Armement : le Canada met 6 milliards sur la table pour s’éloigner de Washington

Le Canada engage un virage stratégique majeur. Ottawa veut réorienter sa Défense vers l’industrie nationale, réduire sa dépendance aux États-Unis et transformer en profondeur sa production militaire.

Publié le
Lecture : 2 min
Pourquoi le Canada a-t-il étudié un scénario d’invasion américaine ?
Armement : le Canada met 6 milliards sur la table pour s’éloigner de Washington © Armees.com

Le 15 février 2026, à Ottawa, le gouvernement du Canada a détaillé les grandes lignes de sa nouvelle stratégie industrielle de Défense. Cette réforme place le Canada face à un choix structurant : continuer à dépendre largement de fournisseurs américains ou reconstruire une souveraineté industrielle assumée. Et c’est la deuxième option qui a été retenue.

Canada : réorienter la Défense vers l’industrie nationale

La nouvelle stratégie du Canada repose sur un objectif clair : privilégier les entreprises nationales dans les commandes de Défense. Aujourd’hui, seulement environ 50 % des acquisitions militaires bénéficient à des sociétés canadiennes. Demain, Ottawa veut porter ce chiffre à 70 %, selon The Canadian Press. Ce basculement modifierait profondément l’architecture de la production militaire du Canada, en favorisant une montée en puissance des acteurs locaux.

Le Canada assume ainsi une logique de souveraineté industrielle. Le document stratégique affirme, selon The Canadian Press : « Dans ce monde incertain, il est plus important que jamais que le Canada possède la capacité de soutenir sa propre défense et de protéger sa propre souveraineté. » Cette déclaration traduit une inflexion doctrinale. En outre, la stratégie insiste sur la protection du Nord et de l’Arctique, zone stratégique pour la Défense du Canada, en soulignant l’importance de « promouvoir un Nord sûr ».

L’effort budgétaire est massif. Le programme prévoit des contrats représentant 6,6 milliards de dollars canadiens, soit environ 5,5 milliards d’euros. Ainsi faisant, le Canada ambitionne de créer 125 000 emplois sur dix ans grâce à la relocalisation et à la consolidation de sa production militaire, dans un secteur qui soutient déjà plus de 81 000 emplois.

Enfin, le Canada vise une augmentation de 50 % de ses exportations de Défense et une hausse des revenus totaux du secteur de « plus de 240 % ». L’objectif est clair : transformer l’industrie canadienne en acteur structurant du marché mondial. Cette dynamique suppose une montée en gamme technologique et une meilleure intégration des PME à la chaîne de production militaire.

Canada et États-Unis : une dépendance devenue vulnérabilité stratégique

Cette nouvelle doctrine du Canada s’inscrit dans un contexte de tensions commerciales et politiques accrues avec les États-Unis. Selon le Financial Times, Ottawa envisage même de porter ses dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 2035. Ce chiffre, ambitieux, signalerait une montée en puissance budgétaire majeure pour la Défense du Canada.

Si 70 % des dépenses militaires étaient orientées vers des entreprises nationales, cela générerait plus de 5,1 milliards de dollars canadiens supplémentaires par an pour les acteurs locaux, analyse le Financial Times. La commande publique devient ainsi un levier de politique industrielle assumé. Or, l’armée canadienne a accordé 1 094 contrats à des entreprises américaines depuis janvier 2025, pour une valeur totale de plus d’un milliard de dollars canadiens. General Dynamics a reçu à elle seule 460,8 millions de dollars canadiens, soit environ 315 millions d’euros, pour 42 contrats. De plus, des contrats informatiques totalisant près de 50 millions de dollars canadiens ont été attribués à Microsoft, IBM et Amazon Web Services en 2025, selon l’enquête du Journal de Montréal.

Laisser un commentaire

Share to...