Le 21 janvier 2026, la tension autour du Groenland est montée d’un cran. En quelques jours, les déclarations de Donald Trump ont ravivé des craintes d’invasion, provoqué une mobilisation européenne inédite et replacé l’Arctique au cœur des rivalités entre alliés de longue date.
Le Groenland au cœur des ambitions de Trump : Nuuk en alerte
Le Groenland est redevenu un objectif affiché par Trump. Le président américain assume vouloir « avoir » l’île, estimant que les Européens ne résisteraient pas longtemps à la pression, relaye Reuters. Cette rhétorique, déjà entendue par le passé, prend aujourd’hui une tonalité plus dure. Donald Trump menace de droits de douane à tour de bras et ne cache plus, dans ses déclarations, ses aspirations impérialistes.
Face à cette escalade, le gouvernement groenlandais a rompu avec sa retenue habituelle. Le Premier ministre Jens‑Frederik Nielsen a averti que la population devait se préparer à tous les scénarios, y compris le plus extrême. « Un conflit militaire n’est pas probable, mais il ne peut être exclu », a-t-il déclaré le 20 janvier, cité par Bloomberg. L’alerte est lourde de sens dans un territoire de 57 000 habitants, habitué à se penser en marge des grands affrontements internationaux, mais désormais exposé à la confrontation entre grandes puissances.
Réactions européennes : l’UE resserre les rangs face à la pression américaine
L’Europe a réagi avec une rapidité inhabituelle devant la menace des Etats-Unis. Dès le 18 janvier, les capitales européennes ont engagé des consultations d’urgence. À Bruxelles, un sommet exceptionnel est annoncé afin de coordonner la réponse à la stratégie de Trump sur le Groenland, selon Reuters. L’enjeu dépasse la seule île arctique : il touche à la crédibilité politique de l’UE face à un allié américain devenu imprévisible.
La Commission européenne a mis sur la table des instruments de rétorsion rarement évoqués jusqu’ici. Un paquet de droits de douane européens, évalué à 93 milliards d’euros, le célèbre Bazooka commercial, pourrait être réactivé rapidement. Surtout, Bruxelles envisage l’utilisation de l’« Anti-Coercion Instrument », un mécanisme permettant de restreindre l’accès au marché européen, aux investissements ou aux marchés publics pour répondre à des pressions étrangères. Pour Ursula von der Leyen, les tarifs brandis par Washington constituent « une erreur entre alliés de longue date », selon Reuters, et risquent d’alimenter une spirale dangereuse.
Le Danemark, puissance tutélaire du Groenland, se retrouve en première ligne. La Première ministre Mette Frederiksen a salué le soutien européen, affirmant que l’Europe ne se laisserait pas intimider par un chantage économique. Son ministre des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a rappelé que « l’on peut commercer avec des pays, mais pas échanger des peuples », selon Reuters. Un message clair adressé à Trump, alors que les menaces de tarifs américains, annoncés à 10 % dès février puis 25 % à l’été, visent plusieurs pays européens.
Risque de fracture de l’OTAN
Au-delà de l’économie, la crise du Groenland pose une question centrale de défense collective. L’île est un territoire autonome du Danemark, État membre de l’OTAN, et occupe une position stratégique pour la surveillance de l’Arctique et de l’Atlantique Nord. Le 19 janvier 2026, le secrétaire général de l’Alliance a reçu à Bruxelles les ministres danois et groenlandais, soulignant l’importance croissante du « High North » pour la sécurité euro-atlantique, selon un communiqué officiel de l’OTAN.
Cette mobilisation contraste avec la rhétorique américaine. En liant ouvertement les discussions sur le Groenland à des menaces commerciales, Trump met à l’épreuve la solidarité transatlantique. Plusieurs diplomates européens redoutent qu’un précédent soit créé : celui d’un allié utilisant sa puissance économique pour obtenir des concessions territoriales. La France est allée jusqu’à soutenir la suspension des travaux sur un accord commercial UE-États-Unis, dénonçant l’usage des droits de douane comme levier politique, d’après Reuters.
Au Groenland, la crispation est palpable. Des manifestations ont rassemblé environ 5 000 personnes à Nuuk, soit près d’un quart de la population de la capitale groenlandaises. Les slogans visaient directement Trump et rejetaient toute idée d’invasion ou de mise sous tutelle américaine.








