Au Soudan, la guerre civile prend encore de l’ampleur

La guerre civile au Soudan n’est plus un affrontement interne. Elle est devenue un champ d’expression pour les ambitions militaires, politiques et économiques de puissances voisines. Wikipedia

Publié le
Lecture : 2 min
La guerre civile au Soudan n’est plus un affrontement interne. Elle est devenue un champ d’expression pour les ambitions militaires, politiques et économiques de puissances voisines. Wikipedia
La guerre civile au Soudan n’est plus un affrontement interne. Elle est devenue un champ d’expression pour les ambitions militaires, politiques et économiques de puissances voisines. Wikipedia | Armees.com

La guerre civile au Soudan n’est plus un affrontement interne. Elle est devenue un champ d’expression pour les ambitions militaires, politiques et économiques de puissances voisines. Cette régionalisation rend toute sortie de crise plus incertaine encore.

Un conflit enraciné qui s’étend aujourd’hui dans toute la région

Les affrontements entre les Forces armées soudanaises (FAS) du général Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par Mohammed Hamdan Dogolo, dit Hemedti, ont débuté le 15 avril 2023. Ils ont depuis embrasé l’ensemble du territoire, de Khartoum au Darfour, avant de gagner les provinces centrales puis méridionales. L’étude de référence citée en source montre comment ce conflit, déjà marqué par la fragmentation politique et l’effondrement de l’État, a évolué vers un système de guerre total, où chaque camp compense ses pertes humaines par des recrutements massifs et souvent transfrontaliers. La militarisation croissante, nourrie par l’accès à des armes sophistiquées et à des financements extérieurs, a transformé la dynamique des combats. Le Soudan fait désormais face à un conflit mobile, imprévisible, sans front stabilisé.

L’attaque de drones contre Port-Soudan en mai 2025 symbolise cette nouvelle phase. La ville abritait les institutions repliées du gouvernement, supposées hors de portée des FSR. Les combats se concentrent aujourd’hui au nord et au sud du Kordofan ainsi que dans la région du Nil Bleu, à la frontière de l’Éthiopie. Rien ne permet d’envisager un repli durable des lignes de front. Les deux camps disposent encore de viviers de combattants et de soutiens logistiques significatifs. Malgré les efforts diplomatiques du Quad — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte et États-Unis — aucune perspective crédible de cessez-le-feu ne se dessine. Les annonces de médiation ne suffisent pas à compenser la réalité d’une guerre devenue systémique.

Une guerre sous influence : l’implication croissante des puissances régionales

La régionalisation du conflit soudanais repose largement sur le soutien militaire, financier et politique de plusieurs États. La guerre n’est plus seulement celle des FAS et des FSR, mais un affrontement indirect entre puissances rivales de la région. Les Émirats arabes unis fournissent des drones, directement ou via leur industrie de Défense, et auraient ouvert une base en Éthiopie pour renforcer l’appui aux FSR. Face à cela, l’Arabie saoudite soutient les FAS, notamment en facilitant des contrats d’armement majeurs. Ces deux pays, longtemps alliés, s’opposent désormais sur leur vision stratégique, leurs ambitions sécuritaires et leur positionnement face à Israël et à l’Iran. Le Soudan devient un terrain d’extension de leurs rivalités, au même titre que le Yémen ou la Corne de l’Afrique.

La Russie, l’Égypte, la Turquie et le Qatar jouent également un rôle non négligeable. Moscou cherche des facilités portuaires sur la mer Rouge et fournit une assistance technique, tout en ménageant ses relations avec Washington. Le Caire appuie les FAS par crainte d’un Soudan démocratique instable à ses frontières. Ankara et Doha soutiennent de longue date les réseaux alliés au régime d’Omar el-Béchir et voient dans la guerre un moyen de contrer l’influence émiratie. Les États-Unis, eux, tentent d’équilibrer des alliances contradic­toires et peinent à imposer une ligne claire. Leur hésitation renforce l’impression d’une crise internationale sous-estimée, où la population soudanaise paie le prix de calculs diplomatiques contradictoires. Dans ce contexte, même un accord régional de désescalade ne garantirait pas l’avènement d’un pouvoir civil stable au Soudan.

Laisser un commentaire

Share to...