparatifs opportuns en prévision d’une perturbation potentiellement prolongée ». Cette exhortation s’accompagne d’une requête urgente : diminuer sans délai la consommation de pétrole et de gaz, particulièrement dans les transports, secteur éminemment sensible aux variations des tarifs énergétiques.

Les cours du Brent ont déjà dépassé le seuil de 119 dollars le baril, contre approximativement 70 dollars avant le déclenchement des hostilités le 28 février. Les experts n’écartent pas une escalade jusqu’à 200 dollars dans les hypothèses les plus défavorables, esquissant un choc énergétique d’une magnitude comparable à celui de 2022. Reuters confirme que l’UE se prépare à une perturbation durable des marchés énergétiques.

Les secteurs les plus exposés aux perturbations d’approvisionnement

L’Europe révèle une vulnérabilité critique envers les importations de produits pétroliers raffinés du Golfe Persique. D’après la société de négoce Alkagesta, environ 20 % du diesel consommé dans l’UE et au Royaume-Uni provient de cette région stratégique. Les carburants d’aviation subissent également une contrainte considérable, les importations européennes de kérosène atteignant 1,064 million de tonnes métriques en mars.

Un dirigeant du secteur aéronautique européen formule un diagnostic préoccupant : « Si cette situation perdure, cet été nous serons tous en difficulté – les annulations de vols constitueront la seule solution ». Cette perspective dévoile l’étendue des répercussions économiques d’un choc énergétique persistant sur l’industrie du transport aérien, déjà éprouvée par les bouleversements post-pandémiques.

La Commission européenne répertorie plusieurs éléments aggravants : la capacité de raffinage insuffisante au sein du bloc européen, le nombre restreint de fournisseurs alternatifs, la concurrence intensifiée avec les consommateurs asiatiques pour les cargaisons de GNL, ainsi que les détournements de méthaniers initialement destinés à l’Europe vers l’Asie pour de meilleurs rendements.

Mesures d’urgence et coordination européenne

Confrontée à cette menace énergétique, Bruxelles active une stratégie multi-niveaux. Les gouvernements sont invités à différer la maintenance non critique des raffineries pétrolières afin de préserver la production. L’exploration d’alternatives telles que les biocarburants s’inscrit également parmi les recommandations prioritaires.

Le commissaire Jørgensen souligne l’impératif d’une coordination européenne renforcée : « Les mesures qui accroissent la consommation de carburant ou restreignent le commerce transfrontalier pourraient aggraver les problèmes d’approvisionnement ». Cette démarche vise à prévenir les politiques nationales non coordonnées susceptibles de perturber le marché intérieur de l’énergie.

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a d’ores et déjà orchestré la libération de plus de 400 millions de barils de stocks d’urgence le 11 mars, les pays de l’UE contribuant à hauteur de 20 % de cette mobilisation. L’Europe dispose théoriquement de 100 millions de tonnes de réserves pétrolières, équivalant approximativement à une année de consommation allemande.

Conséquences économiques d’un choc énergétique prolongé

Un choc énergétique de longue durée engendrerait des répercussions économiques majeures sur l’ensemble de l’économie européenne. L’augmentation des coûts de transport se propage mécaniquement à travers toute la chaîne d’approvisionnement, attisant les pressions inflationnistes déjà présentes dans la zone euro.

Les secteurs les plus énergivores – sidérurgie, chimie, cimenterie – risquent une nouvelle altération de leur compétitivité internationale. Cette configuration évoque douloureusement la crise énergétique de 2022, lorsque l’Europe avait perdu environ 44 à 45 % de ses importations russes suite à l’invasion de l’Ukraine par Moscou. Cette situation pourrait d’ailleurs s’avérer encore plus complexe, notamment au regard des tensions géopolitiques actuelles impliquant des alliés européens, comme l’illustrent les récents développements concernant la Hongrie.

Les prix du gaz naturel pourraient retrouver les niveaux records de 2022, compromettant la reprise économique européenne. Andreas Guth, secrétaire général de l’association Eurogas, insiste qu’il demeure « critique pour l’avenir de l’Europe » de supprimer les retards et incertitudes superflus dans l’accès aux nouveaux approvisionnements conformément aux réglementations de l’UE.

Stratégies de mitigation et préparation hivernale

Malgré la gravité de la conjoncture, le commissaire Jørgensen assure que l’UE demeure « relativement préparée » grâce aux règles de stockage et aux plans d’urgence. Les capitales ont reçu instruction le 20 mars d’abaisser les niveaux de stockage de gaz pour éviter les achats de panique, permettant aux niveaux actuels de 90 % d’être ramenés jusqu’à 75 %.

Cette approche pragmatique vise à préserver la flexibilité du système énergétique européen face à l’incertitude géopolitique. Les ministres de l’Énergie et des Finances du G7 ont confirmé lundi leur surveillance étroite de l’impact du conflit iranien sur la stabilité énergétique et économique globale, se déclarant prêts à adopter « toutes les mesures nécessaires » pour garantir la sécurité du marché.

L’Europe se trouve ainsi confrontée à un défi énergétique majeur, où la coordination internationale et les mesures préventives détermineront l’ampleur du choc énergétique à venir. L’issue de cette crise énergétique dépendra largement de l’évolution du conflit au Moyen-Orient et de la capacité des Européens à diversifier rapidement leurs sources d’approvisionnement. Une leçon supplémentaire sur la fragilité de nos économies interconnectées, où les tensions géopolitiques lointaines se muent rapidement en défis économiques domestiques de première importance.

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