Une manifestation d’ampleur a eu lieu le dimanche 1er février à la Place Venceslas à Prague, où jusqu’à 90 000 personnes se sont rassemblées pour soutenir le président Petr Pavel dans sa confrontation avec le gouvernement nationaliste dirigé par Andrej Babis. L’événement, organisé par le mouvement citoyen indépendant « Un Million de Moments pour la Démocratie », visait à montrer le soutien populaire au président Pavel, connu pour ses positions pro-ukrainiennes, face à un gouvernement hostile à l’aide militaire à Kiev, explique Le Monde.
Tensions politiques aiguës
La République tchèque traverse une période de tensions politiques remarquables, amplifiées par la décision du président Petr Pavel d’envoyer quatre avions de chasse à l’Ukraine. Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Pavel a constamment affiché son soutien militaire à l’Ukraine, une position qui va à l’encontre de celle du gouvernement tchèque de Andrej Babis, lequel s’oppose à toute aide militaire à Kiev.
Ce fossé politique a généré de vives tensions, accentuées par le refus de Pavel de nommer Filip Turek au ministère de l’Environnement, invoquant des questions sur sa loyauté envers la Constitution. Ce même Turek avait été au cœur d’enquêtes pour violences conjugales et viol, ainsi que pour la possession d’objets nazis, bien que l’affaire ait été classée.
Dans ce cadre, Petr Macinka, ministre des Affaires étrangères et président du parti Motoristes, a ouvertement menacé de représailles si Turek n’était pas nommé. Macinka a également été critiqué pour avoir interdit à un journaliste de participer à une conférence de presse, ce qui a été perçu par les manifestants comme un comportement antidémocratique. Pour couronner le tout, une motion de défiance contre le gouvernement doit être discutée la semaine prochaine, signe supplémentaire de l’agitation politique actuelle en République tchèque.
Mobilisation et soutien populaire
La manifestation de dimanche n’est pas un coup d’éclat isolé. Elle fait suite à un appel massif autour d’une pétition baptisée « Nous soutenons le président », qui a recueilli plus de 622 000 signatures. Pour préparer d’autres rassemblements, les organisateurs espèrent franchir le seuil symbolique d’un million de signatures. Le mouvement citoyen a vivement dénoncé ce qu’il qualifie de « chantage sans précédent » exercé sur le président par Macinka, affirmant que de telles pratiques n’ont pas leur place dans une démocratie.
Le rassemblement sur la place Venceslas a rassemblé des citoyens de divers horizons, brandissant drapeaux tchèques, européens et ukrainiens. Parmi eux, Teodor, un lycéen de 16 ans, tenait une banderole en faveur du chef de l’État et déclarait : « nous devons mettre un terme à ce type de comportements au plus haut niveau politique, on ne peut pas continuer comme ça. » Également présente, Alena Krotká, retraitée ayant déjà manifesté contre le régime communiste en 1989, a raconté : « Nous sommes ici pour montrer au président qu’il n’est pas seul ; le diable de la dictature ne dort jamais et nous devons rester vigilants. »








