Moins d’un mois après sa nomination, Sébastien Lecornu a présenté sa démission à Emmanuel Macron, qui l’a acceptée. Ce retour en arrière soudain survient au lendemain de l’annonce de son gouvernement, en proie à de fortes critiques. La France entre dans une phase d’incertitude politique profonde.
Un mandat trop bref, des tensions nombreuses
Sébastien Lecornu a été nommé Premier ministre le 9 septembre 2025. Il devait succéder à François Bayrou, dont le gouvernement avait échoué à gagner la confiance de l’Assemblée nationale. Dès les premières heures de son mandat, le défi de former une majorité stable s’est révélé particulièrement ardu.
Le 5 octobre, Lecornu a dévoilé les premiers ministres de son gouvernement. Mais cette première vague de nominations a provoqué une levée de boucliers immédiate. Plusieurs ministres reconduits, des profils jugés proches du macronisme, ainsi que le retour de Bruno Le Maire au ministère des Armées, ont inquiété les partis de droite.
La droite, notamment le parti Les Républicains (LR), avait accepté de participer « exigeamment » à l’exécutif, mais très vite, elle a dénoncé un manque d’ambition et une absence de rupture dans cette nouvelle équipe. Des figures influentes de LR ont menacé de quitter le gouvernement si certains choix n’étaient pas revus.
Sous cette pression politique intense, Lecornu a présenté sa démission au président Macron le 6 octobre. Le chef de l’État l’a acceptée dans la foulée. Ainsi, l’éphémère gouvernement de Lecornu entre dans l’histoire comme le plus court de la Ve République.
Conséquences et réactions immédiates
L’annonce de cette démission a déclenché une onde de choc politique. À gauche comme à droite, les appels se multiplient. Certains exigent la dissolution de l’Assemblée nationale, d’autres réclament la démission d’Emmanuel Macron.
Le Rassemblement national réclame une dissolution immédiate, et Jordan Bardella a formulé cette demande solennelle dès l’annonce de la démission.La France insoumise, par la voix de ses cadres, souhaite quant à elle que l’Assemblée nationale débatte d’une motion contre le Président de la République.
Dans l’opinion politique, cette séquence fragile marque une crise majeure de gouvernance. La difficulté à former un gouvernement stable révèle une fragmentation accrue du paysage parlementaire. Le choc est d’autant plus fort que Lecornu est perçu comme un fidèle de Macron, ce qui renforce l’idée d’un reflux institutionnel.
L’incapacité à pérenniser ce gouvernement interroge sur la stratégie de l’Élysée. Emmanuel Macron doit désormais trouver un nouveau chef de gouvernement capable de rassembler les forces politiques dans une majorité plus cohérente. Le défi est immense : restaurer la confiance, clarifier les orientations et éviter que cette instabilité ne s’installe durablement.
Et pour la Défense ?
Avant sa nomination comme Premier ministre, Sébastien Lecornu incarnait une certaine continuité dans la politique de Défense. Il avait piloté la Loi de programmation militaire 2024-2030, un texte clé fixant un budget de près de 413 milliards d’euros pour moderniser l’armée française et renforcer les capacités industrielles.
Il entretenait par ailleurs des relations solides avec ses homologues européens et de l’OTAN. Son départ brutal intervient alors que la France cherche à renforcer sa position stratégique dans plusieurs dossiers : soutien à l’Ukraine, missions au Sahel réorientées, et partenariats industriels de défense avec l’Allemagne et l’Italie.
Le départ de Sébastien Lecornu, considéré comme proche des chefs d’état-major, crée aussi un choc interne au sein des forces armées. Il avait initié plusieurs chantiers sensibles, comme la réforme du statut des militaires, le renforcement du lien armée-nation et l’adaptation des forces au « haut du spectre » (guerre de haute intensité).
Enfin, cette démission fragilise directement Emmanuel Macron sur le plan de la crédibilité stratégique. Lecornu était l’un de ses ministres les plus expérimentés dans les affaires militaires, et son départ laisse le président sans figure forte pour piloter les dossiers de Défense à court terme.








