Le 8 octobre 2025, le gouvernement allemand a approuvé un projet de loi autorisant la police à neutraliser tout drone menaçant. L’annonce intervient après une série d’incidents spectaculaires, notamment à l’aéroport de Munich, paralysé à deux reprises en quelques jours. L’Allemagne réagit ainsi à une vague de survols de drones qui inquiète toute l’Europe, sur fond de tensions régionales et de craintes d’attaques hybrides de la part de la Russie ou ses alliés.
Les drones, une menace de plus en plus visible dans le ciel européen
Depuis plusieurs mois, les survols de drones se multiplient au-dessus des sites sensibles allemands. Le 25 septembre, plusieurs engins ont été repérés dans le nord du pays : au-dessus d’une centrale électrique, d’un hôpital universitaire et d’un chantier naval à Kiel. Selon les autorités locales, les drones étaient « de tailles et de types variés », rendant leur détection et leur identification particulièrement difficiles, a rapporté l’agence Associated Press.
Quelques jours plus tard, l’aéroport international de Munich a été contraint de suspendre ses opérations à deux reprises à cause de drones non identifiés. D’après Reuters, ces intrusions ont entraîné l’annulation de 17 vols et le détournement de 15 autres, affectant près de 3 000 passagers lors du premier incident. Une nouvelle fermeture, dans la nuit du 3 au 4 octobre, a perturbé 6 500 voyageurs et 46 vols supplémentaires selon Al Jazeera.
Le plan allemand : donner le feu vert à la police pour tirer à vue
Devant cette montée de la menace, Berlin passe à l’action. Le ministre fédéral de l’Intérieur, Alexander Dobrindt, a présenté au Conseil des ministres un texte qui autorise désormais la police fédérale à « neutraliser les drones menaçants par des mesures physiques ». « Abattre les drones sera désormais réglementé et possible pour la police », a-t-il déclaré, selon BFMTV. Si le gouvernement veut aller vite, il reste prudent quant à la portée du texte. Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a averti qu’il fallait « éviter de tomber dans le piège de l’escalade » face à la Russie, tout en « renforçant nos défenses ».
Le projet de loi précise que la neutralisation pourra prendre plusieurs formes : tir direct, brouillage du signal ou emploi de lasers, a confirmé Reuters. Le dispositif permettra également aux forces de l’ordre de demander, en cas d’urgence, le soutien des forces armées pour des interventions plus complexes. Cette coordination militaire-policière constitue une première dans le droit allemand, longtemps marqué par la séparation stricte des missions de défense et de sécurité intérieure.
Pour coordonner la riposte, le gouvernement prévoit la création d’un centre national de défense anti-drones, chargé d’unifier les moyens techniques et la chaîne de commandement entre la police fédérale et les Länder. L’objectif est de garantir une réaction rapide et homogène en cas de menace.
Ce centre travaillera aussi à la coopération internationale. Alexander Dobrindt a précisé que « l’Allemagne est déjà en contact avec des pays ayant une expérience bien plus avancée », citant Israël et l’Ukraine comme partenaires privilégiés dans le domaine de la détection et de l’interception. Le budget alloué à cette stratégie est évalué à « des millions d’euros à trois chiffres » selon les informations de BFM TV.
Pourquoi cette mesure maintenant ?
D’après le ministère de l’Intérieur, 172 perturbations liées à des drones ont été recensées depuis le début de 2025 en Allemagne. Ces chiffres confirment l’explosion du phénomène et l’urgence de doter la police d’outils d’intervention immédiats. Les autorités rappellent que les survols ne se limitent plus aux aéroports : ils concernent aussi des sites industriels, des centrales électriques et des bâtiments institutionnels.
Le chancelier Friedrich Merz a qualifié ces incidents de « tentatives de déstabilisation », insistant sur la nécessité de défendre « la souveraineté du ciel allemand ». Pour Berlin, ces intrusions pourraient relever d’opérations hybrides menées par des puissances étrangères. Plusieurs pays européens, dont la Norvège et la Belgique, ont rapporté des incursions similaires au-dessus de leurs territoires depuis l’été.








