LMB Aerospace : pourquoi l’État français impose une golden share dans un fournisseur du Rafale

La vente de LMB Aerospace à un groupe américain n’a pas laissé l’État français indifférent. En s’octroyant une golden share pour un euro symbolique, le gouvernement conserve un droit de veto sur certaines décisions touchant à cette entreprise impliquée dans plusieurs programmes militaires français.

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LMB Aerospace : pourquoi l’État français impose une golden share dans un fournisseur du Rafale © Armees.com

Le 8 mars 2026, l’État français a officialisé l’acquisition d’une action préférentielle dans LMB Aerospace. Cette décision intervient après la vente de cette société industrielle au groupe américain Loar, finalisée à la fin de l’année 2025. Le mécanisme utilisé est celui de la golden share, un outil juridique permettant à l’État de conserver un pouvoir spécifique sur certaines décisions d’une entreprise.

Dans un arrêté publié au Journal officiel, le ministère de l’Économie précise que « l’État décide de se porter acquéreur d’une action de la société par actions simplifiée LMB (…) pour un prix de 1 euro ». Cette action particulière ne vise pas à prendre le contrôle de l’entreprise. Elle permet plutôt au gouvernement de surveiller et, si nécessaire, de bloquer certaines décisions sensibles.

LMB Aerospace, un fournisseur intégré à plusieurs programmes militaires

LMB Aerospace n’est pas un acteur industriel très connu du grand public. Pourtant, ses équipements se retrouvent dans plusieurs systèmes militaires majeurs.

L’entreprise conçoit notamment des ventilateurs, moteurs électriques et systèmes de refroidissement destinés aux équipements aéronautiques et militaires. Ces technologies sont intégrées dans plusieurs plateformes françaises.

Selon les informations issues de la filière aéronautique, les produits de LMB Aerospace équipent notamment l’avion de combat Rafale, l’hélicoptère Tigre et le char Leclerc. Ces composants servent à refroidir des systèmes électroniques embarqués, des capteurs ou encore certains équipements critiques.

La société a été rachetée par le groupe américain Loar Group, spécialisé dans les composants aéronautiques. Le montant de la transaction est estimé à environ 367 millions d’euros. Loar prévoit que l’entreprise génère environ 60 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2026, avec un résultat opérationnel proche de 30 millions de dollars.

Un contrôle renforcé sur les technologies liées à la défense

Le rachat d’un fournisseur impliqué dans des programmes militaires n’a pas été autorisé sans garanties. Les autorités françaises ont activé le mécanisme de contrôle des investissements étrangers, qui permet de conditionner certaines acquisitions.

Le ministère de l’Économie a indiqué que la vente « n’a pu être autorisée qu’assortie de conditions extrêmement strictes et permanentes pour protéger les intérêts nationaux ». Parmi ces conditions figure la création d’une action préférentielle détenue par l’État.

Cette golden share permet au gouvernement de s’opposer à certaines décisions jugées sensibles. Elle peut notamment concerner la cession d’activités liées à la défense, la modification de certaines capacités industrielles ou encore le transfert de technologies.

Roland Lescure, secrétaire d’État chargé de l’Industrie au moment de l’opération, avait confirmé la mise en place de ce dispositif en indiquant que « l’État aura une golden share, une action préférentielle au capital de LMB ».

Un levier de veto discret mais potentiellement décisif

La particularité d’une golden share réside dans son pouvoir. Même si l’État ne détient qu’une seule action, celle-ci peut donner un droit de veto sur certaines décisions définies dans les statuts de l’entreprise.

Dans le cas de LMB Aerospace, cette action a été acquise pour un euro symbolique. Pourtant, son impact peut être déterminant si une décision venait à menacer les intérêts de la défense française.

Concrètement, ce mécanisme permet d’empêcher par exemple la vente d’activités sensibles, le transfert de technologies vers l’étranger ou encore la fermeture d’installations industrielles considérées comme essentielles.

Ce type de dispositif est devenu plus fréquent en Europe ces dernières années, à mesure que les États cherchent à sécuriser certaines chaînes industrielles liées à la défense ou aux technologies sensibles.

Une surveillance accrue des fournisseurs de la base industrielle de défense

L’affaire LMB Aerospace illustre l’attention croissante portée par les autorités françaises aux fournisseurs de la base industrielle et technologique de défense.

Même lorsque ces entreprises restent de taille modeste, elles peuvent occuper une position critique dans certaines chaînes de production. Les systèmes de refroidissement ou de ventilation, par exemple, sont indispensables au fonctionnement d’équipements électroniques embarqués dans les plateformes militaires.

Dans ce contexte, le rachat par un groupe étranger de LMB Aerospace peut soulever des questions de souveraineté industrielle. La mise en place d’une golden share apparaît alors comme un compromis : autoriser l’investissement tout en conservant un outil d’intervention.

Le groupe américain Loar fournit déjà des composants utilisés sur plus de 250 plateformes aéronautiques dans le monde. L’intégration de LMB Aerospace dans ce réseau industriel pourrait offrir de nouvelles perspectives commerciales à l’entreprise française.

Mais grâce à l’action préférentielle détenue par l’État, certaines décisions resteront sous contrôle. Une garantie pour les autorités françaises, soucieuses de protéger les technologies impliquées dans plusieurs programmes militaires.

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