Aubert & Duval sous les projecteurs à Pamiers
Le 25 août 2025, le ministre de l’Industrie Marc Ferracci s’est rendu sur le site de Pamiers, en Ariège, pour saluer le rebond d’Aubert & Duval, fleuron métallurgique en pleine renaissance. Cette visite symbolique intervient deux ans après la reprise de l’entreprise par un trio d’investisseurs stratégiques — Airbus, Safran et Tikehau Capital — décidés à restaurer les capacités industrielles françaises dans les secteurs critiques que sont l’aéronautique, la défense et l’énergie.
Un investissement massif pour relancer l’entreprise aéronautique
Au cœur de cette reconquête : une presse à forger de 6 000 tonnes de puissance. Ce colosse industriel, dont la mise en service est prévue au deuxième trimestre 2026, représente un investissement de 75 millions d’euros, d’après les chiffres du Figaro. Commandée au groupe allemand SMS Group, cette machine remplacera une installation datant de 1932. Elle permettra à Aubert & Duval de forger en France des pièces de grande dimension, destinées à l’aéronautique et aux futurs moteurs civils et militaires, comme le programme RISE développé par Safran et GE.
La modernisation ne s’arrête pas là. L’ensemble des fours à gaz de l’atelier est remplacé par des équipements électriques, dans une logique de décarbonation profonde. L’entreprise a confirmé dans un communiqué de presse que ce virage énergétique était soutenu par un crédit vert de 51,1 millions d’euros, garanti par l’État via le dispositif GPS (Garantie des Projets Stratégiques) de Bpifrance Assurance Export. Ce financement structuré par Crédit Agricole CIB s’ajoute aux subventions issues du plan France 2030.
« Ici, on fabrique des alliages spéciaux. On est sur un positionnement d’excellence qui permet aujourd’hui de devenir autonome sur des pièces essentielles à la filière aéronautique et à la défense, pour s’autonomiser vis-à-vis de pays, je pense en particulier à la Russie, qui sont désormais des pays hostiles », a déclaré Marc Ferracci (Le Figaro)
Une entreprise redressée, portée par l’aéronautique et ses marchés stratégiques
Aubert & Duval, longtemps déficitaire, affiche aujourd’hui un retour à l’équilibre. Selon La Tribune, son chiffre d’affaires a atteint 844 millions d’euros au printemps, avec l’objectif de franchir le milliard d’euros dès la fin de l’année. La production redémarre fortement, avec plus de 53 000 pièces attendues en 2026, soit une croissance de 40 % en deux ans. Pour absorber cette montée en puissance, 86 recrutements sont planifiés, uniquement sur le site de Pamiers, qui emploie déjà 1 150 personnes sur un total de 4 100 dans le groupe.
Le redressement repose aussi sur l’intégration de technologies de pointe, dont le procédé « very hot die », rare en Europe, permettant de forger à température extrêmement élevée, avec précision et performance. Cette avancée rend Aubert & Duval compétitive face à la concurrence mondiale, tout en consolidant son rôle dans la chaîne d’approvisionnement des programmes stratégiques, civils et militaires.
Souveraineté industrielle et alliance public-privé
L’histoire récente d’Aubert & Duval reflète un modèle inédit d’alliance entre industriels et soutien public. Le rachat de l’entreprise en 2023 par Airbus, Safran et Tikehau Capital s’est accompagné d’un repositionnement stratégique complet, centré sur la souveraineté industrielle. Le ministre n’a pas manqué de souligner cette exemplarité :
« C’est une entreprise qui incarne de manière assez exemplaire le rebond industriel, une entreprise qui a connu de lourdes difficultés liées (…) notamment à la crise du Covid, à des enjeux de gestion ces dernières années, et qui a su rebondir parce que des acteurs économiques lui ont fait confiance. »
Face à une concurrence mondiale féroce et subventionnée — en provenance des États-Unis, de l’Inde, de la Chine, du Japon et de la Russie —, Marc Ferracci a réaffirmé l’engagement du gouvernement français pour une politique européenne plus ferme :
« J’espère d’ici la fin de l’année des annonces de l’Union européenne en faveur d’une approche très offensive en matière de protection commerciale et plus généralement de protection industrielle. »
L’État joue un rôle décisif dans cette relance : soutien aux investissements stratégiques, efforts de formation, baisse du coût de l’énergie, simplification des implantations industrielles. Ce modèle de codéveloppement entre privé et public pourrait bien préfigurer la nouvelle doctrine industrielle française.
Aubert & Duval, moteur d’un réarmement industriel français
L’histoire d’Aubert & Duval, marquée par des crises successives, connaît aujourd’hui une inflexion spectaculaire. Grâce à un partenariat entre industriels de référence, des décisions publiques ciblées et une orientation stratégique vers la décarbonation et la haute performance, l’entreprise redevient un acteur clé de la souveraineté industrielle.
Le site de Pamiers, vitrine de cette renaissance, démontre qu’une métallurgie française de pointe peut à nouveau rivaliser avec les plus grandes puissances mondiales. Ce redressement n’est pas qu’économique : il est aussi géopolitique, technologique et symbolique.








