Le 29 octobre 2025 au Sénat, puis lors d’une audition à l’Assemblée nationale, la Gendarmerie a confirmé un niveau d’engagement exceptionnel en Outre-mer. La Gendarmerie, force armée de sécurité intérieure, y déploie durablement des escadrons mobiles, au prix d’un effet ciseau : besoins qui explosent, moyens contraints, exigences opérationnelles qui s’accumulent. Les auditions du général Hubert Bonneau tracent une ligne claire, alors que la Gendarmerie affronte un front ultramarin devenu structurant.
Outre-mer : le « poids lourd » opérationnel de la Gendarmerie, selon Hubert Bonneau
« La Gendarmerie est une force armée de couverture du territoire national », a rappelé Hubert Bonneau. L’assertion vaut aussi, et peut-être surtout, pour l’Outre-mer, où la Gendarmerie mobilise aujourd’hui l’essentiel de sa manœuvre. En octobre, environ 39 escadrons sur 116 étaient projetés outre-mer, dont une vingtaine en Nouvelle-Calédonie. Cette présence n’est plus ponctuelle : elle compense un manque de gendarmes territoriaux et répond à une insécurité plus dure et plus diffuse. Selon le DGGN, « les besoins en effectifs supplémentaires de la Gendarmerie départementale outre-mer sont de 1800 », autant de militaires de la Gendarmerie mobile tenus loin de leur cœur de métier, et autant de trous à combler dans la Gendarmerie départementale locale, selon Secret Défense V2, le nouveau blog de Jean-Dominique Merchet.
L’engagement se mesure aussi dans la durée. « Notre engagement quotidien moyen est compris entre 77 et 80 EGM », a précisé Hubert Bonneau. Conséquence directe, la Gendarmerie mobile ne peut plus armer les renforts saisonniers d’hiver et d’été. La Gendarmerie départementale est donc contrainte d’aligner des « compagnies de marche », y compris outre-mer, pour tenir le terrain. Dans le même temps, la facture s’alourdit : « le coût de l’engagement de vingt escadrons […] en Nouvelle-Calédonie est de 155 millions d’euros » sur un an, ponctionnés sur le budget courant de la Gendarmerie. Cette situation, souligne la Gendarmerie, s’ajoute à des besoins capacitaires urgents (immobilier, véhicules, hélicoptères), déjà sous tension.
Enquête « de l’Union européenne » : clarifications factuelles, et ce qui est réellement reproché
Contrairement à ce qui a pu circuler, aucune enquête formelle de l’Union européenne n’a été ouverte visant la Gendarmerie cette semaine. En revanche, la publication de dizaines d’heures d’images tournées par les forces de l’ordre à Sainte-Soline en 2023 a entraîné la relance d’une enquête administrative nationale sur les méthodes de gendarmes engagés ce jour-là. Le préfet de police de Paris a demandé cette procédure, alors que des médias évoquent des « tirs tendus » de grenades, interdits par la doctrine. Ce sont bien des autorités françaises qui diligenteront ce contrôle, et non une instance européenne, rapporte Le Huffington Post.
Sur le fond, que reproche-t-on aux unités en cause ? D’abord, d’éventuels manquements à la doctrine d’emploi des moyens (lanceurs, grenades) et au respect des chaînes de commandement sur le terrain. Ensuite, une traçabilité jugée insuffisante dans l’identification d’auteurs de blessures graves. Aucune de ces critiques n’implique, à ce stade, une mise en cause systémique de la Gendarmerie dans son ensemble. Mais elles alimentent le débat politique et judiciaire sur la proportionnalité, au moment même où la Gendarmerie soutient une activité opérationnelle hors normes en Outre-mer, comme le démontrent les propos de Mediapart.
Capacités, effectifs et budgets : où la Gendarmerie décroche en Outre-mer, d’après les auditions
Les auditions montrent une Gendarmerie à la fois très présente en Outre-mer et rattrapée par la « dette grise ». L’immobilier domanial ultramarin cumule vétusté et vulnérabilités ; la flotte d’hélicoptères, vieillissante, exige un rattrapage immédiat (22 H145 D3 demandés) ; le parc automobile accuse 10 000 véhicules de retard. Dans ces conditions, la Gendarmerie priorise l’opérationnel : la sécurisation du terrain l’emporte, et les arbitrages internes repoussent des investissements indispensables. Le DGGN appelle donc à un abondement pour éviter les « ruptures capacitaires ».
Reste la démographie de la Gendarmerie en Outre-mer. Le besoin est chiffré : 1 800 gendarmes territoriaux manquants, liés à la hausse de la délinquance et de la population. En parallèle, l’empreinte de la Gendarmerie mobile hors Hexagone perturbe l’équilibre national, y compris en métropole. Le déport durable d’escadrons vers les territoires ultramarins prive la Gendarmerie de marges pour les renforts saisonniers et complique l’entretien des savoir-faire MO. Cette tension est prise en étau entre des surcoûts massifs (jusqu’à 155 millions d’euros pour la Nouvelle-Calédonie) et la nécessité, rappelée par Jean-Dominique Merchet, de consolider la « couverture du territoire »— mission cardinale de la Gendarmerie.








