Le 17 mars 2026, Orange Business a officialisé le lancement d’Orange Drone Guardian, une offre de lutte anti-drones présentée comme la première solution européenne proposée sous forme de service. L’annonce a d’abord été lue comme une diversification dans la sécurité. En réalité, elle révèle quelque chose de plus profond. Orange cherche à convertir ses actifs historiques, ses réseaux, ses points hauts, son cloud de confiance et sa capacité d’exploitation, en un outil de protection pour les sites exposés aux intrusions aériennes de basse altitude.
Le moment n’a rien d’anodin. Le drone s’est imposé comme un instrument de repérage, de surveillance, de captation d’images, parfois de perturbation, dans des environnements où la sécurité périmétrique classique atteint ses limites. Sites industriels, plateformes logistiques, infrastructures énergétiques, aéroports, ports, centres de recherche, événements majeurs : tous sont désormais confrontés à un risque qui se banalise. L’intérêt de cette offensive d’Orange est donc évident. Elle montre comment un grand opérateur français tente de bâtir une réponse nationale sur un segment où la dépendance technologique est devenue un angle mort.
Orange Drone Guardian, une offre anti-drone conçue pour les entreprises stratégiques
Orange Drone Guardian vise en priorité les opérateurs d’importance vitale, les opérateurs de services essentiels, les institutions publiques et les organisateurs de grands événements, selon Orange Business. Ce ciblage est cohérent. Il épouse la cartographie des actifs les plus sensibles, ceux dont l’interruption, la surveillance illicite ou la compromission peuvent produire un effet systémique.
Le groupe ne vend pas un simple boîtier de détection. Il propose une offre clé en main, pensée comme un service récurrent. Ce point est central. Dans beaucoup d’entreprises, la menace drone est identifiée, mais rarement traitée avec les moyens d’une capacité interne dédiée. Les industriels veulent une réponse exploitable vite, sans devoir créer une architecture complète, recruter des spécialistes ou financer un déploiement lourd dès le départ. Orange répond précisément à cette contrainte en misant sur un modèle d’abonnement.
C’est ce qu’a souligné Nassima Auvray, directrice Défense et Sécurité d’Orange Business, lorsqu’elle a déclaré qu’elle était « fière d’annoncer le lancement de la première offre de la Direction Défense & Sécurité, Orange Drone Guardian », ajoutant que cette solution, « pionnière en France et en Europe », répond aux enjeux de protection des sites sensibles grâce à des « infrastructures souveraines » et à un « modèle incrémental et ouvert ». Tout l’argumentaire industriel est là. Souveraineté de l’infrastructure. Progressivité du déploiement. Ouverture technologique. Et, surtout, externalisation du service.
Le retour du terrain, lui, semble déjà exister. « Beaucoup d’acteurs sont intéressés, notamment des grands industriels, des acteurs du secteur public et d’autres qui constatent des survols de drones aux abords de leurs installations », a déclaré Nassima Auvray, selon l’AFP. Le drone n’est plus un risque théorique pour les entreprises sensibles. Il devient un fait de sécurité quotidienne. Orange destine d’ailleurs sa solution à des environnements très identifiés : sites industriels, aéroports, ports et grands événements…
Détection de drone, cloud souverain et chaîne de confiance Orange
Techniquement, Orange Drone Guardian est conçu pour détecter, identifier et classifier les drones intrusifs évoluant dans l’espace aérien de basse altitude partout en France, avec une extension envisagée à l’échelle européenne. Orange ne promet pas ici une solution de neutralisation. L’offre est défensive.
L’AFP précise que les capteurs doivent analyser les balises émises par les drones pour remonter leur identité, leur altitude et la localisation du télépilote. La portée annoncée des capteurs est de 6 à 20 kilomètres, ce qui permet d’envisager une couverture adaptée à des emprises industrielles étendues, à des zones logistiques ou à des installations critiques dont la défense ne peut pas dépendre d’un simple dispositif local.
La force de l’offre réside toutefois moins dans le capteur lui-même que dans la chaîne complète qui l’exploite. Orange explique que les données issues des capteurs transitent sur une connectivité sécurisée et résiliente opérée de bout en bout par le groupe, avant d’être traitées dans Cloud Avenue SecNum, plateforme qualifiée SecNumCloud 3.2 par l’ANSSI, puis supervisées depuis un centre sécurisé implanté en France, selon Clubic qui ajoute que cette supervision fonctionne en continu, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. En revendiquant une infrastructure nationale, un cloud de confiance qualifié par l’ANSSI et une supervision localisée en France, le groupe oppose une réponse souveraine à un risque lui-même devenu stratégique.
Orange indique en outre que l’architecture est ouverte à de nouveaux capteurs, à d’autres briques logicielles et, à terme, aux capacités de radio-détection permises par les réseaux 5G, tandis que l’intelligence artificielle et les jumeaux numériques doivent enrichir l’analyse des données et leur modélisationt.
Le réseau TOTEM : l’atout industriel d’Orange
Le point le plus structurant, du point de vue de la souveraineté industrielle, se trouve probablement dans l’utilisation du réseau de TOTEM. Orange affirme pouvoir s’appuyer sur 19 700 sites de sa TowerCo pour installer des capteurs en hauteur et étendre la surveillance sans obliger chaque client à déployer sa propre infrastructure. Le groupe transforme un patrimoine télécom existant en socle d’une nouvelle capacité de sécurité. Les capteurs utilisés sont fournis, de leur côté, par Hologarde, filiale du Groupe ADP spécialisée dans la lutte anti-drone.
Cette logique d’adossement à une infrastructure déjà présente sur le territoire change l’équation économique. Elle réduit le coût de déploiement. Elle accélère la montée en puissance. Elle crée aussi une barrière à l’entrée importante pour les concurrents qui ne disposent ni du même maillage ni de la même capacité d’exploitation nationale. Dans un marché encore émergent, c’est un avantage décisif.
Deux systèmes sont déjà déployés, au Val-de-Reuil et à Toulouse, et qu’un troisième est en cours d’installation à Brétigny-sur-Orge, sur la base ouverte aux essais en vol de drones, selon Le Monde qui souligne l’estimation d’Hologarde, sur le fait que la France compte environ 2 000 sites sensibles à couvrir, et qu’il faudrait entre 2,5 et 3 ans pour sécuriser les zones critiques de l’Hexagone.








